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Distribution

Donjon Automobiles : la mécanique en héritage

Publié le 22 septembre 2023

Par Jean-Baptiste Kapela
12 min de lecture
Le groupe Donjon Automobiles s’étend presque sans partage sur tout le territoire de l’Essonne. Aux commandes depuis 2012, Cécile Gatti a dû faire face à de nombreuses difficultés, externes comme internes.
Concession Arpajon (91) Donjon Automobiles
La concession située à Arpajon (91) a été reprise en 1999. ©Le Journal de l'Automobile

Des ballons de plage ornent les pare‑brise d’une Volkswagen T‑Roc et d’une Golf eHybrid et des parasols agrémentent les quatre coins d’une concession. Au cœur de l’été, le showroom situé à Arpajon (91) détonne avec l’étymologie du nom du groupe de distribution auquel il appar­tient.

 

Le groupe Donjon Automobiles approche à grands pas de son centième anniversaire et fait son entrée cette année dans notre Top 100 des groupes de distribution, à la 88e place. Le distri­buteur règne presque sans partage sur les ventes des marques Volkswagen, Audi et Skoda dans le département de l’Essonne.

 

"Nous rayonnons exclusive­ment dans le 91 pour les marques Volk­swagen et Skoda et sur les trois quarts du territoire pour la marque Audi", présente fièrement la directrice géné­rale du groupe, Cécile Gatti.

 

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Arrivée aux commandes de l’entreprise en 2012, elle incarne la quatrième généra­tion du distributeur. "Au fur et à mesure que nous nous agrandissions, nous devions choisir un nom. Nous avons opté pour Donjon Automobiles, car il s’agit du nom du site historique du groupe, fondé par mon arrière‑grand‑père à Sainte‑Ge­neviève‑des‑Bois (91). S’il a choisi ce nom, c’est parce que son atelier se trou­vait à proximité du donjon de la com­mune (classé monument historique, NDLR)", présente Cécile Gatti.

 

En effet, aux origines du groupe, en 1930, Léonce Poursac lance son atelier de réparation automobile. À son décès, son fils, Jean, n’a que 14 ans et décide de poursuivre l’activité de son père. Par la suite, il devient agent Citroën, puis adopte le panneau de la marque aux chevrons quelque temps plus tard.

 

"Nous étions la première concession sur la route de Corbeil. Aujourd’hui, il y en a plus d’une quinzaine. Pour l’anec­dote, c’est aussi là que le premier Car­refour a été construit 30 ans plus tard", sourit la directrice générale du groupe.

 

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C’est après avoir pris sa retraite que le groupe Donjon commence à s’étendre, lorsque sa fille, Annie Pour­sac et son époux, Jean Gatti, prennent la direction de la concession en 1984. En reprenant la société, les parents de Cécile décident d’abandon­ner la marque Citroën au profit des marques du groupe Volkswagen. "À cette période, c’était le démarrage de la marque allemande en France. Comme nous avions une autre concession Ci­troën que mes parents ont revendue à l’époque, c’était l’opportunité de dis­tribuer une nouvelle marque. D’autant que dans les années 1980, c’était la grande période de la Golf", souligne la directrice du groupe Donjon.

 

Une vie parmi les voitures

 

Preuve que la marque de Wolfsburg est ancrée au cœur du distributeur, Cécile Gatti porte toujours sur elle un objet pour le moins atypique : une sou­pape de Golf GTI. "Je l’ai depuis que je suis jeune, quand je l’ai récupérée dans l’atelier. Elle faisait office de porte‑bon­heur, je l’avais même dans ma trousse lors d’examens, par exemple, avoue un peu gênée Cécile Gatti. Ça ne fait pas très «fille», mais j’aimais beaucoup les moteurs, les GTI et j’étais contente de l’avoir avec moi", sourit‑elle.

 

Pour celle qui dirige le groupe depuis plus de dix ans, l’automobile est bien plus qu’une passion. "Petite, je passais énormément de temps dans la conces­sion ou l’atelier ou dans la maison de mon grand‑père qui était collée au ga­rage de Sainte‑Geneviève‑des‑Bois, se remémore‑t‑elle. Je m’enfermais dans les coffres des voitures, j’étais pleine de cambouis… C’était ma vie. Je jouais avec les mécaniciens, j’allais embêter les secrétaires et puis, on a commencé à me donner de petites choses à faire comme tamponner des documents ou taper sur la machine à écrire."

 

Ayant grandi parmi les voitures, avec des parents lui partageant le goût de l’automobile, naturellement, Cécile Gatti décide d’orienter sa carrière en conséquence. Dès ses 12 ans, elle a travaillé la moitié de ses vacances avec eux. "Au début, c’était plutôt du classement de dossiers, puis progres­sivement, j’ai commencé à prendre le téléphone et à endosser le rôle de secrétaire. Comme ça me plaisait beaucoup, en parallèle, j’ai entamé des études dans la gestion d’entreprise", précise Cécile Gatti. Ça fait plus de vingt ans qu’elle travaille avec ses pa­rents dans le groupe.

