Île-de-France Mobilités lance le premier projet régional concret de navette autonome

Le véhicule autonome, oui, mais pas de robotaxis à l’horizon. Fidèle à la doctrine française qui vise davantage à promouvoir des véhicules autonomes collectifs plutôt qu’individuels, Île-de-France Mobilités (IDFM) dévoile sa stratégie à ce sujet à court terme.
Ainsi, l’institution a officialisé son plan le 10 septembre 2026 en lançant le premier projet régional de transport collectif autonome. IDFM projette un service de transport à la demande dont les premières rotations débuteront au premier trimestre 2028 avec une vingtaine de véhicules en circulation. À l’horizon 2030, la région ambitionne d’atteindre une flotte de 100 véhicules en circulation.
Un projet ambitieux dont le budget annuel s’élève à 20 millions d’euros et qui se présente comme une alternative aux modèles de robotaxis individuels, dont le marché est dominé par les Américains et les Chinois.
Pour la Région, la priorité n'est pas d'injecter des véhicules individuels supplémentaires en circulation, mais de compléter le réseau existant là où les bus classiques peinent à trouver leur équilibre.
Selon les chiffres présentés par IDFM, le taux d’occupation des robotaxis en Californie reste encore faible, avec 0,73 passager par véhicule et 90 % des trajets effectués avec deux personnes ou moins. "Nous luttons contre l'autosolisme. L'objectif n'est pas de remettre des voitures massivement sur les routes au risque de recréer des embouteillages", a martelé Valérie Pécresse, présidente d'Île-de-France Mobilités.
Une zone déjà définie
Ce futur véhicule autonome francilien s’apparentera davantage à un minibus dimensionné pour transporter huit à douze passagers. L’objectif pour la Région est donc de compléter le réseau existant avec des dessertes dans les zones à faible densité de la grande couronne, peu desservies, vers différents points d'intérêt comme des hôpitaux ou des zones d’activités.
"Ces navettes autonomes pourront servir les travailleurs de nuit en horaires décalés, les personnes âgées ou les jeunes travailleurs en zone rurale qui n’ont pas l’opportunité d’acquérir une voiture", souligne Valérie Pécresse. Une zone qui compte, selon la présidente de région, environ deux millions d’habitants.
Mais pour déployer ses premiers véhicules autonomes, IDFM a en revanche retenu une zone à forte densité : le Cluster Paris-Saclay. Ce territoire réunit notamment Versailles Grand Parc ou encore Saint-Quentin-en-Yvelines, un territoire "d’excellence déjà rodé aux expérimentations technologiques", selon la présidente d’IDFM.
La Région s'appuiera notamment sur l'expertise technique de l'institut Vedecom, implanté à Versailles-Satori, ainsi que sur l'écosystème académique du plateau de Saclay. Un service accessible avec la carte Navigo.
Une mise en place par étapes
La mise en service du tout premier véhicule de transport à la demande (TAD) autonome est fixée à début 2028. La flotte s'étoffera entre 2028 et 2029 pour atteindre plus de 20 navettes pilotes, avant une généralisation à plus de 100 véhicules d'ici 2030.
Le budget de 20 millions d'euros par an doit couvrir l'achat des véhicules, leur maintenance et la création d'un centre de supervision à distance. Le service sera entièrement accessible avec la carte Navigo.
Au niveau réglementaire, l'Île-de-France s’appuiera sur la loi d'orientation des mobilités (LOM) de 2019, qui autorise la circulation sans opérateur à bord d’un véhicule. Toutefois, à ce jour, aucune navette collective ni aucun robotaxi n'a encore franchi ce cap. Envisager une exploitation commerciale en France relève encore de la science-fiction.
Mais la Région souhaite être pionnière en Europe à ce sujet. "C'est un défi technologique, c'est notre cap Horn à nous", a souligné Valérie Pécresse, rappelant l'exigence absolue d'homologation et de démonstration de la sécurité pour rassurer les usagers.
Qui fournira les véhicules ?
Avoir la volonté de mettre en place un service de navettes autonomes est une chose, mais encore faut-il avoir les véhicules. D’ici la fin de l’année 2026, IDFM définira sa stratégie de sélection des opérateurs et des véhicules, avant de lancer un appel d'offres en 2027.
Toutefois, la mise en place du service a été présentée par Valérie Pécresse comme une initiative souveraine. Face à la domination américaine ou asiatique dans le domaine, Île-de-France Mobilités ambitionne de mobiliser avant tout les constructeurs et éditeurs de logiciels européens.
Sans que rien ne soit engagé et en spéculant, Renault semble pressenti via ses incursions dans le domaine des navettes autonomes en partenariat avec l’un des spécialistes chinois du domaine : WeRide. Même si la Région privilégie une solution européenne souveraine, la mise en concurrence reste totalement ouverte et sans œillères.
La Région et Île-de-France Mobilités retiendront le constructeur selon plusieurs critères. Dans un premier temps, sur la fiabilité technologique et la sécurité. Le choix se portera sur l'offre la plus solide techniquement pour garantir un niveau de sécurité adéquat.
IDFM cherche aussi, dans l’idéal, une solution globale, comprenant le véhicule et le logiciel de conduite sous forme de "package" unique. Enfin, le critère financier sera également déterminant.
Quid des robotaxis ?
Tandis que les véhicules autonomes débarquent en Europe par Londres, Munich ou encore Zagreb, leur arrivée dans la capitale française reste encore lointaine. Valérie Pécresse rappelle que la région Île-de-France n'a pas la compétence de légiférer sur la mise en place de taxis ou de robotaxis.
Celle-ci relève "exclusivement du ministère de l'Intérieur, du ministère des Transports et de la Ville de Paris", selon la présidente d’IDFM. Cette dernière précise toutefois que les opérateurs de robotaxis "frapperont à la porte de Paris" très prochainement. Ces derniers étant attirés davantage par Paris intramuros pour des raisons de prestige et pour relever le défi technique de la circulation parisienne.
La présidente de la Région a d'autre part exprimé ses réserves quant à l'introduction de robotaxis dans la capitale, estimant que la priorité absolue doit rester la réorganisation du plan de circulation pour faire rouler les bus traditionnels.
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