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La carrosserie n'échappe pas à la crise

Publié le 28 avril 2022

Par Mohamed Aredjal
8 min de lecture
Plombée par la pandémie, la filière réparation‑collision renoue progressivement avec la reprise. Mais si l’activité a redémarré dans les ateliers, ces derniers, déjà confrontés à une érosion structurelle de la sinistralité, doivent faire face à de nouvelles difficultés conjoncturelles qui risquent de bouleverser, à terme, leur métier.
Avec le contexte inflationniste (énergie, pièces, peinture, etc.), les carrossiers non agréés peuvent plus facilement amortir ces hausses en augmentant leur taux horaire.

Si la crise sanitaire a globalement épargné la filière des services de l’automobile, elle a, en revanche, fragilisé le marché de la réparation‑collision. À cet égard, la dernière étude réalisée par le Gipa à la demande de la Fédération française de la carrosserie (FFC) sur la situation et les perspectives du secteur est éloquente à plus d’un titre. 

 

Premier constat : après une année 2020 très compliquée, les ateliers ont retrouvé de l’activité. Selon ce baromètre, les carrossiers ont enregistré une progression de 7 % de leur flux de clients et du pourcentage de leur chiffre d’affaires. Tout aussi encourageant, le coût moyen des factures collision est à la hausse de 2 % pour un coût sinistre moyen s’élevant à 1 355 euros. "Pour près de 3 professionnels sur 10, l’année 2021 a été meilleure que ce qu’ils pensaient", observe le Gipa dans son étude. Autre signe de la reprise d’activité : le nombre moyen de jours de travail planifiés n’a cessé de croître, passant de 8,5 jours au début de 2021 à 17,2 à son terme. 

 

 

Les carrossirrs ont enregistré une progression de 7 % de leur flux de clients et du pourcentage de leur chiffre d'affaires en 2021.

 

 

Si la réparation de pièces de carrosserie reste l’activité la plus porteuse pour les professionnels de la filière (55 % des sondés), le bris de glace a connu une trajectoire plus compliquée avec une baisse d’activité de 26 %. Sans surprise, les compagnies d’assurance restent les principales pourvoyeuses d’entrées en atelier chez les carrossiers avec des flux représentant, en moyenne, 73 % du travail planifié (contre 27 % pour le hors assurance). Le chiffre d’affaires généré grâce aux agréments a même augmenté de 0,9 % en moyenne chez les professionnels en 2021. 

 

Les difficultés de recrutement s’aggravent

 

De prime abord, ce bilan d’activité peut sembler flatteur. Il cache pourtant de fortes disparités au niveau national. Le baromètre de la FFC relève, en effet, que 4 professionnels sur 10 déclarent ne pas avoir retrouvé leur niveau d’activité de 2019… Plusieurs facteurs peuvent justifier ces difficultés. La sinistralité, pour commencer, est restée relativement basse en 2021. Selon l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR), 53 620 accidents corporels ont été recensés l’an dernier, soit une baisse de 4 % par rapport à 2019. 

 

"Ces deux ans de pandémie de Covid‑19 ont conduit les usagers à adapter leur comportement : en fonction des contraintes de déplacement – autorisé ou non, solo ou non, des règles de distanciation sociale, des loisirs accessibles, du télétravail. Il est particulièrement compliqué de distinguer ce qui finalement relève des ajustements ponctuels aux contraintes liées à la gestion de la crise sanitaire des nouvelles habitudes de vie, qui pourraient avoir été prises (transfert vers la marche et le vélo pour le domicile‑travail, loisirs de nature de proximité plutôt que départs en week‑end, etc.)", souligne l’ONISR. 

 

Face à un marché complexe, les carrossiers ont fait de la formation un axe de développement prioritaire.

 

Outre ce phénomène, les carrossiers doivent faire face à une autre problématique, plus structurelle : les difficultés de recrutement. Selon l’étude du Gipa, la recherche de personnel est devenue la tâche la plus compliquée pour les carrosseries, devant la gestion des relations avec les experts ou avec les assureurs. Le mal est chronique : dès 2019, l’Anfa rappelait que 23 % des recrutements non aboutis dans la filière concernaient les métiers de la carrosserie‑peinture. 

 

Le secteur reste celui qui connaît le plus de complications pour embaucher avec 36 % de recrutements jugés difficiles et 14 % assez difficiles. Seul un recrutement sur deux n’a pas posé de difficultés. Les établissements ont reçu deux fois moins de candidatures (2,3 en moyenne par recrutement) que le reste de la branche. Autre chiffre très parlant : un quart des établissements du secteur n’a pas réussi à pourvoir l’ensemble de ses besoins en recrutement. C’est également l’un des secteurs qui reçoit le moins de candidatures spontanées. 

