Lubrifiants : un marché sous tension entre recul des volumes et choc des matières premières

Avec un mois de décembre à -8 %, à peine supérieur au mois d’août (17 165 tonnes contre 16 925 tonnes) considéré le plus souvent comme le mois le moins porteur de l’année, l’exercice 2025 s’est finalement bouclé sur un recul de 2,6 % selon le Centre professionnel des lubrifiants (CPL). En volume, il faut parler de 266 140 tonnes de lubrifiants automobiles commercialisés sur le marché intérieur. À titre de comparaison, le secteur de l’industrie connaît pour sa part un recul de 1,8 % sur la même période.
Pour leur part, les moteurs des voitures de tourisme enregistrent un retrait moindre, puisqu’équivalent à -1,6 % (161 860 tonnes). Sur ce volume, le segment essence et mixte se taille toujours la part du lion (140 165 tonnes), avec un retrait de 2,5 %, sensiblement équivalent au retrait global du secteur automobile. À noter, fait rarissime, la progression de 5,8 % du segment diesel tourisme (17 200 tonnes) et le recul de 18 % de l’huile pour transmissions automatiques.
En outre, du côté des acteurs, les pétroliers demeurent majoritaires avec 51,66 % des parts, contre 47,94 % des parts pour les IG (indépendants du graissage), et 0,40 % des parts pour les autres sociétés. À ce niveau, un constat s’impose. Si les pétroliers demeurent largement majoritaires sur les fluides de transmissions automatiques (55 % des parts contre presque 42 % pour les IG), l’écart se veut beaucoup plus restreint sur le segment essence et mixtes propre aux huiles moteur : 50,12 % contre 49,88 % pour les IG.
Valorisation des interventions en atelier
Au-delà des statistiques du CPL figure le contexte avec, en premier lieu, la vente des voitures neuves. En effet, pour rappel, les statistiques prennent en compte le premier plein effectué en usine. Comme déjà mentionné, le marché VN a reculé de 5 % en 2025, à 1 632 156 immatriculations. Après une première année de baisse en 2024, l’électrique a retrouvé le chemin de la croissance en 2025 avec une hausse de 12,5 % pour atteindre un record historique de 20 % de parts de marché, soit une voiture sur cinq. En outre, les hybrides (HEV) prennent la tête du marché pour la première fois, détrônant l’essence.
"Le début de l'année 2026 se révèle moyennement actif mais, en ce qui nous concerne, nous tirons notre épingle du jeu avec une légère croissance sur les deux premiers mois, sachant que nous avons enregistré une croissance sensible sur l’ensemble de l’année 2025 avec un niveau encore plus marqué à l’export, indique Éric Candelier, président de Yacco. Il faut dire que le marché de l’après-vente se révèle toujours très porteur, en particulier du côté du réseau secondaire, des MRA voire des centres autos, avec des véhicules à entretenir dans le cadre d’un parc vieillissant qui se dirige doucement vers le cap des 13 ans".
Effectivement, le baromètre Mobilians-Solware 2025 laisse apparaître une activité dynamique portée par la valorisation des interventions et la progression du panier moyen, ceci en liaison avec un parc roulant qui a franchi la barre des 12 ans en 2025 (12,3 ans). En effet, si les entrées atelier ont régressé de 2,2 % par rapport à 2024 (40,8 contre 41,7 en moyenne/semaine), les 796 ateliers de mécanique du panel ont enregistré un chiffre d’affaires de 679,5 millions d’euros (-0,5 % pour les pièces et +2,6 % pour la main-d’œuvre), avec une hausse du panier moyen de 2,7 % (402,6 euros contre 392,2 euros).
Situation très tendue sur les matières premières
Mais Éric Candelier d’aborder l’actualité. "Au-delà des volumes, la principale préoccupation de la profession réside aujourd’hui dans le conflit au Moyen-Orient et la situation très tendue sur les matières premières, huiles de base comme additifs, souligne-t-il. Un phénomène que nous avions en partie assimilé pour ce qui concerne le conflit ukrainien mais qui ressurgit de façon marquée, à un degré au moins comparable. Le problème de rupture de la chaîne d’approvisionnement risque fort de se greffer pour certains produits, et ce sur une période assez longue. De quoi générer à coup sûr des tensions sur le marché et un contexte extrêmement haussier sur les lubrifiants finis".
Selon lui, chaque semaine qui passe voit une augmentation de 10 cts sur le cours des huiles de base, ramenée au litre. La conséquence du cours fluctuant du baril de Brent, aujourd’hui à plus de 100 dollars (113 dollars le 23/03). Dans la réalité, la situation est la suivante. Selon nos sources, trois raffineries situées dans le golfe Persique représenteraient quelque 30 % de la production mondiale d’huiles de base synthétiques de groupe III, les plus utilisées dans l'automobile (produits de viscosité 5W-30, 0W-30, 0W-20, etc.).
Il s’agit de Bapco (Bahrain Petroleum Company) à Bahreïn, à l’arrêt depuis le 10 mars 2026, d'Adnoc (Abu Dhabi National Oil Company) à Abu Dhabi, dont la raffinerie de Ruwais serait également à l’arrêt "par précaution", en raison d'un incendie survenu à la suite d'une attaque de drone (sa capacité de raffinage peut atteindre 922 000 barils de pétrole par jour), et de Shell au Qatar via son site Pearl GTL situé à Ras Laffan. Celui-ci a interrompu sa production dans la mesure où il a lui aussi subi une attaque dans la soirée du 18 mars.
Outre la production, il est évidemment question pour ces sites du problème de l’acheminement maritime des produits déjà stockés. Le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le pétrole mondial, demeure toujours bloqué à ce jour. D’où leur réflexion actuelle sur une solution alternative, notamment le passage par la mer Rouge. Dès la mi-avril, la plupart des acteurs vont appliquer des hausses moyennes de 6 à 9 % en fonction du mix produit, soit l’équivalent de 20 à 40 cts d’euros par litre. Mais il s’agit là des premières hausses. En effet, certains parlent même d'augmentations de l’ordre de 15 à 20 % en fonction de la durée des perturbations au niveau de l'approvisionnement.
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