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Constructeurs

Renault mise toujours sur l'Espagne

Publié le 14 décembre 2022

Par Christophe Jaussaud
6 min de lecture
Le nouveau Renault Austral, produit dans l'usine espagnole de Palencia, est le symbole du renouveau des installations du constructeur français dans le pays. En plus de l'attribution de nouveaux modèles, le tissu local peut également compter sur le centre de recherche et développement de Valladolid, placé au cœur des travaux sur l'hybridation.
Renault Palencia
L'usine Renault de Palencia produit aujourd'hui l'Austral et la Megane.

A l'heure de la Renaulution, les installations du groupe français en Espagne n'échappent pas à ce nouveau départ. Ainsi, trois modèles des segments C et D (l'Austral étant le premier) ont été affectés à l'usine de Palencia. Celle de Valladolid, qui produit aujourd'hui le Captur, s'est vu attribuer deux SUV ainsi qu'une nouvelle famille de moteurs hybrides (48v et full hybride). Enfin, l'usine de Séville va produire deux nouvelles boîtes de vitesses (DB35, DB45) mais va également travailler sur l'économie circulaire avec une Refactory, à l'image de celle de Flins (78) en France.

 

Les cinq usines ibériques (4 en Espagne et 1 au Portugal) ont donc une place de choix dans l'écosystème mondial de Renault. En 2021, un total de 227 062 véhicules ont été produits en Espagne (dont 150 039 à Valladolid et 77 027 à Palencia), mais aussi 791 643 moteurs (à Valladolid) et 379 777 boîtes de vitesses (à Séville). Ces sites ont ainsi représenté 8,42 % des véhicules produits par le constructeur dans le monde, 35 % des moteurs et 24 % des boîtes. L'ensemble des activités de Renault en Espagne emploie plus de 10 300 personnes.

 

Valladolid cœur de l'hybridation

 

En plus de l'usine d'assemblage, le site de Valladolid accueille un centre technique, baptisé R+D+i, notamment spécialisé dans les technologies hybrides, du moteur à la boîte en passant par les batteries et les logiciels. Il fait du développement, de la validation et des essais. Près de 1 000 ingénieurs font vivre les lieux. Une culture de l'ingénierie qui a débuté il y a plus de 50 ans avec l'adaptation de la 4cv, alors fabriquée sous licence, aux conditions de circulation locale.

 

Le centre dispose notamment d'un atelier de prototypage, de 18 bancs d'essais moteurs et 4 bancs à rouleaux, dont un climatique capable de simuler quasiment toutes les conditions de conduites. En effet, il est capable de faire varier la température de -30 à +45 degrés, le taux d'humidité de 0 à 95 % ou encore l'altitude de -100 à 4 000 mètres.

 

En plus des bancs moteurs et à rouleaux, le centre R+D+i travaille également à la validation des batteries pour les modèles hybrides et hybrides rechargeables.

 

Les bancs moteurs peuvent fonctionner 24 heures sur 24 et ainsi tourner pendant près de 300 heures pour simuler plus de 300 000 km. Mais ces tests sont complétés par du "réel", notamment entre Grenade et Motril, en Espagne, où les ingénieurs peuvent passer de 2 500 mètres d'altitude au niveau de la mer en à peine une heure. Cela étant, pour répondre à d'autres situations plus extrêmes, des validations peuvent également être faites ailleurs dans le monde, comme en Suède par exemple.

 

Dans un avenir proche, la future norme euro 7 occupera nombre de bancs moteurs, mais Renault prévient déjà que ce sera très compliqué. La norme se précise sans que rien ne soit encore définitif et il faut a minima 15 mois pour valider un cycle de développement.

 

Le centre technique R+D+i de Valladolid teste et valide les architectures électriques et électroniques.

 

A l'heure de l'électrification générale, le centre dispose également de compétences sur les batteries destinées aux véhicules hybrides et hybrides rechargeables. Là encore, prototypage et validation sont au cœur des prérogatives. Un autre travail prend de plus en plus de place dans le centre : tester la totalité des composants électriques et électroniques grâce à une plateforme d'intégration électronique. Ainsi, l'architecture du véhicule prend place sur un squelette afin que toutes les fonctions et éléments soient testés. Si durant le cycle de vie du produit, une fonction est ajoutée, elle est encore testée et validée de cette manière.

 

L'Austral pour relancer Palencia

 

Inaugurée le 2 février 1978, l'usine de Palencia a depuis produit plus de 7,7 millions de véhicules, dont plus de 5 millions de Mégane. La berline au losange est encore sur les chaînes aujourd'hui mais elle va peu à peu laisser sa place à trois déclinaisons de l'Austral.

 

Aujourd'hui, ce site peut atteindre une cadence de 710 unités par jour, avec seulement 1,5 équipe. Il totalise 2 314 employés. En 2022, il devrait produire environ 98 000 véhicules, dont 20 000 Kadjar, 50 000 Mégane et 30 000 Austral, qui va monter en puissance. Une production exportée à 85 %. Alors, on est loin du record de production de 2016 où le site avait produit 332 381 véhicules.

 

Le site va, à l'avenir, être dédié à la plateforme CMF-CD, la base de l'Austral, et pour cela il a largement évolué depuis 2019. Ainsi, il a accueilli une nouvelle presse capable de frapper 17 à 18 coups minutes, aussi bien pour des pièces en acier qu'en aluminium. De quoi réaliser 1 000 pièces par heure. Autant d'éléments qui sont scrutés par 10 caméras en sortie de ligne, qui prennent 70 photos, afin de vérifier une première fois la qualité. Plus largement, l'atelier d'emboutissage peut faire 50 000 coupes par jour.

 

La ligne de peinture de l'usine de Palencia atteint aujourd'hui la cadence de 63 caisses par heure. photo : José C.Castillo/Renault

 

Pour l'assemblage de la caisse, avec notamment la soudure des différents éléments, Palencia compte 1 320 robots, dont 400 nouveaux pour la production de l'Austral. Quant à la ligne de peinture, elle est notamment animée par 76 robots afin de pouvoir peindre 63 caisses par heure. Cette ligne est aussi capable de gérer les modèle bi-ton (22/h) mais aussi les teintes mates (10/h). Ainsi cette étape de la peinture au sens large est synonyme de 18,7 kg supplémentaires pour la caisse nue. La cataphorèse ajoute 3 kg, les mastics 9,5 kg et enfin les apprêts, teinte et vernis 6,2 kg. Le contrôle qualité en fin de ligne a également été revu avec l'Austral avec un portique capable de prendre 3 000 photos en quelques secondes grâce à 38 caméras.

 

L'histoire de Renault en Espagne n'est donc pas prête de s'arrêter. Mais elle va devoir encore évoluer, à l'image du constructeur. En effet, la création d'entités indépendantes (Ampère, Power, etc.) aura des conséquences. L'hybridation et les moteurs thermiques sont annoncés dans l'entité Power qui sera intégrée à la coentreprise (50/50) entre Renault et Geely, baptisée Horse. Le centre R+D+i de Valladolid devrait donc en faire partie. Peut être l'occasion de fonctionner comme une business unit, en vendant ses services à d'autres, ou de compliquer le quotidien. L'avenir nous le dira.

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