Stellantis : l'Amérique redresse les comptes, l'Europe creuse les pertes

Le redressement de Stellantis se dessine mais il reste fragile. Le chiffre d'affaires au global s'est légèrement amélioré (+1 %) à 37,611 milliards d'euros pour une marge opérationnelle de 0,7 %. Près de neuf mois après l'annonce d'un "reset" stratégique de 25,4 milliards d'euros de charges exceptionnelles, le constructeur commence à entrevoir la lumière au bout du tunnel. Par rapport à la perte du troisième trimestre 2025 de 4,53 milliards d'euros, celle de cette même période en 2026 (-453 millions d'euros) fait figure de véritable amélioration. Mais le chemin reste long d'autant que les performances restent très contrastées selon les régions.
L'Amérique du Nord retrouve les bénéfices
L'Amérique du Nord constitue le principal moteur de l'amélioration des résultats opérationnels. Au troisième trimestre 2026, cette zone d'activité dégage un bénéfice opérationnel de 64 millions d'euros, contre une perte de 475 millions un an plus tôt. Le redressement est d'autant plus spectaculaire qu'il intervient dans un contexte de recul des ventes de 12 % avec 357 000 véhicules livrés pour un chiffre d'affaires de 15,6 milliards d'euros. De l'autre côté de l'Atlantique, la marge opérationnelle reste limitée à 0,4 % du chiffre d'affaires. Au cumul de l'année, celle-ci atteint 1,2 %.
L'Europe est la seule région déficitaire
À l'inverse, la région Europe connaît une forte croissance de ses ventes avec 588 000 véhicules livrés (+10 %) ainsi qu'un chiffre d'affaires en hausse de 3 % (14,06 milliards d'euros). Mais les ventes n'y sont toujours pas rentables. Le constructeur y enregistre une perte de 311 millions d'euros, contre un bénéfice de 157 millions d'euros un an auparavant. De ce fait, sa marge opérationnelle tombe à -2,2 %. Selon le constructeur, le principal facteur de dégradation réside dans la pression exercée sur les prix nets de vente. Au troisième trimestre, cet effet aurait ainsi annulé les gains réalisés sur les coûts industriels.
La région serait notamment pénalisée par la croissance des ventes de véhicules électriques. Celles-ci, dans l'Union européenne, ont en effet progressé de 65 % pour les marques du groupe Stellantis depuis le début de l'année et même de 93 % en incluant le partenaire chinois Leapmotor. Ces progressions ont permis au groupe de gagner des parts de marché sur le continent pour atteindre 16 % au global.
Sur les neuf premiers mois de 2026, l'Europe élargie cumule ainsi 397 millions d'euros de pertes opérationnelles ajustées, malgré une hausse de 9 % de ses expéditions. Elle reste la seule grande région géographique de Stellantis à afficher une marge négative sur cette période.
L'Amérique du Sud et le Moyen-Orient assurent l'essentiel de la rentabilité
Si l'Amérique du Nord améliore sensiblement sa contribution, ce sont toujours les marchés d'Amérique du Sud et du Moyen-Orient/Afrique qui assurent l'essentiel des bénéfices opérationnels du groupe. En Amérique du Sud, Stellantis dégage un résultat opérationnel ajusté de 431 millions d'euros au troisième trimestre, quasiment stable sur un an. Le chiffre d'affaires progresse de 3 %, à 4,12 milliards d'euros, tandis que les livraisons restent stables, à 251 000 véhicules. La marge opérationnelle atteint 10,5 %, soit un niveau sans commune mesure avec celui des marchés nord-américain et européen.
La région Moyen-Orient/Afrique affiche quant à elle la meilleure rentabilité de Stellantis, avec une marge opérationnelle ajustée de 14,6 %. Son résultat opérationnel atteint 244 millions d'euros, malgré une contraction de 19 % du chiffre d'affaires et une baisse de 21 % des livraisons. L'Asie-Pacifique repasse également dans le vert, avec un bénéfice opérationnel ajusté de 18 millions d'euros, contre une perte de 4 millions un an plus tôt. Sa marge atteint 4 %, mais le poids de cette région reste marginal dans les comptes du constructeur.
Le groupe brûle toujours du cash
La consommation de trésorerie demeure l'un des principaux points de vigilance dans le redressement de Stellantis. Au troisième trimestre 2026, le constructeur a enregistré un flux de trésorerie disponible industriel négatif de 4,01 milliards d'euros, contre 4,30 milliards un an plus tôt. Sur les neuf premiers mois de l'année, ce déficit atteint 4,93 milliards d'euros, en amélioration de 33 % par rapport à la même période de 2025. Sur les neuf premiers mois de 2026, les dépenses d'investissement, comprenant les immobilisations corporelles et les frais de recherche et développement capitalisés, ont atteint 5,32 milliards d'euros, contre 7,45 milliards un an auparavant, soit une baisse de près de 29 %. Cette réduction des dépenses s'inscrit dans la discipline financière engagée dans le cadre du plan FaSTLAne 2030.
Pour autant, les besoins industriels restent importants. En Amérique du Nord, Stellantis doit financer la reconfiguration de ses usines, l'adaptation de ses lignes de production aux différentes motorisations et le lancement de nouveaux modèles. En Europe, les investissements accompagnent notamment le déploiement de la gamme Smart Car, l'électrification des véhicules et la recherche de gains de productivité.
La baisse des investissements contribue à limiter les sorties de trésorerie, mais elle ne suffit donc pas à rétablir un flux positif. Stellantis doit encore absorber les besoins de financement liés à son activité et à la transformation de son outil industriel, tout en cherchant à améliorer la rentabilité de ses opérations. Le groupe maintient son objectif de retrouver un flux de trésorerie disponible industriel positif en 2027.
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