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Constructeurs

Le véhicule électrique accélère le transfert de la chaîne de valeur chez les constructeurs

Publié le 14 décembre 2021

Par Catherine Leroy
4 min de lecture
La PFA a étudié l’impact du paquet climat sur l’industrie automobile. Baisse de production, hausse des coûts et prix des voitures neuves devraient accélérer le transfert de la valeur d’une automobile chez les constructeurs.
Les constructeurs veulent récupérer une partie de la chaîne de valeur de la production automobile.
Les constructeurs veulent récupérer une partie de la chaîne de valeur de la production automobile.

Six mois après l’annonce de l’objectif de réduire à zéro les émissions de CO2 des véhicules neufs vendus en Europe en 2035, les hypothèses et les scénarios de transformation de l’industrie automobile se multiplient.

 

En juillet 2021, la Plateforme de l'Automobile (PFA) a déjà prévenu qu'un vaste plan d'investissement de 17,5 milliards d'euros, dont un tiers d'aides publiques, était nécessaire pour l'adaptation de la filière automobile. Mardi 14 décembre 2021, l'organisation syndicale a dévoilé les résultats d'une étude commanditée au cabinet Alix Partners sur les conséquences de cette transition énergétique sur les entreprises de la filière et notamment les équipementiers de rangs 2 et 3.

 

Cette étude, réalisée entre juillet et novembre 2021, privilégie quatre hypothèses pour la bascule vers le véhicule électrique. Le schéma de référence suppose un mix de vente de 70 % de véhicules électrifiés en 2030 (qui permet presque l'atteinte des objectifs de la Commission européenne de vendre 100 % de véhicules zéro émission en 2035), dont 49 % de véhicules électriques à batterie.

 

En parallèle, l'étude met en avant l'évolution de la valeur des composants d'un véhicule thermique par rapport à un véhicule électrique. Ainsi le contenu moyen d'une voiture passe de 15 100 euros à 23 900 euros entre les deux motorisations, comme le montre le schéma ci-dessous.

 

 

 

On y voit qu'en valeur 5 000 euros liés aux composants des véhicules thermiques vont disparaître et plus de 10 000 euros vont venir s'ajouter, notamment liés aux composants du moteur, de la batterie électrique et de l'électronique de puissance. Trois familles de composants qui pèseront environ 45 % du contenu des véhicules. Or, 70 % de la production de ces trois sous-systèmes est internalisée par les constructeurs directement ou par l'intermédiaire de coentreprises.

 

Ce qui signifie que les fournisseurs automobiles perdraient de fait une partie de leur apport actuel dans la production automobile. Cette perte est estimée par le cabinet Alix Partners à 11 % en moyenne, soit environ 1 500 euros en valeur par véhicule. "Cette volonté des constructeurs de garder la compétence industrielle est assez nouvelle et l'on voit bien que les constructeurs voient la batterie désormais comme un élément stratégique sur lequel ils doivent avoir le contrôle", explique Marc Mortureux, directeur général de la PFA.

 

Le risque sur l'emploi pour les fournisseurs des rangs 2 et 3 est estimé, dans ce cas, à environ 20 000 postes (notamment dans les domaines des fonderies, du décolletage, du traitement des métaux ou encore de la forge). De leur côté, les constructeurs et les équipementiers de rang 1 verraient 32 000 emplois disparaître également. Potentiellement 11 000 emplois pourraient être créés dans ces nouvelles activités de batteries ou d'électronique. Mais le solde reste négatif avec une perte sèche de 41 000 postes.

 

Un lourd bilan pour la filière automobile qui pousse la PFA à renouveler ses demandes sur notamment la création de zones Green Deal, qui permettraient d'améliorer la compétitivité de certaines régions. L'Etat français y est favorable mais la décision finale revient à Bruxelles. Par ailleurs, l'organisation syndicale milite également pour le maintien des hybrides rechargeables comme éléments d'atteinte des objectifs d'émission de CO2. D'autant qu'une accélération trop rapide vers le 100 % électrique pourrait entraîner une chute des marchés en Europe et un surcoût plus élevé des composants et donc des prix finaux aux automobilistes.

 

Entre 3 000 et 9 000 euros de hausse de prix des voitures en 2030

 

Le cabinet Alix Partner estime que l'augmentation du contenu moyen des véhicules devrait atteindre environ 1 535 euros, ce qui se traduirait par une hausse des prix des véhicules facturés aux automobilistes de 3 000 euros environ. Cette hypothèse constitue un scénario dit moyen car la hausse de la valeur du contenu pourrait atteindre 4 500 euros dans le cas (9 000 euros de hausse de tarif pour le client final), si le volume de vente en Europe des véhicules baisse de 25 %.

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