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Constructeurs

La révolution de Renault passe par la création de cinq entités indépendantes

Publié le 8 novembre 2022

Par Catherine Leroy
9 min de lecture
Le constructeur a présenté, le 8 novembre 2022, sa nouvelle stratégie qui révolutionne l'organisation classique par marque pour un système par activité indépendante : l'électrique avec Ampere, l'économie circulaire, Alpine, les services et le thermique avec Power. Cette dernière entité prévoit la création d'un équipementier codétenu avec Geely.
Luca de Meo, dirigeant du groupe Renault, a présenté sa nouvelle stratégie qui révolutionne l'organisation classique par marque pour un système par activité indépendante.

Diviser pour multiplier la valeur : c'est en substance ce que Luca de Meo, dirigeant du groupe Renault, a présenté lors de son Capital Market Day, organisé ce 8 novembre 2022, à Paris.  Contrairement aux premières informations qui avançaient la scission du groupe Renault, ce n'est pas deux mais bien cinq entités qui vont désormais composer l'ensemble du constructeur.

 

Après le la résurrection et la rénovation, le groupe poursuit sa stratégie du plan Renaulution et entame donc sa phase de révolution. "Nous ne sommes plus dans l'urgence et nous avons réussi à atteindre notre cible de génération de cash flow de 2,7 milliards d'euros avec un an d'avance sur nos objectifs. C'est promis, nous ne reviendrons pas en arrière. Nous avons désormais la meilleure gamme du groupe depuis près de 30 ans et nous nous sommes préparés pour être un joueur anticyclique. Le temps est maintenant venu d'optimiser et de profiter de toutes les ruptures technologiques que connaît le secteur automobile", a promis Luca de Meo.

 

Ce sont bien ces ruptures technologiques qui justifient selon le patron du constructeur au losange de revoir le modèle d'activité et de s'appuyer sur cinq business model indépendants, avec chacun un compte de résultats, un directeur général et ses propres sous-ensembles de technologies : Ampere, Power, Alpine, Mobilize, The Futur is Neutral.

 

Ampere la bien-nommée

 

L'unité dédiée à l'activité électrique prend donc son autonomie et devient un pure player électrique, nativement connecté et software. Ampere rassemblera 10 000 salariés en France comprenant notamment le pôle Electricity, dans le Nord de la France, avec les usines de Douai, Maubeuge, Ruitz auxquelles s'ajoute le site de fabrication de moteur électrique de Cléon.

 

Six véhicules électriques seront produits au sein de cette division dont quatre ont déjà été dévoilés : Megane E-Tech Eletric, Scénic Electric, la future Renault 5 et R4 et deux véhicules qui n'ont pas encore été précisés mais qui, selon Luca de Meo, pourrait être issus d'une nouvelle plateforme électrique "qui permettrait de produire en France un petit véhicule compact, le seul moyen, nous le savons, de démocratiser la voiture électrique."

 

La production d'Ampere pourrait atteindre 1 million de véhicules en 2031 avec une couverture de 80 % de la chaine de valeur à cette même échéance, contre 30 % aujourd'hui. "La production européenne nous permettra de sécuriser cette chaine de valeur", précise le directeur général du groupe.

 

D'un point de vue technologique, c'est également dans l'unité Ampere que se logent les deux grandes annonces de ce jour : les partenariats avec Qualcomm et Google. Qualcomm interviendra pour le développement de châssis numériques pour la future génération de "Software defined vehicle" prévue pour 2026. Ces plateformes seront notamment ouvertes aux autres partenaires de Qualcomm Technologies (Mercedes, Volkswagen, Stellantis...), qui devient également actionnaire d'Ampere.

 

Le partenariat avec Google, quant à lui, ne prévoit pas de prise de participation dans la division mais reste un accord technologique puisque Google devient le fournisseur principal du constructeur, pour proposer des services connectés et des mises à jour Over the air. "Notre accord va beaucoup plus loin que l'infodivertissement puisque nous allons partager les coûts et les bénéfices de cette technologie de pointe. Nous allons diminuer les coûts de développement de 25 % et abaisser la durée à moins de 4 ans contre 5 aujourd’hui', promet Luca de Meo.

 

Lire aussi : José Baghdad, PWC : " Le logiciel va devenir le chef d'orchestre de la voiture"

 

L'objectif est également une entrée en bourse en septembre 2023, avec la possibilité d'accueillir de nouveaux partenaires. "Nous pensons que les actifs sont sous-évalués", estime Luca de Meo. La capitalisation boursière de Renault atteint 9,3 milliards d'euros contre 43 milliards pour Stellantis  et près de 600 milliards pour Tesla ! Pourtant à la suite de la présentation de cette phase de révolution, le cours de l'action Renault est en baisse de plus de 2 % à 30,97 euros l'action. Renault espère pouvoir valoriser Ampere à près de 10 milliards d'euros en visant plus de 30 % de croissance annuelle dans les huit prochaines années, et 10 % de marge en 2030, contre 4,7 % pour le groupe Renault au premier semestre 2022.

 

Nissan ne s'est pas encore prononcé sur sa prise de participation dans cette entité. Les partenaires de l'Alliance doivent se rencontrer vers le 15 novembre 2022, pour évoquer l'évolution de leur partenariat et notamment la prise de participation de Renault dans Nissan.  actuellement la marque losange détient 43,4 % du capital de Nissan, qui lui-même ne possède que 15 % de Renault. Ce déséquilibre, source de nombreuses frictions entre partenaires, pourrait évoluer. Reste à savoir comment valoriser cette cession tout en évitant une moins-value. Une fois que les discussions auront abouti, Nissan pourrait annoncer une prise de participation de 15 % dans Ampère.