 

Léonce Poursac devant son garage à Sainte‑Geneviève‑des‑Bois (91) en 1930.

Un début de carrière en tant que cheffe d'atelier

 

Avant de prendre la tête du groupe, Cé­cile Gatti commence sa carrière dans l’automobile via la partie après‑vente. Un début logique compte tenu de son passé familial. "Mon père est issu de la mécanique, mon grand‑père et ma mère venaient plus du commerce, en particulier dans la gestion d’entreprise, et moi, j’ai baigné et commencé dans la mécanique. Alors, je ne touchais pas les véhicules en tant que tels, mais plutôt en tant que secrétaire, conseiller client, puis cheffe d’atelier. Je suis allée jusqu’à en gérer trois", souligne Cécile Gatti. Si aujourd’hui, une femme qui devient cheffe d’atelier n’étonne plus grand monde, il y a 20 ans, la situation n’était pas commune.

 

"Nous avions du mal à recruter un chef d’atelier à l’époque pour le garage de Sainte‑Geneviève‑des‑Bois. Nous avions changé deux fois. Alors, j’ai dit à mon père que j’allais prendre cette place… Il m’a regardée, puis il m’a dit : «Mais non, tu es une fille, tu ne peux pas», se souvient‑elle. Ce qui a eu ten­dance à m’énerver et à me motiver d’autant plus à m’orienter vers ce poste, car si je n’arrive pas à faire ce métier, ce n’est même pas la peine que demain, je gère l’entreprise si je n’ai pas les bases."

 

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À cette époque, réussir à faire sa place dans ce milieu, surtout en tant que "fille des patrons", cela de­mande une force de caractère dont Cécile Gatti est pourvue. Ses dix premières années à ce poste ont été difficiles et elle a dû faire face aux préjugés du personnel comme des clients. "Quand les clients voulaient voir le chef d’atelier, c’était moi qui arrivais. «Non, je vous ai demandé le chef d’atelier. Oui et bien, c’est moi», lorsque je commençais à leur parler et qu’il y avait de la technique, les pré­jugés retombaient tout de suite. Au­jourd’hui, cela a changé, mais avant, avec cette étiquette qu’il y avait sur les femmes dans l’automobile, ce n’était pas simple, davantage dans l’après‑vente" se souvient‑elle.

 

L’après-vente et le personnel au centre du groupe

 

Lorsqu’en 2012, ses parents partent à la retraite, Cécile Gatti devient la direc­trice générale du groupe de distribu­tion. Ce début d’expérience en tant que cheffe d’atelier et ses études lui ap­portent le bagage nécessaire pour gérer le groupe Donjon. "Mais c’est surtout l’expérience qui parle, il faut boxer un peu pour diriger une entreprise de 190 salariés."

 

La fibre après‑vente, elle ne l’a pas perdue de vue. "Mon but était que le domaine se rapproche le plus du commerce de véhicules neufs en ce qui concerne la considération du personnel qui, à l’époque, était mise à mal, assure Cécile Gatti. Aujourd’hui, un technicien est devenu une denrée rare, d’autant plus quand ils sont de qualité. Je suis contente que nous soyons parvenus à rééquilibrer. Il faut dire que c’est fini les ateliers avec de la graisse, aujourd’hui, il faut réfléchir et travailler avec des ordinateurs."

 

Si ses parents administraient le groupe à deux, Cécile Gatti, en tant que fille unique, se présente comme la seule à être aux commandes du navire. Une situation qui lui convient parfaitement, en cohérence avec sa vision du métier. "Je pense qu’être seule à la direction d’une entreprise, c’est préférable." Sous sa direction, le groupe inaugure une nouvelle concession Volkswagen à Cor­beil‑Essonnes et reprend en 2018 la concession Skoda, située dans la même commune. À défaut d’être deux au poste de direction de la société, elle s’en­toure des bonnes personnes et sur ce point, la tâche n’a pas été de tout repos.

 

Départ dans les effectifs

 

Être à la direction d’un groupe de dis­tribution demande aussi d’appréhen­der les différents domaines, du VN à l’après‑vente. Or, en raison de son dé­but de parcours professionnel, Cécile Gatti maîtrisait moins l’aspect vente de véhicules neufs. "C’est le domaine qui m’intéressait le moins. Selon moi, l’après‑vente est tellement plus com­pliqué à comprendre qu’appréhender la partie véhicules neufs me semblait beaucoup plus simple, d’autant plus que j’ai pu passer par le VO avant. Ayant l’habitude de manager des tech­niciens qui ont un esprit plus cartésien, pour moi, les vendeurs sont des ar­tistes", sourit la directrice générale qui a dû apprendre à s’adapter à ce métier.

