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Constructeurs

Skoda se réinvente

Publié le 1 juin 2023

Par Christophe Jaussaud
10 min de lecture
Après trois années difficiles, Skoda se remet en ordre de bataille pour renouer avec la croissance. D’ici 2026, la marque pourra compter sur quatre modèles électriques supplémentaires, mais aussi sur l’apport de nouveaux marchés. Le tout avec une identité renouvelée.
Dévoilé en août 2022, le concept Vision 7S renseigne sur le nouveau langage stylistique de Skoda. ©Skoda

La trajectoire de Skoda était quasi parfaite. Durant la décennie 2010, la marque tchèque enchaînait les records de vente pour at­teindre, en 2018, 1 253 741 livraisons dans le monde. Même en 2019, dernière année « normale », les chiffres sont encore très bons avec 1 242 767 unités.

 

Skoda aurait même pu faire encore mieux à l’époque, l’état‑major répé­tant à l’envi qu’il manquait de capa­cité de production pour répondre à la demande, lui faisant ainsi perdre au moins 200 000 ventes. Puis, la pandémie de Covid a débarqué.

 

Comme les autres constructeurs, Skoda a souffert en 2020 (‑ 19,1 %, à 1 004 800 unités). À cela sont venus s’ajouter les pénuries de com­posants, les problèmes logistiques et la guerre en Ukraine. Dans ces condi­tions, Skoda a encore perdu du terrain pour finalement totaliser 731 300 véhi­cules vendus en 2022 (‑ 16,7 %).

 

Cela étant, durant cette période compliquée, un rayon de soleil a percé : l’Enyaq. En effet, le SUV 100 % électrique tchèque, lancé en 2020, a sans doute dépassé les attentes. En plus de transformer l’image de Skoda, l’Enyaq se vend bien comme en témoigne sa 6e place sur le marché européen des électriques, avec 49 566 ventes en 2022 (+ 12 %) selon des chiffres compilés par JATO. De quoi donner encore plus de corps à la trans­formation électrique de Skoda.

 

L’Enyaq, produit dans l’usine de Mladá Boleslav, a été le 6e modèle électrique le plus vendu en Europe en 2022. ©Skoda

 

Une accélération de la transition électrique

 

Si l’électromobilité est une priorité du groupe Volkswagen, Skoda n’a jamais été le mieux‑disant. Le plan stratégique « Next Level ‑ Skoda Strategy 2030 », dévoilé en juin 2021, témoignait d’ail­leurs de cette relative frilosité. En effet, Skoda s’était fixé comme objectif que 50 à 70 % de ses ventes en Europe à cet horizon soient réalisées avec des mo­dèles électriques.

 

Les choses ont chan­gé depuis. Bien que les grands axes de ce plan tiennent toujours, le nouveau patron de Skoda, depuis le 1er juillet 2022, Klaus Zellmer, a revu certains objectifs. Ainsi, les modèles électriques devront se tailler plus de 70 % des ventes en Europe. D’ailleurs, pour cela, Skoda a remanié son plan produits et a confirmé son investissement de 5,6 milliards dans l’électromobilité.

 

D’ici 2026, Skoda va lancer 4 nouveaux modèles 100 % électriques. ©Skoda

 

Les modèles à batterie annoncés pour 2026 seront fi­nalement quatre et non trois. Même six si l’on compte un profond facelift des Enyaq et Enyaq Coupé en 2025. Ainsi, la future gamme électrique sera renfor­cée en 2024 par un SUV compact bap­tisé Elroq.

 

En 2025, viendra s’ajouter la « Small » à moins de 25 000 euros, pro­duite à Martorell en Espagne, comme les VW ID.2 et Cupra Raval. Mais contrairement à ses cousines, Skoda a choisi la carrosserie SUV pour son ar­rivée sur le segment B électrique, alors que VW et Cupra débuteront avec une version plutôt typée berline.

