L'automobile perd 142 emplois par jour en Europe

La facture sociale de la transition automobile européenne s'alourdit de jour en jour. Entre 2024 et 2025, pas moins de 104 000 suppressions d'emplois ont été annoncées par les équipementiers du Vieux Continent. Un chiffre vertigineux qui se traduit par une réalité brutale : 142 emplois sont supprimés chaque jour par des plans sociaux.
"Nous devons arrêter l'hémorragie", martèle Benjamin Krieger, secrétaire général du Clepa, l'association européenne des fournisseurs automobiles. Son constat est sans appel : la création de nouveaux postes, avec seulement 7 000 emplois annoncés en 2025, ne compense en rien les pertes enregistrées.
Une production qui ne décolle pas, malgré la montée des électriques
Selon les prévisions de GlobalData (LMCA) établies en novembre dernier, la fabrication de véhicules électriques dans l'Union européenne a progressé de 23 % entre 2024 et 2025. Une augmentation significative qui porte à un quart la part des hybrides rechargeables et des modèles 100 % électriques dans la production totale du continent.
Mais cette dynamique reste bien en deçà des ambitions initiales : 3,3 millions de véhicules électrifiés assemblés en 2025, contre 4,8 millions anticipés deux ans plus tôt.
Plus inquiétant encore, la production automobile globale de l'Union européenne accuse un retard persistant. Elle demeure inférieure d'environ 20 % à son niveau de 2019, soit un déficit de 3,1 millions d'unités. Les projections tablent sur une stagnation à partir de 2026, laissant craindre l'installation durable d'un palier de production abaissé.
Des marges insuffisantes pour investir dans l'avenir
Dans cette conjoncture, la santé financière des équipementiers ne s'améliore que timidement. D'après l'enquête Clepa/McKinsey Pulse Check menée à l'automne 2025, la proportion d'entreprises affichant des résultats déficitaires ou à l'équilibre est passée de 38 % à 34 %.
Fragile, cette amélioration masque une réalité préoccupante : la rentabilité du secteur s'érode année après année. Seul un tiers des fournisseurs anticipait en 2025 une marge d'exploitation (EBIT) supérieure à 5 %, seuil jugé nécessaire pour soutenir l'innovation et financer la transformation industrielle.
Face à cette situation, le Clepa salue les premières orientations du paquet automobile européen récemment dévoilé par la Commission, notamment ses dispositions sur la flexibilité technologique et le contenu local. Mais l'organisation réclame des mesures plus ambitieuses : baisse des coûts énergétiques, allègement des contraintes administratives et soutien ciblé aux capacités de production stratégiques.
"Le paquet automobile doit désormais porter ses fruits : préserver les emplois et retenir les ingénieurs en Europe en rétablissant une concurrence loyale, en réduisant les coûts opérationnels et en offrant aux entreprises une réelle flexibilité réglementaire", conclut Benjamin Krieger.
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