Vincent Despres, Hyundai Motor France : "L’électrification a modifié le centre de gravité de la marque"

Le Journal de l’Automobile : Hyundai nous avait habitués à une progression continue de ses ventes et de ses parts de marché. Depuis le début de l’année, cette dynamique semble marquer le pas. Les immatriculations ont, en effet, reculé de 11,8 %. Comment l’expliquez-vous ?
Vincent Despres : Il faut prendre un peu de recul. En 2016, Hyundai représentait 1,4 % du marché français. Nous avons atteint un pic à 3,1 % en 2022, avant de terminer au premier semestre 2026 à 2,2 %. La progression reste donc très importante sur dix ans.
Concernant ce début d’année, il faut également tenir compte d’un effet de comparaison. En 2025, nous avions anticipé l’entrée en vigueur de la norme Euro 6e-bis en immatriculant des véhicules auprès des loueurs courte durée. Sans cette opération exceptionnelle, notre recul n’est plus que de 0,1 point de part de marché sur la même période.
J.A. : Pourquoi considérez-vous malgré tout que votre performance commerciale s’améliore ?
V.D. : Parce que la structure de nos ventes s’améliore. Aujourd’hui, 53 % de nos immatriculations sont réalisées auprès des particuliers, contre 48 % il y a un an. C’est un indicateur essentiel, car ces clients reviennent ensuite dans le réseau pour l’entretien, le financement, puis le renouvellement de leur véhicule.
Notre priorité n’est donc pas seulement la part de marché, mais un mix des ventes durable, favorable à la rentabilité de nos distributeurs.
J.A. : Cette progression est-elle portée par l’électrification ?
V.D. : Oui. Au premier semestre, les véhicules électriques représentent 37 % de nos immatriculations et nos volumes ont plus que doublé par rapport à l’an dernier, alors que le marché progresse déjà de 66 %.
Dans le même temps, l’hybride pèse 46 % de nos ventes, soit près de deux fois la moyenne du marché français. Notre stratégie repose sur ces deux technologies, qui répondent à des usages différents mais progressent toutes les deux.
J.A. : En revanche, Hyundai souffre davantage sur le segment B…
V.D. : Les i20 et Bayon sont effectivement plus en difficulté. Le marché attend désormais des motorisations hybrides sur ce segment, ce que nous ne proposons pas encore. C’est essentiellement une question de cycle de produits et nous reviendrons rapidement avec une offre adaptée.
J.A. : La montée en gamme de Hyundai ne complique-t-elle pas le renouvellement de votre clientèle ?
V.D. : L’électrification a profondément modifié le centre de gravité de la marque. Notre couverture de marché s’est considérablement élargie avec une gamme électrique qui s’étend aujourd’hui de l’Inster à l’Ioniq 9 et qui sera bientôt complétée par l’Ioniq 3.
Cette stratégie nous permet d’attirer de nouveaux clients. L’Inster est déjà la troisième voiture électrique la plus vendue aux particuliers sur le segment A.
Notre portefeuille est également beaucoup plus équilibré. Le Tucson représente désormais environ 30 % de nos ventes, contre près de 40 % il y a trois ans. Les Kona hybride et électrique pèsent chacun environ 20 % et l’Inster déjà 15 %. Nous dépendons donc beaucoup moins d’un seul modèle.
Nous devons réduire les écarts de performance entre les concessions
J.A. : Les constructeurs chinois ne risquent-ils pas de remettre en cause cette stratégie ?
V.D. : Les marques chinoises progressent rapidement et approchent désormais les 5 % de part de marché en France (NDLR : 5,25 % au cumul des 7 mois 2026). Beaucoup de constructeurs historiques perdent du terrain, mais il est encore difficile d’identifier précisément qui perd des clients au profit de qui.
Pour Hyundai, le constat est plutôt encourageant. Nous progressons plus vite que le marché sur les véhicules hybrides et électriques, précisément les segments où les constructeurs chinois sont les plus offensifs.
Nous avons gagné 0,6 point de pénétration sur ces motorisations. Bien sûr, notre réseau nous signale quelques reprises de véhicules Hyundai remplacés par des modèles chinois. Mais il faut raisonner avec les chiffres.
Notre ambition n’est pas d’être la marque la moins chère. Nous voulons proposer le meilleur équilibre entre technologie, prestations et prix. L’Inster en est une bonne illustration : ce n’est pas le modèle le moins cher de sa catégorie, mais il figure déjà parmi les meilleures ventes auprès des particuliers.
J.A. : Quel regard portez-vous sur l’évolution du marché français, qui recule année après année ?
V.D. : Je partage le constat de la filière automobile. L’accumulation des normes, le renforcement de la fiscalité et, surtout, le manque de stabilité compliquent considérablement le marché.
Les constructeurs doivent adapter en permanence leurs investissements, tandis que les consommateurs hésitent de plus en plus sur la technologie à choisir. Cette instabilité freine les achats. Le marché a aujourd’hui besoin de visibilité pour redonner confiance aux automobilistes.
J.A. : Hyundai participe pour la troisième fois au leasing social. Quel bilan tirez-vous de ce dispositif ?
V.D. : Cette année, nous avons souhaité élargir notre offre. L’an dernier, nous ne participions qu’avec un seul modèle, l’Inster ; cette année, nous en proposons deux, un véhicule du segment A et un SUV du segment B : le Kona.
