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Distribution

Risques financiers : le multicycle, un nouvel équilibre pour les distributeurs automobiles

Publié le 11 février 2026

Par Gredy Raffin
5 min de lecture
TRIBUNE - Le secteur automobile atteint les limites de son modèle économique linéaire historique. Le multicycle propose une alternative qui transforme l’actif en levier stratégique. Édouard Vaujour, directeur général et cofondateur de Knave, en redonne les principes et explique les conséquences durables attendues pour les points de vente.
Knave multicycle voitures d'occasion
Édouard Vaujour, directeur général et cofondateur de Knave. ©Knave

Le secteur automobile traverse depuis plusieurs années une zone de turbulences : pression sur les marges, fragilité financière des réseaux, demande stagnante et évolution accélérée des usages. Face à ces tensions structurelles, le cycle d’exploitation traditionnel des véhicules montre ses limites. Le concept du multicycle propose une alternative : organiser plusieurs vies successives pour un même véhicule dans le même point de distribution en alignant flexibilité d’usage, rentabilité des actifs et stabilité financière du réseau. Une transformation qui pourrait bien redessiner l’avenir de la mobilité.

 

Le modèle historique de distribution automobile – une première vente du véhicule neuf, puis une revente en voiture d'occasion – ne parvient plus à absorber les déséquilibres actuels du marché. La contraction des volumes, la hausse des coûts et le durcissement réglementaire ont rompu l’équilibre fondamental entre l’offre et la demande solvable. Le prix moyen d’un véhicule neuf atteint désormais 36 700 euros, contre un salaire annuel moyen de 32 760 euros, après une hausse de 43 % en six ans. Une dynamique qui exclut mécaniquement une part croissante des clients.

 

Dans ce contexte, la remontée des taux a fait du financement un facteur de fragilisation plutôt qu’un levier de croissance. Stocks plus coûteux, immobilisation prolongée des véhicules et tensions de trésorerie exposent les distributeurs à un risque financier accru, comme en témoignent les 2 923 défaillances recensées en 2025 dans le commerce et la réparation automobile (+7,6 % en un an, selon le cabinet Altares). Face à ce modèle à bout de souffle, une autre logique s’impose : sortir du cycle unique de vente pour repenser la valeur du véhicule dans le temps. C’est précisément ce que propose l’approche multicycle.

 

Le multicycle : une exploitation dynamique et séquencée des actifs

 

Dans ce contexte, le multicycle amène une refonte structurelle de la vie d’un véhicule. Il ne s’agit plus de le vendre une fois, mais de lui faire vivre plusieurs cycles économiques successifs : des usages courts, flexibles, adaptés à des publics différents, générant plusieurs sources de revenus avant la revente finale. L’enjeu est de maximiser la valeur totale créée par plusieurs utilisateurs successifs, tout en réduisant les périodes d’inactivité qui pèsent lourdement sur la rentabilité.

 

Là où le leasing propose un produit financier, le multicycle construit un modèle d’exploitation. En effet, le leasing repose sur un fonctionnement linéaire : un seul utilisateur, un contrat fixe, une immobilisation longue. Le véhicule reste pendant plusieurs années entre les mains d’un unique conducteur, avant de réapparaître sur le marché de l’occasion. La valeur se concentre sur un cycle unique, la dépréciation suit son cours et l’actif ne peut pas être repositionné en fonction de l’évolution de la demande.

 

 

Le multicycle, au contraire, permet une succession d’usages. Chaque cycle est plus court, modulable, calibré pour répondre à un segment spécifique du marché. L’exemple d’un SUV compact électrique l’illustre. Après quelques mois en usage premium, par exemple via une formule d’abonnement, le véhicule peut basculer vers un second cycle de location courte durée, destiné à des besoins de mobilité flexible. Une fois celui-ci achevé, un troisième cycle orienté vers des budgets plus restreints reste possible, avant la revente finale en occasion récente. Dans un leasing classique, ces quatre clients successifs seraient impossibles à capter.

 

Un levier de durabilité et de sobriété

 

L’un des apports majeurs du multicycle réside donc dans sa capacité à rétablir la solvabilité du réseau de distribution. L’étalement du risque et la génération des revenus sur plusieurs cycles d’usage réduisent la dépendance à la réussite d’une seule transaction initiale. La rotation accélérée abaisse le coût d’immobilisation. La revalorisation séquencée ajuste la rentabilité aux conditions du marché. Le stock cesse d’être un poids et redevient un levier.

 

En prolongeant l’exploitation d’un véhicule sur plusieurs phases d’usage successives, le modèle réduit l’empreinte matérielle par utilisateur, augmente la durée de vie utile de l’actif et diminue les périodes d’immobilisation. Ce n’est plus uniquement la revente finale qui assure la valorisation d’un véhicule, mais l’ensemble des cycles qui précèdent. Cette vision réaliste de la circularité, fondée sur l’usage, concilie performance économique et sobriété.

 

Un changement de paradigme pour la mobilité

 

L’avenir de la mobilité se jouera autant dans la technologie que dans le modèle économique qui accompagne les véhicules. Le multicycle ouvre une voie où un véhicule peut créer de la valeur plusieurs fois, auprès de plusieurs utilisateurs, dans plusieurs configurations d’usage.

 

 

Ce modèle permet au réseau de retrouver de la marge de manœuvre, aux utilisateurs d’accéder à des solutions plus adaptées à leurs besoins et à la filière de renouer avec une croissance fondée sur l’efficacité plutôt que sur l’accumulation. En redonnant aux véhicules plusieurs vies économiques, le multicycle propose une réponse pragmatique aux défis actuels. Une réponse qui conjugue efficacité, sobriété et stabilité.

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