Stellantis : un plan de 60 milliards d'euros pour renouer avec la croissance

À Auburn Hills, dans le Michigan, Stellantis a levé le voile sur "FaSTLAne 2030", un plan stratégique de 60 milliards d’euros destiné à redonner au constructeur une trajectoire de croissance rentable dans une industrie automobile profondément transformée.
Devant les investisseurs, John Elkann, président du constructeur, et Antonio Filosa, directeur général, ont défendu une vision fondée sur une régionalisation accrue des marchés, une simplification du portefeuille de marques et un recours massif aux partenariats technologiques et industriels.
"L’industrie automobile n’a jamais connu une période de changement aussi intense", a déclaré John Elkann en ouverture de l’Investor Day. Le président du groupe estime que Stellantis dispose d’un avantage unique dans un marché désormais "moins global et davantage multirégional".
Antonio Filosa a lui aussi insisté sur cette fragmentation croissante des marchés automobiles mondiaux. Selon lui, l’Europe accélère vers l’électrification tandis que les États-Unis assouplissent leurs contraintes CO₂ et redéfinissent leurs politiques commerciales. Dans le même temps, la pression des constructeurs chinois s’intensifie et les coûts structurels continuent d’augmenter sous l’effet des nouvelles technologies et de la complexité des chaînes d’approvisionnement.
Jeep, Ram, Peugeot et Fiat sont des marques prioritaires
Le cœur du plan repose sur une gestion plus sélective des marques. Stellantis concentrera l’essentiel de ses investissements sur quatre marques mondiales : Jeep, Ram, Peugeot et Fiat. Ces dernières auront la priorité pour le lancement des nouvelles plateformes et technologies mondiales.
À l’inverse, Chrysler, Dodge, Alfa Romeo, Citroën et Opel conserveront un rôle régional plus marqué. DS et Lancia deviendront des marques de spécialité pilotées respectivement par Citroën et Fiat. Maserati bénéficiera quant à elle d’un plan spécifique avec deux futurs modèles du segment E qui seront détaillés en décembre prochain à Modène (Italie).
Le constructeur prévoit plus de 60 nouveaux véhicules et 50 restylages d’ici à 2030.
Une stratégie technologique mondiale
Sur les 60 milliards d’euros d’investissements prévus, 40 % seront consacrés aux plateformes, motorisations et technologies mondiales. Stellantis veut réduire fortement la complexité industrielle : d’ici 2030, la moitié de ses volumes mondiaux reposera sur seulement trois plateformes globales.
Le groupe poursuit parallèlement sa stratégie multi-énergie avec de nouveaux hybrides, véhicules électriques et moteurs thermiques à haut rendement.
L’intelligence artificielle occupe désormais une place centrale dans la stratégie du constructeur. Stellantis a confirmé le déploiement à partir de 2027 de STLA Brain, STLA SmartCockpit et STLA AutoDrive, ses trois grandes briques logicielles et technologiques. D’ici 2035, plus de 70 % des véhicules du groupe devraient intégrer au moins une de ces technologies.
Les partenariats deviennent un levier stratégique majeur
Antonio Filosa a largement insisté sur le rôle des alliances dans le futur modèle économique du groupe. Stellantis veut désormais codévelopper et cofinancer davantage de produits avec ses partenaires afin de réduire les coûts et d’accélérer la conception pour répondre aux nouveaux standards de développements sur 24 mois.
Sur le marché des USA, le groupe a déjà dévoilé un protocole d'accord avec JLR. Sur les marchés Middle East et Africa, ce sera Tata le partenaire privilégié.
En Europe, les partenariats sont également multipliés. Avec Leapmotor, Stellantis entend aller au-delà de la simple distribution et mutualiser achats et capacités industrielles, notamment dans les usines espagnoles de Madrid et Saragosse.
Le partenariat avec Dongfeng franchit également une nouvelle étape. Deux Peugeot et deux Jeep seront développées dans le cadre de la coentreprise DPCA pour la Chine et d’autres régions. Une coentreprise européenne détenue à 51 % par Stellantis doit également être créée autour du site de Rennes (35) afin de coopérer sur l’ingénierie, la distribution et les achats.
Le groupe a aussi confirmé des coopérations technologiques avec Qualcomm, Wayve, Applied Intuition ou encore CATL dans les domaines du logiciel, des Adas, de l’intelligence artificielle et des batteries.
Réduction des capacités industrielles en Europe
En Europe, Stellantis prévoit de réduire ses capacités de production de plus de 800 000 unités grâce à des reconversions et des mutualisations industrielles, sans fermeture d’usine, assure le groupe.
Cette stratégie doit permettre de faire passer le taux d’utilisation des usines européennes de 60 % à 80 % d’ici 2030. Aux États-Unis, le constructeur veut également augmenter sa production locale afin de limiter l’impact des droits de douane.
L’Amérique du Nord reste le moteur financier
Le plan confirme enfin le poids stratégique du marché nord-américain, qui recevra 60 % des 36 milliards d’euros consacrés aux produits et aux marques. Stellantis y vise une croissance de 25 % du chiffre d’affaires et une marge de 8 à 10 % grâce à une couverture marché élargie et à une offensive sur les véhicules plus abordables.
En Europe, le groupe table sur une progression de 15 % de ses revenus et une marge d'exploitation comprise entre 3 et 5 %, portée notamment par une offensive sur le segment C et par le lancement d’une nouvelle génération de petites voitures électriques urbaines produites localement.
Pas de quoi séduire les analystes financiers qui ont sanctionné immédiatement le cours de Bourse du constructeur qui a même été suspendu avant de descendre à 6,07 %. Une véritable chute libre ! Avant l'annonce du plan stratégique, l'action avait encore 6,47 euros. Contre 7,40 euros fin avril 2026. Mais deux ans plus tôt, avant les problèmes rencontrés aux États-Unis qui ont coûté sa place à Carlos Tavares, l'action atteignait 26 euros.
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