Renault France boucle 2025 en hausse mais alerte sur le choc des voitures d'occasion à venir

Renault France clôt 2025 sur une forte progression de ses parts de marché, portée par la Clio, la Renault 5 et une domination nette sur l’électrique et le full hybrid. En volume, cela représente 387 048 ventes au total. Ce qui permet à la marque de terminer l'année 2025 sur une part de marché de 19,4 % au cumul des véhicules particuliers et utilitaires (+0,8 point). Sur le segment des voitures particulières, Renault remporte la première place du marché français avec une part de 17,5 % (+1,4 point par rapport à 2024) et 285 531 modèles immatriculés (+3 %).
"C'est la plus forte croissance en termes de part de marché au global cette année", précise Guillaume Sicard. Le directeur de Renault France revendique également la meilleure performance sur le marché des particuliers avec 16,5 % de part : "Il s'agit de notre meilleure performance depuis 2017. Cela montre bien que la stratégie de valeur ne va pas au détriment de la performance commerciale", reconnaît-il, même si Renault a commercialisé 42,5 % de ses VP auprès des clients finaux, contre une moyenne de 45,7 % pour l'ensemble du marché.
Côté produits, la Clio reste la pièce maîtresse de la marque avec plus de 100 000 immatriculations sur 2025. Soit 8 500 ventes par mois, en hausse de +11,4 %, tout en cohabitant avec la Renault 5. "Notre stratégie de plateforme par énergie génère une accélération des ventes sans créer aucunement de cannibalisme", souligne le dirigeant, qui insiste sur le découplage technologique essence/hybride et électrique.
L’électrique tire la croissance, sans cannibaliser
L'autre point fort de Renault : l’électrique, où la marque revendique un leadership très net. Sur 2025 et le canal des ventes à particulier, la marque annonce 21,5 % de part de marché, devant Peugeot (10,5 %) et Tesla (7,8 %). Dans le même temps, le marché de l'électrique progresse de 12,5 %, et représente désormais 20 % du mix en France (+3 points sur un an). "On entend toujours que l'électrique, c’est difficile… Mais c'est le segment qui a le plus crû l’année dernière", fait remarquer Guillaume Sicard, évoquant environ 27 000 modèles 100 % à batterie vendus par mois sur le marché français.
La Renault 5 joue ici un rôle central : 38 000 unités vendues en France en 2025, soit presque deux fois plus que la Tesla Model Y, et davantage que certaines combinaisons Stellantis (e-208 + ë-C3). "Il y a vraiment un phénomène Renault 5 qui part de France et se généralise dans toute l’Europe", ajoute-t-il, rappelant que Renault a dû ajouter une troisième équipe à Douai en octobre pour augmenter la production, franchissant les 100 000 unités produites en novembre.
La Renault 4 n'affiche pas le même succès, même si Renault tient à rappeler que sa commercialisation n'a véritablement commencé que depuis l'été 2025. "Les volumes peuvent paraître plus faibles mais le segment B-SUV électrique n'est pas encore très développé. Et la R4 en est quand même le leader devant l'e-2008 et même la Mini Countryman", compare-t-il. En attendant, Renault annonce déjà une évolution technologique pour sa R4 avec une autonomie de batterie supérieure à celle actuelle (entre 308 et 408 km).
Renault ne mise toutefois pas tout sur le 100 % électrique. Sur le full hybrid, Renault revendique 37,7 % de part de marché, dans un segment en croissance de 10,5 %. "On pousse très fort sur nos deux jambes : l'électrique et l'hybride", résume Guillaume Sicard.
Flottes : Renault progresse fortement
Renault renforce aussi sa présence sur les entreprises. La marque annonce une hausse de 2,8 points sur le marché des flottes, à 20,8 %. Le directeur pour la France cite bien sûr la Clio, mais aussi Symbioz, présenté comme un "vrai succès", et surtout le Scenic, devenu le véhicule électrique le plus vendu sur le marché des flottes. Sur ce canal, Renault souligne un mouvement massif : les immatriculations EV en flottes progressent de 54 % sur l’année, à la faveur notamment de la fiscalité.