 

Pour cela, elle s’est appuyée sur le direc­teur commercial du groupe, Michel Ri­bière. Recruté par ses parents, il s’occu­pait de la majeure partie du commerce VN et VO. Malheureusement, en 2014, Michel Ribière décède et Cécile Gatti se retrouve à devoir gérer cet aspect de manière indépendante. "Il s’agissait d’une personne extraordinaire, qui gé­rait l’aspect commercial d’une main de maître. Et là, je me retrouve seule. Ce fut un réel coup dur. J’ai mis deux ans à m’en remettre et je me suis adaptée", repense avec émotion la directrice gé­nérale.

 

La concession Donjon en 1984.

 

Michel Ribière travaillait avec trois chefs de vente sous sa direction. Elle délègue donc la tâche à ces per­sonnes, mais se rend compte que le di­recteur commercial "parvenait à com­penser les lacunes de chacun". À cette période, la direction commerciale du groupe Donjon Automobiles se trouve presque du jour au lendemain amputée de 70 % de son effectif. "Ce fut une période très difficile, d’au­tant plus que j’étais une novice dans ce domaine à l’époque. Mais comme je n’ai aucun problème à demander du soutien et que j’aime apprendre. Je me suis aus­si inspirée de mes collègues et certains m’ont d’ailleurs aidée à l’époque."

 

Pour qu’un tel événement ne se re­produise pas, Cécile Gatti décide de ne plus miser sur une seule personne et change de stratégie avec différents directeurs multisites. "Il est important de pouvoir échanger des informations et d’être en perpétuelle évolution. Nous réfléchissons toujours mieux à plusieurs têtes, même si au bout du compte, la dé­cision m’appartient. Nous faisons beau­coup de groupes de travail chez nous", assure Cécile Gatti.

 

Dieselgate et Covid

 

Outre les événements internes, en 2015, la jeune directrice générale se retrouve confrontée à un phénomène qui impacte l’entièreté du réseau Volkswagen : l’affaire du Dieselgate. Une difficulté supplémentaire touche principalement l’après‑vente, s’ajoutant au tumulte du côté commercial.

 

"Il a fallu faire des actions de rappel sur les voitures, ce qui prenait beaucoup de temps dans les ateliers. Pendant ce temps, les équipes étaient surmenées et nous ne vendions pas de pièces de rechange. Ce fut une ca­tastrophe tant d’un point de vue écono­mique que psychologique. À ce moment, sur deux ans, j’ai perdu près de 25 % de mon personnel à cause de surchauffe. Certains ont même arrêté le métier. Il y avait une telle demande et il a fallu expliquer aux clients."

 

Pour pallier les difficultés, Cécile Gatti a pris la décision d’agrandir les plages horaires et a recruté du personnel pour com­bler les départs. "Aujourd’hui, c’est l’après‑vente qui porte les résultats du groupe… à ce moment‑là, ça ne l’était plus. Alors, ce ne sont que des vases communicants, mais les résultats de l’entreprise sont moins bons au bout du compte", se désole Cécile Gatti en repensant à cette époque.

 

Cécile Gatti, directrice générale du groupe Donjon Automobiles.

 

S’ensuit une période d’accalmie de quelques années, avant que la crise sanitaire ne vienne reperturber les affaires du groupe Donjon. "De ma vie, je n’ai jamais eu à fermer mes concessions et à recourir au chômage technique. Je me souviens, je pleu­rais en même temps que je fermais la concession. Tu es cheffe d’entreprise et là, tu te dis : «J’ai 200 personnes avec moi, qu’est‑ce qui se passe ?» Nous ne savions pas de quoi le lendemain serait fait », se remémore Cécile Gatti, mais une fois de plus, elle a su s’adapter, en naviguant à vue. "Nous apprenons à travailler comme ça, nous nous sommes réinventés. Le Covid passe, tu as l’im­pression que tu vas retrouver un rythme à peu près normal et là, tu as la crise des semi‑conducteurs. À l’heure ac­tuelle, nous n’avons, par exemple, pas reçu certains véhicules commandés en 2021", se désole‑t‑elle.

 

Malgré ces événements qui ont mar­qué le groupe Donjon au fer rouge, le distributeur essonnien a toujours su se réinventer et trouver des solu­tions, notamment en se digitalisant davantage avec une refonte de son site Internet. Avec, en 2022, un chiffre d’affaires total consolidé de 100 mil­lions d’euros et 3 150 voitures neuves vendues, Cécile Gatti est parvenue à faire de son entreprise un acteur in­contournable de la distribution du groupe Volkswagen en Île‑de‑France.

 

Mais l’histoire continue, en parti­culier avec l’explosion des ventes de véhicules électriques. Une période propice aux nouveautés… D’ailleurs, le groupe construit actuellement un atelier dédié aux batteries et Cécile Gatti pense à ouvrir un showroom consacré à la mobilité électrique.

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