Made in Europe : les constructeurs chinois trouveront-ils la parade ?

Les propositions de Bruxelles pour soutenir la production industrielle européenne suscitent les inquiétudes des entreprises chinoises, qui ont dénoncé une atteinte aux principes du libre-échange.
"Cette proposition, par l'introduction d'exigences de contenus fabriqués en Europe, de dispositions obligatoires en matière de transfert de technologie et d'un examen rigoureux des investissements étrangers, remodèlerait considérablement les règles d'accès au marché au sein de l'UE", a déploré dans un communiqué la Chambre de commerce chinoise auprès de l'UE (CCCEU), reprise par l'AFP.
Cet organisme, qui représente les entreprises chinoises en Europe, estime que les mesures envisagées, si elles étaient appliquées, conduiraient l'économie européenne "vers un modèle plus protectionniste et d'exclusion, qui pourrait nuire à la réputation bien établie de l'UE en tant que marché ouvert et fondé sur des règles".
Périmètres géographiques
La Commission européenne a présenté le 4 mars 2026 une proposition de loi sur le "made in Europe", qui vise à relancer la production industrielle européenne et à mieux résister à la concurrence chinoise, en imposant à certaines entreprises qui bénéficient de fonds publics des exigences de contenu local. La Chambre de commerce s'inquiète en particulier du périmètre géographique du "made in Europe".
Bruxelles a prévu d'assimiler à des contenus européens les produits issus des "partenaires de confiance" de l'UE, comme le Royaume-Uni ou le Japon, sous réserve de réciprocité, mais la Chambre de commerce souligne que les critères prévus excluent de fait la Chine des pays éligibles au dispositif, y voyant un risque de "discrimination" à l'encontre de ses entreprises.
Des conditions européennes moins strictes
En outre, la proposition inclut des dispositions en matière d'investissements étrangers qui visent clairement la Chine, sans la nommer explicitement, avec des obligations de retombées locales, de transferts de technologies, et des restrictions en termes d'actionnariat. La Commission européenne a défendu ses propositions, en expliquant qu'elles s'inspiraient de règles protectrices déjà en vigueur dans plusieurs pays, y compris la Chine.
Sur les investissements étrangers, "nos conditions sont même moins strictes que celles de la Chine", a souligné le vice-président de la Commission Stéphane Séjourné, dans un entretien au quotidien français Les Échos, rappelant que "Pékin impose aux entreprises européennes un partenaire chinois obligatoire, limite leur participation à 40 % et exige un transfert de technologie".
Des usines chinoises en Europe
Pour rappel, certains constructeurs chinois produisent déjà des véhicules en Europe ou sont sur le point de le faire. Fin 2024, Chery a repris les anciennes usines de Nissan à Barcelone pour assembler les modèles d'une marque espagnole, Ebro, tandis que XPeng et GAC, ce dernier n'étant pas encore disponible en France, ont signé un partenariat avec le canadien Magna Steyr pour produire des véhicules dans son usine de Graz (Autriche). Concernant les modèles XPeng, assemblés depuis le dernier trimestre 2025, le modèle industriel correspond au schéma SKD (semi-knocked down).
Quant aux projets à venir, l'usine de BYD en Hongrie est en cours de réglage de son outil de production pour une montée en cadence dans les mois à venir. Dans un premier temps, le constructeur a annoncé la production de la Dolphin Surf et de l'Atto 2 dans sa version électrique. Deux autres modèles, encore non définis, suivront. Aucune information n'a été publiée concernant le niveau d'intégration, ni sur le contenu local, si ce n'est une signature dès le début du projet avec l'autrichien Voestalpine, qui fournira de l'acier pour les carrosseries des véhicules.
Leapmotor s'appuie sur Stellantis
De son côté, Stellantis intègre Leapmotor dans son usine de Saragosse (Espagne). Le constructeur se prépare à assembler plus de 200 000 Leapmotor par an avec un premier lancement au cours de l'année. Une coentreprise locale de 170 salariés, entre le basque espagnol Fagor Ederlan et le chinois Duoli Technology, produira les châssis dès le mois d'août. Elle sera chargée de produire des composants structurels de châssis pour les véhicules Leapmotor assemblés sur le site de Stellantis.
Sur le même site, Stellantis a développé une coentreprise avec le chinois CATL pour construire une usine de batteries. L'investissement est estimé à 4,1 milliards d'euros. La production devrait débuter fin 2026 et la capacité du site pourrait atteindre 50 GWh.
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