Depuis une décennie, dans le cadre du décret portant sur la responsabilité élargie du producteur, chaque manufacturier, importateur de pneus et d’engins équipés de pneus, vendeur de pneus, est tenu de proposer des solutions pour le recyclage de ses produits. Si, aujourd’hui, les filières de valorisation privées sont bien structurées et remplissent les objectifs, leur mise en place a nécessité de nombreux changements de culture de tous les acteurs impliqués. Retour sur dix ans d’efforts et de projets, pour aboutir à un équilibre homogène que tout le monde salue, mais qui pourrait bien se voir bouleverser avec la possible mise en place d’un éco-organisme, demandé par deux récents amendements déposés par le groupe écologiste de l’Assemblée et le gouvernement, afin de gérer la filière. Pour comprendre, il convient de revenir sur la genèse du concept.
Avant le décret “pneus usagés” n° 2002-1563 de 2002, la France devait faire face à une situation des plus archaïques en matière de traitement des pneumatiques en fin de vie. Les derniers détenteurs, le plus souvent les garages ou les déchetteries, faisaient appel au collecteur de leur choix et le rémunéraient individuellement pour la récupération et la valorisation des enveloppes usagées. Pour être tout à fait clair, c’était le far west ! Les collecteurs se disputaient les marchés de plus en plus durement, à tel point qu’au fil des années, certains d’entre eux choisissaient la facilité… Parmi les pneus collectés, une part de l’ordre de 20 % pouvait encore rouler, et se révélait donc revendable. Certains professionnels indélicats triaient donc les pneus en bon état pour en tirer le meilleur, et se “débarrassaient” des autres, plutôt que de s’ennuyer à leur trouver une seconde vie. Une situation qui a directement conduit à l’émergence et la multiplication de dépôts sauvages, aujourd’hui appelés stocks “historiques” ou “orphelins”.
Situation grave à l’époque