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Constructeurs

PSA confirme être en discussion avec FCA

Publié le 30 octobre 2019

Par Catherine Leroy
5 min de lecture
Après l'échec d'un rapprochement avec Renault, le groupe FCA négocie avec PSA. Le français a confirmé ces discussions. Si les avantages industriels sont bien plus évidents qu'avec Renault, reste l'épineuse question du partage du pouvoir.
Carlos Tavares, président du directoire de PSA, et John Elkann, président de FCA.

Mis à jour à 16h30

Un petit tour et puis revient : l'information révélée par le Wall Street Journal a bien été confirmée par le groupe PSA : "les discussions sont en cours avec le groupe FCA afin de créer l'un des principaux groupes automobiles mondiaux", selon un communiqué du constructeur français.

 

Si les négociations aboutissaient, l'opération donnerait naissance au numéro 4 mondial derrière Volkswagen, l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi et Toyota avec 8,7 millions de véhicules vendus sous les marques Peugeot, Citroën, DS, Opel, Vauxhall, Fiat, Alfa Romeo, Maserati, Lancia, Chrysler, Jeep, Dodge RAM. Le tout générant quelque 184 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

 

Pour l'instant, les rumeurs font état d'une fusion par échange d'actions. PSA est actuellement valorisé à 22,55 milliards d'euros à la Bourse de Paris et FCA à 18,42 milliards d'euros à la Bourse de Milan. De même, Carlos Tavares, président du directoire de PSA, dirigerait l'ensemble tandis que John Elkann, président de FCA, conserverait sa fonction dans ce nouveau groupe. Voilà pour les informations qui ont filtré au travers du Wall Street Journal.

 

FCA, en quête absolue et urgente d'un partenaire, serait donc revenu à la table des négociations avec le groupe PSA. Ce n'est pas la première fois que les deux patrons se parlent. Carlos Tavares avait déjà fait une offre à John Elkann que ce dernier avait déclinée avant d’entamer des pourparlers avec Renault au printemps 2019.

 

John Elkann, en fin financier, avait séduit Jean-Dominique Senard, mais aussi Thierry Bolloré. Mais c'était sans compter sur le rétropédalage du gouvernement mais aussi le chantage de Nissan. A cette époque, Hiroto Saikawa, alors directeur général de Nissan, avait annoncé dans un langage tout en retenue japonaise qu'un accord de Renault avec FCA modifierait de manière profonde la nature de l'Alliance. Le dossier était donc refermé et John Elkann, obligé de reprendre sa recherche.

 

La stratégie de désendettement du groupe italien, menée par son ancien directeur général, Sergio Marchionne, décédé pendant l'été 2018, ne lui a pas permis d'investir dans les nouvelles motorisations et les technologies. Ce qui explique l'accord passé avec Tesla afin d'éviter de payer une amende qui le mettrait à genoux, dès la mise en œuvre des normes européennes d'émission de CO2 au 1er janvier 2020. Mais ce pansement ne sera pas suffisant pour soigner le malade : FCA est obligé, soit de se vendre, soit de s'associer.

 

Des avantages industriels et stratégiques certains

 

Mais si les avantages d'un rapprochement avec Renault ne semblaient pas évidents (Nissan se serait retrouvé concurrent de Chrysler aux Etats-Unis), ceux générés par une fusion avec PSA ont un réel sens industriel. Surtout au regard des résultats du groupe français. Très dépendant des marchés européens, le groupe PSA souffre en Chine, n'est pas présent en Inde, revient en Russie avec la marque Opel à compter de 2019, est absent du marché américain et reste faible au Brésil... 

 

"Les deux groupes sont complémentaires", observe un connaisseur du secteur. "Alors que PSA est faible au Brésil, Fiat y est très bon, Chrysler gagne de l'argent aux Etats-Unis et pourrait faire de la place pour une entrée de Peugeot. De même, pour faire du bon travail, il faut avoir une capacité d'ingénierie excédentaire, ce qui est le cas pour PSA, notamment depuis le rachat d'Opel et l'intégration du centre de Russelsheim." Et pour diriger l'ensemble, Carlos Tavares peut s'appuyer sur une équipe solide : celle qu'il a débauchée de chez Renault !

 

Un montage financier complexe ?

 

Sur le papier donc, le mariage semble presque idyllique. Mais comme dans toutes négociations, le processus peut aussi capoter. En l'occurrence, l'aspect financier de l'opération est plus complexe à monter. "Je vois mal la famille Peugeot ou même Louis Gallois, président du conseil de surveillance du groupe PSA, accepter un deal 50/50", remarque cet analyste. "John Elkann qui est un financier très malin, avait d'ailleurs tenté ce coup de force chez Renault mais le temps passe et sans doute, ne peut-il plus avoir les mêmes prétentions. "

 

Or les possibles partenaires ne sont pas si nombreux : "General Motors a déjà refusé une alliance avec FCA. Ford n'a pas donné suite non plus, étant en plus engagé avec Volkswagen, les constructeurs allemands ne sont plus dans une stratégie de conquête financière et industrielle. Toyota n'est pas dans une optique d'acquisition mais d'alliances, tout comme Hyundai et Kia. Honda s'est déjà brûlé les doigts par le passé avec Rover. Quant à Volvo ou même Jaguar Land Rover (Tata), les synergies de plateformes entre un constructeur haut de gamme et un généraliste n'existent pas et d'ailleurs Tata n'est pas dans une grande forme non plus. Ne restaient donc que Renault, puis Nissan et PSA", résume ce fin connaisseur de l'industrie automobile.

 

Pour l'instant, les marchés saluent les discussions et le syndicat FO, première organisation syndicale du groupe PSA souligne dans un communiqué "la dynamique industrielle positive du projet de rapprochement avec FCA. Compte tenu des mutations profondes du secteur automobile, notamment les conséquences de la transition énergétique, il est préférable pour un groupe de produire 9 millions de véhicules par an plutôt que 4" explique Olivier Lefebvre, délégué syndical central FO PSA. "FO PSA sera particulièrement vigilant sur l'impact social de ce projet et de ses conséquences pour tous les salariés", prévient-il.

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