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Industrie

Une start-up de la Software République baisse le rideau

Publié le 28 mars 2024

Par Gredy Raffin
5 min de lecture
Échouant à lever des fonds pour son développement, Core for Tech a annoncé l'arrêt de son activité. Le tribunal doit décider si cette start-up incubée par la Software République, la structure cofondée par Renault, pourra transmettre la technologie à une entité commerciale.
Core for Tech au bord du précipice
Core for Tech utilise l'intelligence artificielle pour surveiller l'état de somnolence des conducteurs. ©AdobeStock-BullRun

Coup de tonnerre dans le monde des start-up de la mobilité. Le 21 mars 2024, la direction de Core for Tech a averti ses partenaires que l'activité va cesser. Une décision prise en conséquence de l'échec de la levée de fonds amorcée, il y a quelques mois.

 

L'entreprise d'innovation évolue sur le segment de la sécurisation des conducteurs. Sa solution analyse les paramètres physiologiques pour anticiper la somnolence au volant. "Nous devions trouver des ressources pour financer les travaux de recherche, raconte le cofondateur Nicolas Vera. Nous avions tous les feux au vert et, subitement, ils sont passés au rouge".

 

Retrait de dernière minute

 

Que s'est-il passé ? Pour parvenir à lever huit millions d'euros, Core for Tech avait pris le parti de s'associer à deux autres entreprises. Il y avait Nexyad, autre spécialiste de la prévention des accidents, et Acaly, intégrateur technologique multisectoriel. Une complémentarité destinée à gagner en attractivité aux yeux des investisseurs, grâce à une offre clé en main.

 

"Core for Tech n'a pas la taille critique pour adresser les deux marchés cibles, la première monte et le post-équipement des véhicules. Seule une fusion partielle avec d'autres acteurs nous aurait apporté une stature suffisante, à la condition d'être aidé avec des ressources financières", décrypte Nicolas Vera.

 

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Intéressé par la perspective, un constructeur français a pris position. Il refusait cependant d'être le premier actionnaire de cet ensemble. "Le fonds d'investissement qui devait assumer ce rôle s'est retiré au dernier moment", déplore Nicolas Vera. À partir de cet instant, tout a basculé pour la jeune pousse à la trésorerie bien maigre.

 

La technologie propriétaire sur laquelle repose Core for Tech est employée par une autre start-up de Nicolas Vera, Jorni. Elle aussi aspire à accompagner les automobilistes au quotidien pour les aider à améliorer leur comportement routier. Le tribunal de commerce doit décider si Fipsico, la maison mère de ces deux sociétés, pourra alors assurer la commercialisation de cette brique technologique.

 

Dacia en attente du juge

 

Cette annonce de fin d'aventure surprend, car Core for Tech avait intégré la Software République en septembre 2022. Il était légitime de penser que l'incubateur de Renault et ses partenaires industriels pouvaient protéger la start-up des remous. D'autant plus que la jeune pousse comptait aussi parmi celles incorporées au Moove Lab, la structure de ViaID (Mobivia) et Mobilians.

 

De plus, faut-il le rappeler, la Core for Tech a signé un accord avec le constructeur pour équiper des modèles de Dacia avec sa solution. "Bien qu'il continue, ce contrat commercial ne sera pas suffisant pour assurer notre survie", tranche Nicolas Vera. Cette relation entre la start-up et le groupe Renault dépend désormais du choix fait prochainement par le juge.

 

Pour les entrepreneurs impliqués dans le projet de levée de fonds, cette affaire révèle beaucoup de problématiques. "Les constructeurs et les équipementiers peinent à comprendre les difficultés des start-up. Nous ne pouvons pas nous en remettre à plusieurs activités pour générer des revenus. Il est donc impératif pour nos entreprises de valoriser les premières étapes de nos développements", explique Nicolas Vera.

 

Encourager l'interdépendance

 

Selon un expert du secteur, il apparaît de manière évidente que "les industriels entretiennent une relation client-fournisseur avec les petites entreprises innovantes, contraire aux intérêts des projets". Et ce dernier de pousser la réflexion : "Investir ne relève pas de la philanthropie, la démarche de financement doit déboucher sur une interdépendance forte. Ensuite, le groupe doit s'organiser pour encourager ses employés à collaborer avec la start-up. Or, il n'y a rien de prévu dans l'aménagement du temps de travail pour favoriser cette dynamique".

 

Un propos qui rejoint le constat fait par Nicolas Vera et Gérard Yahiaoui, le fondateur de Nexyad. D'après eux, les industriels se concentrent en partie sur la prochaine génération de véhicules, ceux définis par les logiciels (SDV, dans le jargon). "Mais quand il s'agit de franchir les étapes de la certification et de l'homologation, ils s'en remettent à de vieux réflexes. Ils font appel à des intégrateurs majeurs aux dépens des start-up", glisse l'un d'eux.

 

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Chez Nexyad, la recherche de deniers se poursuit. Mais Gérard Yahiaoui ne se berce pas d'illusion. Il n'exclut pas de se tourner vers l'étranger. "Ce que nous aurions dû peut-être faire avec Core for Tech et Acaly", partage-t-il. "J'observe que les fonds ont tendance à miser sur l'industrie des batteries. Ils sont convaincus de minimiser ainsi leur risque, dit-il. Nos secteurs de rupture technologique se projettent sur le long terme, or ces investisseurs ont des objectifs de rentabilité à moyen terme". Il est vrai que la transition écologique et l'économie circulaire agitent plus les esprits que la connectivité et l'automatisation de la conduite dans le monde post-Covid.

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