Étude Deloitte : les Français négocient encore leur passage à l’électrique

Selon le cabinet Deloitte, 10 % des Français envisagent un véhicule 100 % électrique pour leur prochain achat, contre 9 % l’an dernier. Une progression réelle, mais encore éloignée des niveaux observés en concessions lors des derniers mois. C'est le constat dressé dans le cadre de l'étude annuelle Global Automotive Consumer Study, réalisée auprès de plus de 28 000 consommateurs dans 27 pays du monde.
Réalisée sur le dernier trimestre 2025, donc bien avant la guerre au Moyen-Orient et la flambée des prix des carburants, l'étude interroge toujours sur le niveau de la demande naturelle pour l'électrique. Si les efforts commerciaux des constructeurs, les incitations fiscales et le contexte énergétique soutiennent les ventes, le réservoir spontané d'acheteurs de modèles 100 % à batterie reste limité. Fin 2025, les consommateurs interrogés plaçaient toujours le véhicule thermique en tête des intentions d'achat pour 44 % d'entre eux sur le marché français.
Prix, recharge, autonomie : le trio de freins persiste
Les freins demeurent identiques. "Le coût d'achat, le temps de recharge et l'autonomie restent le trio maudit de la voiture électrique, même si ces trois freins tendent à baisser chaque année", fait remarquer Guillaume Crunelle, associé automobile et mobilité chez Deloitte. Les économies de carburant, les préoccupations environnementales et la réduction de la maintenance restent les trois premières motivations, mais elles perdent du terrain.
En réalité, les raisons d’acheter un véhicule électrique baissent toutes !
Pour Guillaume Crunelle, le consommateur "rêve" moins la voiture électrique et attend qu'elle soit plus qualitative, plus accessible et plus convaincante. Comme toujours, la recharge à domicile reste un enjeu central.
Recharge à domicile : le vrai point de blocage du marché
La majorité des consommateurs souhaite recharger chez soi, car c’est là que le modèle économique du véhicule électrique est le plus favorable. Mais 59 % des répondants n’ont pas accès à une borne à domicile, notamment en copropriété. Guillaume Crunelle y voit une fracture "infrastructurelle" émergente : l’enjeu n’est plus seulement le maillage public, mais la conquête du domicile et des parkings collectifs.
Le prix reste l’autre barrière majeure. Le seuil des 30 000 euros demeure un plafond de verre pour 63 % des consommateurs. Rapporté aux loyers mensuels, ce niveau de prix se concrétise par des mensualités de moins de 200 euros pour 44 % des Français, et entre 200 et 399 euros pour 30 % d'entre eux.
Autre enseignement fort : la concession reste centrale. Malgré la montée du digital, le point de vente physique demeure la première source de confiance pour s’informer avant l’achat, avec un niveau particulièrement élevé en France de 63 % des personnes inerrogées. Le digital informe, mais il ne conclut pas. Les consommateurs attendent encore un contact humain, la possibilité de négocier, une transparence sur les prix et la sensation de réaliser une bonne affaire.
L’étude met également en avant la montée en puissance du véhicule défini par logiciel, ou SDV. Les consommateurs se montrent prêts à payer pour certaines fonctionnalités connectées, mais surtout lorsqu’elles touchent à la sécurité : détection des véhicules et des piétons, assistance d’urgence, détection de collision, antivol. Le divertissement ou l’infotainment restent beaucoup moins monétisables.
Voiture connectée : la défiance des consommateurs face aux données
Ce glissement ouvre une perspective importante pour les constructeurs. En France, 58 % des répondants se disent prêts à payer davantage pour bénéficier de mises à jour à distance. En revanche, 45 % estiment aussi que ces mises à jour pourraient les conduire à conserver leur véhicule plus longtemps, en moyenne trois ans de plus. Pour le cabinet Deloitte, ce modèle transforme en profondeur l’équation économique : il crée des revenus récurrents, mais peut aussi allonger la durée d’usage des véhicules.
Cette évolution pourrait modifier la valorisation même des constructeurs. La part des véhicules mis à jour, le poids des services logiciels payants et la récurrence des revenus pourraient devenir des indicateurs suivis de près par les marchés financiers.
Mais cette promesse logicielle s’accompagne d’une forte inquiétude. Les consommateurs veulent davantage de sécurité et de connectivité, mais se montrent méfiants face à l’usage des données. 47 % s’inquiètent du partage de données lors de la synchronisation des applications et 46 % des caméras dans l’habitacle. La voiture n’est pas perçue comme un smartphone ordinaire : elle touche à l’intimité, à la sécurité et à la confiance envers le constructeur.
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