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Eric Feunteun, Software République : "60 % des idées deviennent des projets concrets"

Publié le 20 novembre 2023

Par Gredy Raffin
5 min de lecture
La structure cofondée par Renault commence à délivrer ses premiers produits et services. L'entame de cette phase commerciale donne à Eric Feunteun, le directeur opérationnel de la Software République, l'opportunité de revenir sur le travail accompli et les enjeux d'avenir.
Entretien avec Eric Feunteun
Eric Feunteun, le directeur opérationnel de la Software République. ©LinkedIn

Le Journal de l'Automobile : De nouvelles start-up font leur entrée à la Software République. Qu'est-ce que cela traduit de vos avancées ?

Eric Feunteun : La Software République n'a rien d'un think tank ou d'un centre de recherche. Les six membres fondateurs, dont Renault fait partie, ont l'ambition de concrétiser des projets d'innovation. Nous voulons développer des produits et des services ensemble. Pour y parvenir, nous devons nous appuyer sur des start-up sélectionnées avec grand soin. Nous ne cherchons pas spécifiquement de futures licornes, mais des jeunes entreprises pertinentes par rapport à nos objectifs.

 

J.A. : Cela donne-t-il des résultats ?

E.F. : Nous sommes assez satisfaits sur ce point effectivement. Depuis le début de la Software République, 60 % des idées deviennent des projets concrets. Charge à nous de créer des moments d'interaction afin d'encourager les collaborations et l'accès aux fonds d'investissement.

 

Nous amènerons des solutions, technologiques et des servicielles, qui valoriseront les voitures d'occasion

 

J.A. : Que pouvez-vous annoncer sur ce terrain ?

E.F. : Nous venons de finaliser notre première borne de recharge pour voiture électrique. Elle a l'atout d'être 100 % française en termes de composants. Elle est aussi bidirectionnelle et, soulignons-le, il n'existe aucune borne domestique avec cette propriété à ce jour. Nous l'avons aussi sécurisée du point de vue cyber. Elle arrivera sur le marché au début de l'année 2024. Elle sera commercialisée par Renault, par Mobilize et par d'autres partenaires en marque blanche. Nous avons aussi des discussions avec des groupe de distribution, intéressés par la vente de nos produits positionnés sur le milieu et le haut de gamme.

 

J.A. : Quelles seront les autres concrétisations ?

E.F. : Avec Core for Tech, une des start-up que nous avons intégrée à la Software République en 2022, nous lancerons très prochainement une application sécuritaire. Elle surveille les conducteurs pour prévenir l'endormissement. Notre idée consiste à apporter une réponse à tous ces véhicules non dotés de fonctionnalités natives, notamment les exemplaires les plus anciens. Nous apporterons des solutions, technologiques et servicielles, qui valoriseront les voitures d'occasion.

 

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J.A. : Cela casse l'idée que l'innovation arrive par le véhicule neuf…

E.F. : En effet ! Nous la détachons des véhicules neufs ou haut de gamme. Preuve en est, nous lancerons cette solution avec Dacia. Nous sommes, en parallèle, en contact avec d'autres acteurs, comme les opérateurs de flotte qui souhaitent accroître la sécurité à bord de leurs véhicules. Et ce que nous faisons avec Core for Tech, nous le dupliquerons avec Matvisio, une des start-up nouvellement membre, qui conçoit un système d'analyse de posture de l'automobiliste.

 

J.A. : Existe-t-il d'autres projets à sortir ?

E.F. : Nous nous sommes penchés sur la cybersécurité et dès 2025, un peu avant les premiers modèles de véhicules définis par logiciel (software defined vehicule), nous disposerons d'une réponse. Elle a été formulée avec Orange et Thalès et prendra de l'avance sur la réglementation.

 

La véritable innovation ne se fonde pas sur les effets de mode

 

J.A. : Outre les dossiers technologiques, il y a aussi des enjeux de structuration.

E.F. : Nous venons pour cela de lancer la Talent Academy. Derrière cette initiative, il y a notre volonté de construire un parcours de recrutement des compétences, alors que les tensions sont fortes sur ces métiers de la digitalisation. Ainsi, nous attaquons le problème dès le collège afin de susciter des vocations d'ingénieurs, notamment chez les femmes. Aussi, nous avons un programme d'apprentissage, ouvert à un millier de candidats, de sorte à les dissuader de fuir à l'étranger. Enfin, nous avons prévu un volet pour les professionnels plus âgés, ceux qui veulent suivre une formation qualifiante pour réorienter leur carrière.

 

J.A. : Au-delà de votre initiative, que faut-il changer en France pour garder les talents ?

E.F. : Commencer par balayer devant notre porte sera un bon point de départ. Les jeunes doivent comprendre la beauté de nos métiers d'ingénieurs. Les sujets sont nombreux et variés dans nos entreprises. Nous leur apportons de la continuité et de la stabilité, contrairement aux environnements américains et chinois, et ces sujets ont de l'importance pour les jeunes. Il y aussi besoin de permettre aux femmes de s'identifier à des modèles de carrière réussis. La Software République pourrait, par ailleurs, donner la possibilité de réaliser des parcours professionnels transversaux. Ce qui a tout d'attractif.

 

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J.A. : Comment l'Intelligence artificielle générative s'inscrit-elle dans votre feuille de route ?

E.F. : La technologie n'est jamais notre point de départ. Nous étudions d'abord la problématique pour décider de la technologie à employer en réponse. Sinon, nous ferions uniquement des choses d'ingénieurs et non des solutions intéressantes pour le plus grand nombre. Les projets de la Software République doivent être commercialisables et rentables. La véritable innovation ne se fonde pas sur les effets de mode.

 

J.A. : Vous parlez de rentabilité. Ce qui amène la conversation sur le sujet du financement des entreprises. Quel est votre avis ?

E.F. : L'effet de bulle s'est atténué. C'est un fait. Cependant, je n'ai pas le sentiment que les investisseurs se soient détournés du sujet. Au contraire, les projets sérieux obtiennent encore des soutiens. À un niveau situé un peu en-dessous de la valorisation qui leur avait été avancée, certes, mais suffisant pour subvenir à leur besoin.

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