"Le contrat est rempli sur le Scenic. Nous sommes passés premiers en 2025 grâce au Scenic", affirme Guillaume Sicard. Là, en revanche, il reconnaît un effet de transfert avec l'Austral : "Il y a effectivement un cannibalisme sur le marché des flottes des véhicules EV sur les véhicules thermiques." Un basculement qu’il attribue à l’évolution des règles fiscales plutôt qu’à une concurrence interne entre modèles.
2026 : priorité absolue au véhicule d’occasion
La performance commerciale n’est pas le seul indicateur qui intéresse Renault France. Guillaume Sicard met déjà le projecteur sur le sujet le plus sensible de 2026 : la capacité des réseaux à absorber le choc des buy back et à préserver leur rentabilité sur le véhicule d’occasion.
"Si les stocks VO s’empilent, nous allons engorger tout le système et le VN va souffrir", prévient-il, appelant à un pilotage "extrêmement militaire" des stocks et de la rotation des véhicules d'occasion. Renault vise aussi une montée en puissance de sa performance VO sur les moins de 5 ans : après moins de 11 % en 2023, plus de 12 % en 2025, l’objectif est de se rapprocher de 14 % au second semestre 2026.
C'est l'un des challenges de la marque en 2026 : travailler avec les réseaux pour piloter les ventes d'occasions et surveiller la rotation. "Nous sommes à un gap nettement moins favorable pour la rentabilité des réseaux", reconnaît-il. Des écarts entre engagements de reprise et valeur de marché se creusent selon les énergies. Cela entraîne des tensions sur certains modèles, mais aussi des opportunités sur d’autres, comme par exemple sur le thermique non hybride. "C'est un mouvement relativement épars mais qui ne touche pas, ou très très peu, les véhicules essence avec des prix d'accès plus faibles", détaille-t-il.
L’enjeu est aussi stratégique : il s'agit de ne pas "surcoter" les valeurs résiduelles pour sortir des mensualités basses, au risque de fragiliser le réseau à horizon 3-4 ans. "Notre objectif est de ne pas se mettre en danger dans 3 ou 4 ans, mais aussi d’avoir une mensualité la plus abordable possible. On est toujours entre les deux", résume Guillaume Sicard.
Le constructeur insiste : le choc des retours peut être une menace… mais aussi une opportunité de business, si le réseau est correctement financé et outillé. Guillaume Sicard compare la France à l’Angleterre, où le marché est plus structuré sur les transactions réalisées par les professionnels. "En France, on a encore beaucoup de ventes entre particuliers. Le fait qu'il y ait des reprises buy back donne une opportunité à notre réseau de professionnaliser encore plus le marché du VO", avance-t-il, à condition d'avoir des lignes de trésorerie suffisantes et toujours une discipline "militaire" dans la mise au prix et la rotation.
Face au risque d’embouteillage, le groupe n’exclut pas un levier : l’extension de contrats, pour étaler les retours. "Si jamais on voit qu'il y a un embouteillage et que ça ne s'écoule pas, on sera capable de proposer des extensions de contrats pour lisser la bulle", affirme Guillaume Sicard. Mais la priorité reste la rotation : "On a plutôt intérêt à accélérer la rotation pour accélérer en véhicules neufs".
Fiscalité : un environnement plus stable, mais encore des zones grises
Sur la fiscalité, Renault estime le cadre aujourd’hui plus lisible qu’au début 2025 : malus connu, verdissement des flottes acté… les trajectoires sont identifiées. "Le gouvernement essaie vraiment aujourd’hui de travailler à une stabilisation de la réglementation plus exigeante, certes, mais il n’y a pas de surprise", considère-t-il.
En revanche, des zones restent floues, comme le calendrier et les conditions du prochain leasing social qui pourrait arriver plus tôt dans l'année 2026 selon les souhaits du gouvernement.
Sur l'édition 2025, Renault comptait 15 500 à 15 600 commandes, soit un peu plus de 30 % de part de marché (contre 23 % sur 2024). La Renault 5 domine clairement le dispositif avec environ 11 500 commandes. La Renault 4 suit avec près de 3 000 commandes et la Megane autour de 1 000. Cette deuxième saison serait d'ailleurs proche d'être terminée puisque 49 200 commandes auraient été enregistrées sur 50 000 tickets promis par le gouvernement.
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