Le leasing social représente 2 à 3 % de nos volumes, mais son intérêt dépasse largement les ventes car il génère du trafic dans les concessions et permet de faire découvrir notre gamme électrique à de nouveaux clients.
J.A. : Et sur les restitutions ?
V.D. : Nous n’avons pas encore suffisamment de recul sur les premières restitutions. En revanche, une question se pose déjà pour toute la profession : comment accompagner ces clients à l’issue de leur contrat ? Nous réfléchissons déjà au développement du véhicule électrique d’occasion afin de leur proposer une solution et de les fidéliser.
J.A. : Le leasing social n’a-t-il pas déjà épuisé une grande partie de son vivier de clients ?
V.D. : Je ne crois pas à un essoufflement du dispositif. Nous constatons, au contraire, un intérêt croissant pour les véhicules électriques. Depuis le lancement de cette nouvelle édition, les contacts ont progressé de 20 à 25 % par rapport à l’an dernier. Le fait de proposer deux modèles nous permet également de répondre aux besoins d’une clientèle plus large.
Notre objectif n’est pas de réaliser un lancement spectaculaire, mais de construire progressivement la notoriété de Genesis
J.A. : Bien qu’en 2025, la rentabilité du réseau Hyundai ait progressé de 0,2 point pour atteindre 0,7 %, elle a fortement chuté par rapport à 2023 où elle avait atteint 2 %. Quelles sont les raisons de ce recul ?
V.D. : La montée en puissance de l’électrique a pesé sur les valeurs de reprise et sur l’activité VO. Nous avons déjà adapté nos politiques de buy-back et de reprise afin d’atténuer cet effet. La perte de volume VN est également une des raisons principales.
J.A. : Quels sont vos leviers pour améliorer la performance du réseau ?
V.D. : Avec près de 400 000 Hyundai en circulation en France, notre parc constitue un potentiel considérable pour développer l’après-vente. Sur le véhicule d’occasion, l’enjeu est désormais de rassurer les clients, notamment sur l’état de santé des batteries pour les électriques, qui devient un critère presque aussi important que le kilométrage.
Au-delà de ces relais de croissance, nous devons aussi réduire les écarts de performance entre les concessions. Certains distributeurs excellent en après-vente ou en occasion, tandis que d’autres disposent encore d’une importante marge de progression. Nos équipes les accompagnent avec des plans d’action ciblés pour réduire ces écarts.
Quant au sujet des véhicules neufs, nous poursuivons notre travail sur la qualité des ventes, le traitement des leads et le renforcement de notre collaboration avec les distributeurs. 2026 est avant tout une année de préparation et la performance du constructeur passe avant tout par celle de son réseau.
J.A. : Le réseau va-t-il encore évoluer dans les prochaines années ?
V.D. : Nous ne poursuivons pas d’objectif de réduction du nombre d’investisseurs. En revanche, nous renforçons notre organisation. Un poste dédié au développement du réseau va être créé au sein du comité de direction de Hyundai Motor France.
Jusqu’à présent, cette mission était intégrée à la direction des ventes. Cette évolution doit nous permettre d’accompagner encore plus efficacement nos distributeurs.
J.A. : Genesis arrive sur un marché premium très disputé. Comment comptez-vous installer durablement la marque en France ?
V.D. : Je ne peux pas revenir sur les décisions prises avant mon arrivée. En revanche, je peux expliquer la stratégie que nous mettons en œuvre. Nous ne voulons pas brûler les étapes. Notre priorité est de réussir le lancement de Genesis avant d’accélérer son développement.
Cette première phase passe notamment par l’ouverture de deux showrooms : le premier à Lille (59) avec le groupe GGP, le second à Issy-les-Moulineaux (92), au premier trimestre 2027, avec le groupe BPM.
Au-delà des produits, nous accordons une importance toute particulière à l’expérience client. La qualité d’exécution de ces premiers sites sera déterminante pour installer durablement la marque.
J.A. : La marque arrive avec une gamme déjà bien connue, alors qu’une nouvelle génération de modèles est attendue pour 2028. Est-ce un handicap ?
V.D. : Je ne le pense pas. Notre objectif n’est pas de réaliser un lancement spectaculaire, mais de construire progressivement la notoriété de Genesis. Les modèles actuels nous permettent de faire découvrir la marque et son positionnement ; les futurs produits viendront ensuite accélérer son développement.
Les 24 Heures du Mans ont d’ailleurs confirmé l’intérêt suscité par Genesis. Nous avons constaté une véritable curiosité autour de la marque, ce qui nous conforte dans l’idée qu’elle a une place à prendre en Europe. Je rappelle que Genesis est aujourd’hui la marque premium qui a connu la plus forte croissance de l’histoire de l’automobile, mais cette réussite s’est construite principalement aux États-Unis et en Corée. En Europe, tout reste à bâtir.
J.A. : Face aux marques premium allemandes et à l’arrivée des constructeurs chinois, comment Genesis compte-t-elle trouver sa place ?
V.D. : Sur le marché premium, le prix d’achat n’est pas le seul critère. Les clients raisonnent avant tout en mensualité. L’enjeu sera donc de proposer une offre de financement compétitive. Mais notre véritable différence reposera sur l’expérience client.
C’est ce qui doit permettre à Genesis de se distinguer sur un marché en pleine évolution, où les constructeurs allemands restent les références et où de nouveaux acteurs chinois arrivent avec des ambitions importantes.
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