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Constructeurs

Jamel Taganza, Inovev : "Les constructeurs chinois n’ont pas d’ambitions communes"

Publié le 23 octobre 2023

Par Christophe Bourgeois
3 min de lecture
Les marques chinoises ont-elles fait de l'Europe leur nouvel eldorado ? Le Journal de l'Automobile a posé la question à Jamel Taganza, consultant associé chez Inovev.
Jamel Taganza Inovev
Jamel Taganza, consultant associé chez Inovev. ©Inovev

Le Journal de l'Automobile : Les constructeurs chinois ont‑ils une stratégie commune de s’imposer en Europe comme l’a récemment avancé Wang Chuanfu, président de BYD, et de «démolir les vieilles légendes», en parlant des constructeurs non chinois ?

Jamel Taganza : Non, les constructeurs chinois n’ont pas d’ambitions communes, cha­cun avançant en Europe avec des stratégies qui ne sont pas toujours très bien compréhensibles. Nous assistons, en effet, à un décalage entre leur discours et la réalité. Néanmoins, il ne faut pas perdre de vue que les constructeurs chinois ont le temps ; ils avancent pas à pas, observent, réagissent et s’adaptent. Et même si aujourd’hui, ils ne représentent environ que 2 % de part de marché en Europe et 7 % sur l’électrique, ils sont bien présents et le seront encore plus dans le futur. Car maintenant, ils intègrent l’Europe dans le développement de leurs produits.

 

J.A. : Pour quelles raisons existe‑t‑il autant de constructeurs et de marques automobiles en Chine ?

J.T. : N’oubliez pas que la Chine automobile est toute récente ; elle a moins de vingt ans. Nous nous retrouvons dans la même situation qu’en Europe ou aux États‑Unis au début du XXe siècle où il existait une profusion de marques. Combien en reste‑t‑il aujourd’hui de cette époque ? C’est la même chose en Chine qui est loin d’avoir atteint sa maturité. En outre, cette profusion de constructeurs et de marques est liée à la nature même du pays. Beaucoup de constructeurs n’existent qu’à un niveau régional, soutenus par les pouvoirs publics. Bref, le marché chinois n’est absolument pas consolidé.

 

J.A. : Allons‑nous alors assister à une valse des marques en prove­nance de Chine ?

J.T. : A priori, celles qui resteront seront celles qui seront soutenues par de grands constructeurs. On le voit déjà avec la forte implantation de MG qui surfe de surcroît sur son origine européenne, mais égale­ment Lynk & Co derrière laquelle se trouve Geely.

 

A lire aussi : Bruxelles avance des preuves contre les subventions chinoises

 

J.A. : L’Europe a ouvert une enquête antisubvention sur les voitures électriques fabriquées en Chine, visant clairement les constructeurs chinois. Quelle est votre analyse ?

J.T. : Encore une fois, les constructeurs chinois ne représentent qu’à peine 2 % de part de marché en Europe. On ne peut donc clairement pas parler d’invasion chinoise, comme on a pu le lire à droite et à gauche. Du moins pour l’instant. Néanmoins, les constructeurs européens ont abandonné certains segments, notamment celui de la petite voi­ture sous prétexte que ce n’était pas économiquement rentable. Ce­pendant, il existe encore un marché conséquent pour ce segment, de surcroît électrique, dans lequel les Chinois peuvent combler un manque, la nature ayant horreur du vide.

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