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Constructeurs

La prime Biden ou le protectionnisme même plus dissimulé

Publié le 18 août 2022

Par Jean-Baptiste Kapela
3 min de lecture
Le volet climat de l’Inflation Reduction Act fait grincer des dents l’Union européenne et les constructeurs non implantés au pays de l’Oncle Sam. Désormais ratifié, ce sont près de 70 % des véhicules zéro carbone qui perdront leur éligibilité à un crédit d’impôt de 7 500 dollars. En revanche, pour Tesla, Ford et General Motor, c’est une aubaine.
Tesla, Ford et General Motors devraient tirer profit des nouvelles dispositions de l'Inflation Reduction Act"

Une preuve que le slogan “America first” est encore d’actualité sous l’administration Biden. Le 16 août 2022, le président des États-Unis a ratifié "l’Inflation Reduction Act". Ce dernier comprend un volet Climat, qui risque de déplaire aux constructeurs automobiles européens et asiatiques. En effet, dorénavant, pour l’achat d’un véhicule électrique, l’acheteur pourra bénéficier d’un crédit d’impôt de 7 500 dollars, soit 7 380 euros… à condition que ce dernier ait été produit sur le sol  américain avec une batterie "Made in USA". Un véritable avantage pour les constructeurs américains, mais une moins bonne nouvelle pour les autres.

 

Auparavant, les 200 000 premiers véhicules d’une même marque étaient éligibles. Un plafond pratiquement atteint par General Motors et Tesla et donc désormais caduc. Les constructeurs américains y gagnent au passage puisque le crédit d’impôt est annoncé pour les dix prochaines années. Par ailleurs, l’incitatif est alloué aux véhicules les moins onéreux, soit pour les berlines de moins de 55 000 dollars et pour les SUV de moins de 80 000 dollars. Pour rappel, en 2021, Joe Biden a annoncé son ambition d’atteindre 50 % des véhicules neufs, neutres en carbone, vendus en 2030.

 

À qui profite le crédit ?

 

Sans surprise, ce sont Tesla, Ford et General Motors qui devraient tirer profit des nouvelles dispositions du projet de loi. Ces derniers avaient déjà atteint les 200 000 premiers véhicules et devraient encore faire bénéficier ses acheteurs du crédit d'impôt, puisqu’ils produisent sur le sol américain. En revanche, pour les autres, c’est plus compliqué. Les marques étrangères qui vendent le plus de modèles à batterie aux États-Unis produisent rarement leurs véhicules sur le sol américain.

Quant à certains constructeurs Etats-Uniens de VE comme Rivian, ses véhicules dépassent les 55 000 et 80 000 dollars et ne sont donc pas éligibles. D’autres prévoient ainsi de délocaliser leur production aux États-Unis, comme Volkswagen, pour son modèle de SUV, l’ID4.

 

Du côté de l’Alliance pour l’Innovation Automobile, qui regroupe les constructeurs américains et étrangers qui vendent le plus de véhicules aux États-Unis, le projet de loi laisse sceptique. Son PDG, John Bozzella explique que 70 % des modèles de véhicules électriques actuellement vendus aux États-Unis ne seraient pas éligibles au crédit d'impôt. Il demande à Washington d’élargir les critères pour l'origine des composants de batterie afin d'"inclure des pays de production qui ont des accords de défense collective avec les États-Unis, comme les membres de l'OTAN, le Japon et d'autres."

 

L’Union européenne "très préoccupée"

 

Avant même le vote définitif de l’Inflation Reduction Act, l'Union européenne, par le biais d’une porte-parole de la Commission européenne, Miriam Garcia Ferrer a déjà fait savoir son mécontentement. Elle qualifie ce projet de loi de "discriminatoire pour les constructeurs étrangers par rapport aux constructeurs européen" et se dit "très préoccupée". Par ailleurs, elle précise qu’une telle disposition "est incompatible" avec les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

 

Le crédit d'impôt sur les voitures électriques intervient au moment où les Européens cherchent à gonfler leur propre production de batteries électriques à coups d'investissements colossaux.  "Les crédits d'impôt constituent une mesure incitative importante pour encourager la demande de voitures électriques (...) mais nous devons nous assurer que les mesures introduites sont équitables", a déclaré la porte-parole lors d'un point de presse.  "Nous continuons donc d'exhorter les États-Unis à supprimer ces éléments discriminatoires du projet de loi et à veiller à ce qu'il soit pleinement conforme à l'OMC", avait souligné Miriam Garcia Ferrer. (Avec AFP)

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