 

Enfin, en 2026, Skoda ajoutera un Combi 100 % électrique, c’est‑à‑dire un break, et un grand SUV 7 places. Ce dernier mo­dèle s’inspirera d’ailleurs du concept Vision 7S que la marque avait dévoilé fin août 2022, à l’occasion de la refonte complète de son image. Un manifeste de style présentant l’avenir de Skoda et notamment son nouveau logo.

Des relais de croissance

 

Cette offensive électrique n’éclipse pas pour autant les modèles traditionnels. Par exemple, Skoda va dévoiler d’ici la fin de l’année 2023 les nouvelles générations des Superb et Kodiaq qui seront notamment proposées avec des mécaniques thermiques électri­fiées et hybrides rechargeables. Une offre indispensable pour une marque qui veut atteindre le top 5 en Europe et développer sa présence à l’interna­tional.

 

En 2022, ce périmètre a seule­ment représenté 21,4 % des ventes, soit 156 509 véhicules, contre 574 753 uni­tés pour l’Europe élargie. Une part qui devra au moins grimper à 30 % selon le nouveau président de Skoda.

 

Pour ce faire, la marque a annoncé son ar­rivée au Vietnam dès 2023, mais sur­tout la construction d’une usine dans ce pays où sera produit, en CKD, le Kushaq à partir de 2024. Pour l’occa­sion, Skoda s’est associé à l’acteur lo­cal Thanh Cong Motor. De quoi viser 40 000 immatriculations supplémentaires à l’horizon 2030.

 

Plus largement, Skoda va devenir le référent du groupe VW sur la zone Asean, comprenant 10 pays du Sud‑Est asiatique, comme la marque l’était en Russie avant la guerre et fina­lement la vente des activités du groupe, mais surtout comme elle l’est en Inde où elle commence à enregistrer de bons résultats.

 

A lire aussi : Skoda va vendre les actifs du groupe VW en Russie

 

Sur le dernier exercice, les livraisons ont décollé avec une croissance de 127,7 %, représentant 51 900 unités contre 22 800 un an plus tôt. Le petit SUV Kushaq, développé et produit en Inde, a enregistré 26 800 ventes et la berline Slavia, éga­lement taillée pour le sous‑continent, a atteint 20 900 unités.

 

Dans ce tableau, il y a toutefois un point noir : la Chine. Après y avoir signé de belles performances, Skoda continue de perdre du terrain avec ‑ 37,4 % en 2022, soit seulement 44 600 unités contre 71 200 un an plus tôt.

 

Rappe­lons que l’Empire du milieu était un fort levier de croissance pour la marque. Pour illustrer cela, Skoda avait réalisé 341 000 ventes en Chine en 2018. Vu la trajectoire prise et l’évo­lution du marché chinois vers toujours plus d’électriques, il ne serait pas in­vraisemblable que Skoda quitte ce pays. D’autant que le groupe Volkswa­gen n’y manque pas d’atouts et de marques pour jouer la carte électrique.

 

Un tissu industriel au diapason

 

Mais la vente de voitures n’est pas la seule corde de l’arc de Skoda. En effet, en plus de ce business traditionnel, Skoda est aussi un large pourvoyeur de pièces pour les autres marques du groupe. De quoi améliorer et expli­quer aussi une rentabilité souvent à des niveaux très élevés.

 

Les trois usines tchèques de Skoda (Vrchlabí, Kvasiny et Mladá Boleslav) irriguent, en effet, d’autres sites européens du groupe. Ainsi, Vrchlabí fabrique des boîtes DSG (DK200), Kvasiny des Seat Ateca et Mladá Boleslav des moteurs essence à la cadence journalière de 2 450 uni­tés. Ce sont d’ailleurs les ingénieurs de Skoda qui ont aujourd’hui la main mise sur les évolutions et le développe­ment de cette famille de mécaniques.

 

Mais Mladá Boleslav a aussi fait sa révolution électrique. En plus d’avoir ajouté la plateforme MEB sur ses chaînes (Enyaq), le site produit aussi des batteries pour les PHEV (800/j) et les BEV (82 kWh). Depuis mai 2022, pour les seules batteries destinées aux VE, le total se monte à 500 000 uni­tés.