 

Flambée des prix

 

À l’instar des autres métiers des services automobiles, les carrossiers ont aussi été confrontés ces derniers mois à une difficulté plus conjoncturelle : l’inflation. Le baromètre de la FFC fait ainsi état d’une hausse moyenne, l’an dernier, de 9,4 % pour les produits de peinture et de 9,5 % pour les pièces de carrosserie. Ces augmentations se sont ajoutées aux surcoûts liés à la pandémie de Covid‑19, comme le rappelle Rodolphe Pouvreau, directeur de l’association SRA : "Avec les mesures de désinfection, des frais supplémentaires se sont ajoutés à ce coût et les durées d’intervention se sont allongées." 

 

Un coup dur pour une profession dont la rentabilité reste fragile… Dans son étude, la FFC note d’ailleurs que 70 % des ateliers ont déjà répercuté ces hausses tarifaires sur le prix de leurs prestations. Seul hic : ce contexte inflationniste s’est aggravé depuis le début de l’année 2022, les principaux fabricants de peinture ayant notamment annoncé de nouvelles augmentations de leur grille tarifaire. Dans un communiqué diffusé le 28 mars 2022, la Fipec, qui représente plusieurs syndicats dont le Sipev, alerte sur la nécessité de répercuter rapidement ces hausses des coûts de production. 

 

"Après plus d’un an d’inflation sur les prix de nos approvisionnements, conséquence d’un déséquilibre structurel et durable entre l’offre et la demande des matières premières, la guerre en Ukraine provoque une accélération et une généralisation des tendances haussières des coûts de production de notre industrie et de nouvelles difficultés d’approvisionnement sur certaines matières stratégiques", précise l’organisation professionnelle. Cette dernière prévient ses partenaires qu’ils devront donc s’attendre à des réactualisations des tarifs "beaucoup plus fréquentes."

 

 

Lles crises de ces derniers mois vont modifier le paysage des carrosseries.

Une mauvaise nouvelle de plus pour les carrossiers, en particulier les agréés, dont la prise en charge des ingrédients de peinture n’est pas réévaluée en cours d’année par les assureurs. Cette situation a d’ailleurs alerté la FFC et Mobilians, qui ont interpellé les compagnies d’assurance, fin 2021, pour leur demander de justifier la non‑évolution de leur prise en charge. 

 

"Les facteurs incompressibles de production en carrosserie ont, en effet, poursuivi leur augmentation effrénée, tandis que les conditions de prise en charge par les assureurs n’ont pas évolué", regrette Mobilians. Même position du côté de la FFC : "Ce n’est pas le remboursement des PGE qui risque de pousser certaines entreprises au dépôt de bilan, mais plutôt le refus manifeste des assureurs d’accompagner leur réseau de garages agréés face aux augmentations du prix des matières premières à travers le monde." Cette absence d’évolution des niveaux de prise en charge, alors que le nombre de sinistres a chuté depuis 2019, dans un contexte dégradé depuis la crise sanitaire, met en péril de très nombreuses entreprises de la filière. 

 

Vers une consolidation ? 

 

Quid de l’avenir des carrossiers dans cet environnement complexe ? Selon le baromètre de la FFC, beaucoup d’entre eux naviguent encore à vue : 31 % des sondés ne savent pas comment leur nombre de sinistres va évoluer en 2022 et 27 % d’entre eux estiment qu’il sera en baisse… 

 

Dans cette ambiance morose, les professionnels de la filière sont de plus en plus nombreux à s’interroger sur la pérennité de leur affaire. Le baromètre de la FFC révèle, en effet, que 30 % des réparateurs envisagent une réduction du maillage de carrosseries cette année. Faut‑il effectivement craindre une consolidation du marché dans les prochains mois ? Pour Christophe Bazin, secrétaire de la branche carrossiers‑réparateurs de la fédération, la situation est plus complexe. "Il va falloir attendre le remboursement des PGE pour savoir si cette crise a eu un fort impact sur le nombre d’ateliers. […] Les carrossiers sont aussi confrontés au départ à la retraite de nombreux collaborateurs et à des difficultés de recrutement. De plus en plus d’ateliers choisissent donc de réduire leur taille pour se concentrer sur des activités plus rentables, au détriment du volume", constate‑t‑il. 

 

Pour d’autres observateurs, il faut effectivement s’attendre à une consolidation du marché autour de deux catégories : des groupes multisites aux process industriels (Emil Frey, BYmyCAR, Albax, SereniCAR, etc.) et des carrosseries de taille intermédiaire, contraintes de se spécialiser pour pérenniser leur activité.

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