 

Power pour toute l'activité thermique

 

Cette deuxième entité va servir "d'emballage complet" pour tout le reste de l'activité thermique et hybride. Partant du principe que la moitié des ventes mondiales de véhicules dans le monde concerneront toujours des moteurs thermiques et hybrides, le constructeur ne compte pas délaisser cette activité mais bien de la développer notamment avec des motorisations basse consommation destinées à Renault, Dacia et la gamme utilitaire.

 

Pour y parvenir, le groupe s'associe à 50-50 avec Geely, propriétaire entre autres de Volvo Cars et de Lotus, dans une nouvelle entité baptisée Horse. Celle-ci génère d'ores et déjà, compte tenu de ses clients actuels (Renault, Dacia, Nissan...), d'un chiffre d'affaires de plus de 15 milliards d'euros pour une production de 5 millions d'unités par an. Horse englobera 17 usines destinées à fournir 130 marchés dans le monde, avec un accès à la Chine et aux États-Unis, 5 centres de recherche et développement en Europe, en Chine et en Amérique du Sud et un total de 19 000 salariés sur ces trois continents.

 

Lire aussi : Volvo fait un pas de plus vers le tout électrique

 

C'est donc un équipementier de premier rang que sera Horse, spécialisé dans tous les composants du moteur thermique : moteur, boîte de vitesses, système d'hybridation et batteries... En revanche, il n'est apparemment plus question de faire intervenir le pétrolier saoudien Aramco dans cette entité, comme certains analystes l'envisageaient dans un premier temps.

 

Alpine, l'entreprise haut de gamme du groupe

 

Concernant Alpine, les plans sont également ambitieux. "En seulement deux ans, nous avons créé une entreprise haut de gamme avec un constructeur automobile de haute qualité, 140 concessions et un programme de course ambitieux", a déclaré Luca de Meo. Alpine, deviendra entièrement électrique dès 2026, avec une équipe dédiée de 2 000 salariés qui pourront puiser dans les ressources de la division Ampère pour les motorisations électriques et le software. Alpine doit dévoiler la prochaine A 110 ainsi que deux nouveaux modèles sur des segments où le constructeur Renault a perdu pied depuis longtemps : les segments D et E, lui ouvrant ainsi les marchés de l'Amérique du Nord et de la Chine.

 

Mobilize pour le véhicle as a service

 

La division Mobilize est construite autour de la société de financement du groupe Mobilize Financial Services, ex-RCI Banque. Disposant de 4 millions de clients pour un chiffre d'affaires de 3 milliards d'euros, la société de financement devient le bras armé de l'entité Mobilize dont l'objectif est sa transformation vers un véhicle as a service. Si Mobilize propose des véhicules, dont le Duo présenté en octobre 2022, c'est bien par le service que le développement s'organisera.

 

Lire aussi : Mobilize Power Solutions va créer son propre réseau de recharge ultra-rapide

 

A terme, il s'agit de créer trois fois plus de chiffre d'affaires pendant toute la durée du cycle de vie du véhicule avec une marge supérieure à 10 %. En parallèle, de cette annonce, la société de financement affichait sa volonté de prendre pied dans l'assurance automobile avec la signature d'un partenariat avec Accenture.

 

 

The futur is neutral, la nouvelle entité dédiée à l'économie circulaire

 

Avec sa nouvelle filiale baptisée The future is neutral, Renault fait du recyclage une activité à part entière et vise un chiffre d'affaires de 2,3 milliards d'euros en 2030. Cette filiale va ouvrir "une minorité de son capital" à des investisseurs extérieurs "en vue de cofinancer des investissements de l'ordre de 500 millions d'euros jusqu'en 2030", a indiqué le groupe.

 

 

Où sont logées les autres marques ?

Mis à part Alpine qui dispose de sa propre entité, les autres marques du groupe pourront puiser dans l'une des cinq divisions pour assurer leur développement soit électrique et connecté, soit thermique.

 

Ainsi, le groupe Renault bouleverse son organisation qui auparavant était verticale, par marque donc, vers un écosystème horizontal où chaque marque peut venir chercher la réponse a ses besoins au sein des entités spécialisées. "Le secteur automobile était habitué à une intégration verticale mais si cette démarche a du sens dans une activité capitalistique avec un croissance régulière et sans à-coups, elle n'en a plus quand la technologie n'est plus prévisible. Nous devons concevoir des organisations plus ramassées, plus souples. Les défis comme le numérique, la transition énergétique sont des défis horizontaux", assure Luca de Meo.

 

Ce nouveau volet de son plan stratégique, appelé Révolution, doit amener le groupe à une marge opérationnelle supérieure à 8% en 2025 et à 10 % en 2030, alors qu'elle était de 4,7% au premier semestre 2022. Le groupe prévoit de générer plus de 5 milliards d'euros de flux financiers libres dès cette année et promet aux actionnaires que le taux de distribution augmentera jusqu'à 35 % du résultat net du groupe. Dans le même temps, l'actionnariat salarié doit grimper à 10 % du capital en 2030.

 

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