 

Aujourd’hui, la production journalière atteint 1 000 batteries et elle va bientôt passer à 1 500. Environ la moitié alimente la ligne de l’Enyaq et le reste prend la direction d’autres usines du groupe pour trouver place dans le châssis de Volkswagen, Audi ou Cupra.

 

Ne pas oublier le client

 

Skoda vit en quelque sorte une nou­velle révolution et cherche à se réin­venter. Tous les métiers sont concer­nés et la digitalisation amènera aussi son écot grâce à un investissement de 700 millions d’euros.

 

Le parcours client n’échappera pas à cette remise à plat. Une refonte menée par l’HUX, l’Holistic User Experience Center, afin de créer un parcours vraiment sans coutures, mais aussi de travailler sur la connectivité et les services que les clients désirent retrouver à l’intérieur de leur véhicule. Une nouvelle appli­cation MySkoda sera lancée en sep­tembre 2023 et cette partie digitale va aller crescendo avec les nouveaux mo­dèles. Naturellement, ce « nouveau » Skoda devra aussi se voir sur le terrain.

 

Les concessions vont devoir arborer dans les mois à venir le nouveau logo, mais le constructeur promet un inves­tissement mesuré. Ainsi armé, il veut renouer avec la croissance. L’état‑ma­jor n’annonce plus aujourd’hui d’ob­jectif de vente à l’horizon 2030, mais dans la première mouture du plan, en 2021, le constructeur visait 1,5 million d’unités à la fin de la décennie.

 


 

Klaus Zellmer président de Skoda. ©Skoda

 

Klaus Zellmer, président de Skoda : "La baisse de capacité des uns profitera aux autres"

 

J.A. : Vos ventes « overseas et Asie » représentaient 21,4 % en 2022. Avec votre nouvelle usine au Vietnam mais aussi le lead pour la zone Asean, quelles sont vos ambitions d’ici 2030 ?

 

K.Z. : Nous voulons continuer de développer une deuxième jambe aussi forte qu’en Europe. Notre objectif est que nos ventes hors d’Europe grimpent au moins à 25 ou 30 % de nos transactions totales. Pour cela, effectivement, notre nouvelle usine au Vietnam, notre position dans la zone Asean, mais aussi notre travail en Inde joueront un rôle important.

 

J.A. : Les futurs véhicules électriques que vous annoncez aujourd’hui, seront‑ils aussi commercialisés dans les pays que nous venons d’évoquer ?

 

K.Z. : Nous devons proposer les bonnes voitures sur chaque marché. Mais chaque marché est différent. Dans certains pays, nous pourrions les importer, mais en Inde, par exemple, notre stratégie est de privilégier les modèles fabriqués sur place.

 

J.A. : Avant la pandémie et la succession de crises, Skoda manquait de capacité de production. Qu’en est‑il actuellement, avez‑vous les capacités nécessaires à la réussite de votre plan ?

 

K.Z. : Notre usine de Mladá Boleslav accueille aujourd’hui l’Enyaq et bientôt l’Elroq. Puis, dans les an­nées à venir, nous allons devoir gérer au mieux la transition entre les modèles thermiques et électriques. La baisse de capacité des uns profitera aux autres.

 

J.A. : Dans le groupe, Cupra a par exemple décidé de produire le Tavascan en Chine, puis de le réimporter en Europe. Pourriez‑vous faire ainsi pour un de vos modèles ?

 

K.Z. : Cela ne fait pas partie de notre stratégie. Nous n’avons pas de projet qui irait dans ce sens.

 

J.A. : Par le passé, Skoda affichait régulièrement une marge opérationnelle parmi les meilleures du groupe. Ce n’est pas le cas ces dernières années. Comptez‑vous retrouver ce niveau de rentabilité rapidement ?

 

K.Z. : Notre ambition, avec les marques à volume du groupe que sont Volkswagen, Seat‑Cupra et VW VUL, est d’afficher une marge opérationnelle moyenne de 8 %. Nous allons donc apporter notre contribution à cet objectif.

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