Ce que cachent les bons chiffres des ventes de modèles électriques en mars 2026

Une progression de 69 %, une part de marché historique de 28 % avec 49 406 unités, ce qui en fait l'énergie la plus immatriculée. Mars 2026 aura été le mois de l'électrique en France. Avec de tels chiffres, les commentateurs se sont rués sur cette bonne nouvelle et ont salué le décollage de l'électrique.
La situation est un peu plus complexe. "Mars a été le télescopage de deux sujets qui ont porté l'électrique à des sommets jamais atteints", indique-t-on chez Ford, qui a vu ses immatriculations de véhicules électriques exploser de 413 % , soit une des plus fortes progressions du mois. Ce télescopage tient en deux mots : leasing social et réforme des avantages en nature.
Logistique spéciale
Pour respecter la réglementation du leasing social, les constructeurs avaient maximum six mois pour livrer les véhicules. "Pour une grande majorité des constructeurs, la plus forte période du leasing social a été enregistrée entre fin septembre et fin octobre, explique-t-on chez Ford. Il est donc tout naturel de retrouver un pic des immatriculations ce mois-ci."
Surtout, le leasing social a profondément fait évoluer les chaînes d'approvisionnement des constructeurs, notamment des véhicules importés. Car pour offrir des modèles à des loyers très compétitifs, les constructeurs ont proposé des voitures d'entrée de gamme qui, en temps normal, représentent une part infime du mix produit.
Cette politique a donc obligé les marques à mettre en place une logistique spécifique. Ainsi, à titre d'exemple, Ford a dû "réserver" des créneaux de production dans ses usines pour bénéficier de Puma Gen-E et d'Explorer éligibles au soutien de l'État.
Un phénomène qui n'est pas propre à Ford. En mars, tout comme en février d'ailleurs, on retrouve en effet de fortes progressions également chez d'autres acteurs comme Toyota (+164,8 %), Hyundai (+80,7 %), Skoda (+79,4 %) ou Volkswagen (+70,3 %), pour ne citer que ces marques qui disposaient de modèles éligibles.
En revanche, chez les constructeurs français, excepté chez Citroën (+70,1 %), la progression de l'électrique a été moins forte. Ainsi, les immatriculations de Renault n'ont progressé "que" de 45,8 % en mars et, chez Peugeot, de seulement 29,5 %.
Les flottes pilotent l'électrique
La deuxième raison est à aller chercher du côté des ventes aux entreprises. Dans un marché en baisse de 1,9 % en mars, le marché a largement été porté par l’électrique. Ce mix énergétique a représenté 41,3 % du marché des flottes, en forte hausse de 77,3 % par rapport à mars 2025.
Cette progression s’explique majoritairement par la mise en place de la fiscalité sur les avantages en nature qui est en train de modifier en profondeur le marché des flottes. Car, à l’inverse, toutes les autres motorisations reculent : hybrides rechargeables (-12,6 %), full hybrid (-19,2 %) et microhybrides (-23,8 %).
Des journées portes ouvertes très électriques
Les bons résultats de mars vont-ils s'effondrer dans les mois à venir ? En s'appuyant sur les dernières journées portes ouvertes qui ont eu lieu mi-mars, les constructeurs se veulent confiants. "Je ne sais pas s'il y a un déclic de la part des consommateurs, mais les commandes de voitures électriques ont représenté un mix de 42 % lors de ce dernier événement commercial, indique un porte-parole de Ford. En mars 2025, alors que la Ford Puma Gen-E arrivait dans les concessions, il n'était que de 24,9 %."
"Lors de ces journées portes ouvertes, nous avons observé une demande très forte chez les particuliers pour nos modèles électriques aussi bien en termes de demandes d'informations qu'en termes de prises de commande, nous confie Edouard George, directeur de Citroën France.
Depuis le début de l'année, la marque a enregistré un mix des ventes en électrique de 22,5 %, porté à 28 % rien qu'en mars. "Dans ce contexte, les particuliers représentent 30 % des commandes", présente Edouard George qui estime pour autant que le leasing social n'a pas eu beaucoup d'impact sur les immatriculations électriques de Citroën ce mois-ci.
Une réflexion surprenante alors que les ventes électriques de Citroën ont progressé de 70,1 % en mars, alors qu'elles s'étaient effondrées de 17,6 %, dans un marché qui progressait de 27,8 % en février 2026.
Des ventes qui ont doublé chez Renault
De son côté, Renault observe la même progression que Ford. "Ce mois-ci, nous avons doublé les commandes de véhicules électriques par rapport à mars 2025", annonce Guillaume Sicard, directeur général de Renault France. Selon lui, le contexte de la guerre en Iran et la hausse du prix des carburants figurent parmi les causes de cet engouement. En revanche, comme son confrère chez Citroën, il estime que les livraisons du leasing social ont tendance à s'étioler.
Une différence qui ne surprend pas un spécialiste du sujet. "Les constructeurs français sont naturellement plus réactifs que les importés", explique-t-il. Ils ont plus de marges de manœuvre avec leurs outils de production puisque ce sont eux qui les pilotent. Ils peuvent donc livrer plus rapidement, ce qu'ils ont fait." Il est d'ailleurs intéressant de noter que les immatriculations électriques de Renault ont fortement progressé en janvier (+66,9 %), mais qu'elles sont restées relativement stables en février (+38,4 %), et en mars (+45,8 %).
Le piège des retours du leasing social
Ce décollage reste fragile, largement porté pour l’instant par des incitations fiscales, tandis que les constructeurs soutiennent la demande avec des loyers attractifs. Mais la dynamique pourrait rapidement s’inverser si les prix venaient à augmenter.
Les retours en 2027 des premiers modèles du leasing social de 2024 pourraient également apporter un violent coup de frein à la vente de véhicules neufs. Les distributeurs vont en effet se retrouver avec une grande quantité de modèles identiques avec des valeurs résiduelles hors marché, ce qui entraînera probablement une forte baisse des prix.
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