Pourquoi les rapports d’historique peinent à s’imposer chez les distributeurs de voitures d'occasion ?

Depuis que le service digital existe en France, les concessionnaires l'adoptent progressivement. L'édition de rapports d'historique tend à devenir un réflexe. Mais il reste encore un long chemin à parcourir pour en faire un standard. D'après une étude réalisée fin 2025 par CarVertical, l'un des fournisseurs en vue, ils n'étaient encore que 43,5 % des concessionnaires tricolores à déclarer vérifier systématiquement le passé d'une voiture d'occasion.
En cette fin de janvier 2026, CarVertical double la mise en publiant une nouvelle étude. Toujours sur un périmètre hexagonal, il apparaît que 65,2 % des distributeurs interrogés ont recours à l'importation pour alimenter leur parc de voitures d'occasion. Mais parmi eux, à peine plus de la moitié (53,3 %) a standardisé la vérification de l’historique des véhicules. Le reste du panel se compose à 33,3 % de professionnels vérifiant uniquement les véhicules venant de l’étranger et à 13,3 % de revendeurs déclenchant un contrôle seulement si la voiture est haut de gamme.
Face au risque de fraude qui n'a pas diminué tant que cela, il faut y voir une volonté des distributeurs de faire preuve de plus de transparence aux yeux des clients. Ils ne sont pas encore majoritaires pour autant. Les rapports d'historique sont partagés de manière systématique chez 43,5 % des points de vente. Pour 47,8 % des revendeurs, il faut que les clients en fassent la demande.
À en croire CarVertical, maintenant un internaute sur cinq aura plus de facilité à cliquer sur une offre annonçant la disponibilité d'un rapport d'historique. Pourtant, il semble que cela se cantonne aux voitures premium, pour lesquelles 50 % des distributeurs éditent un rapport. Cette part glisse à 46,7 % pour les véhicules de milieu de gamme et tombe à 33,3 % pour les modèles d’entrée de gamme.
Autorigin recrute un directeur général
Derrière ces dernières statistiques, certains y verront le spectre du coût. Une tarification des rapports qui constitue un élément de blocage au point d'entraver la démocratisation du service chez les professionnels. Cela varie entre les acteurs du secteur, mais il faut encore compter plusieurs euros par requête.
Moundyr Gainou, représentant de CarVertical en France, le concède. "Les revendeurs de voitures d'occasion ne perçoivent pas la prestation d'édition de rapports d'historique comme une plus-value mais comme une dépense, déplore-t-il. Alors qu'en réalité, nous sommes une forme d'assurance vis-à-vis de l'acheteur".
L'enjeu consiste à les convaincre, alors que tant de budgets de communication ont été consacrés jusqu'à présent à séduire les particuliers directement. La chose est entendue chez Carvertical. Elle l'est aussi pour Autorigin, son concurrent direct (dont le fondateur, Laurent Bermejo, est actionnaire minoritaire de Syner'J Media, NDLR). À la fin du premier trimestre, l'entreprise française promet un changement en profondeur.
Pour conduire la grande évolution, Laurent Bermejo est allé recruter un directeur général qui prendra en main l'opérationnel. Au terme des tractations, Pierre Tanguy a débarqué le 1er janvier 2026. Dans ses bagages, il amène une solide expérience du secteur. En effet, depuis plusieurs mois, il dirige PitStop, société qu'il a fondée à Londres et dont le modèle d'affaires est sensiblement équivalent à celui d'Autorigin.
Outre-Manche, ce dernier rivalise donc déjà avec CarVertical, entre autres compétiteurs. Il entend faire même dans l'Hexagone. "Autorigin a été salué pour la qualité des informations et nous sommes clairement taillés pour le BtoB", retient Pierre Tanguy de ses premiers échanges sur le terrain en compagnie de Stéphane Serrano qui demeure l'interlocuteur commercial. Il en veut pour preuve que le chiffre d'affaires 2025 s'est inscrit en croissance annuelle de 70 %.
Il a aussi identifié les faiblesses. Autorigin n'a pas su parler au client final pour expliquer le contenu des rapports. Un prérequis pour devenir un argument de vente entre les mains des concessionnaires et des marchands. Le Français expatrié à Londres s'attèlera à rectifier le tir. Entre les lignes, il laisse comprendre que l'interface web va changer, que les rapports seront plus didactiques, comme ce qu'il a imaginé pour PitStop, et qu'Autorigin va devenir plus séduisant en somme.
CarVertical et Weespots tentent le reciblage
Bien avant le lancement officiel du service gouvernemental Histovec en janvier 2019 ou d'Autorigin en 2017, Autoviza avait entrepris de capter le marché du rapport d'historique. Depuis 2011, la société opère en tentant de faire partie du lot d'outils recommandés par les constructeurs ou retenus directement par les distributeurs. Mais pas uniquement.
Relativement tôt dans son histoire, Autoviza a eu l'idée de se lier aux plateformes de diffusion de petites annonces, Leboncoin et La Centrale en tête. Une stratégie payante, à en croire les chiffres avancés par un porte-parole de l'entreprise. Il affirme auprès du Journal de l'Automobile que plus de 94 millions de consultations de rapports ont été comptabilisées en 2025. Et ce dernier de revendiquer encore le statut de chef de file du secteur, tout du moins en France.
Ses plus proches concurrents ont copié le schéma. Certains se souviendront de l'accord passé entre Autorigin et Zoomcar au printemps 2025. L'infomédiaire breton s'est engagé sur un très gros volume de rapports dont il absorbe les frais pour laisser toute liberté à ses utilisateurs professionnels de se familiariser avec le service et d'effectuer plus régulièrement des requêtes. La direction de Zoomcar y voyait aussi un moyen de crédibiliser durablement la plateforme auprès du grand public.
La grande nouveauté viendra de CarVertical. Selon nos informations glanées auprès de la société Weeflow, éditeur du DMS SpiderVO et de la plateforme Weespots, un schéma inédit va se mettre en place. Pour faire simple : à chaque fois qu'un utilisateur particulier en position d'achat fera une requête pour un véhicule peu recommandable (pour cause d'accident, de doute sur le kilométrage…), il se verra automatiquement soumettre une courte liste de voitures d'occasion similaires en provenance des distributeurs référencés sur Weespots. En langage marketing, on parlerait de reciblage.
Vers une structuration du marché des rapports d’historique en Europe ?
Comment dire si un véhicule est peu recommandable ? Là vient le sujet de la donnée, le cœur du réacteur. La course aux sources n'en finit jamais. Autorigin a passé un accord avec AAA Data qui lui "donne accès à des informations fiables", soutient Pierre Tanguy. La société s'emploie à connaître les propriétaires, les entretiens, la sinistralité ou encore les déclarations de mise au rebut. "Mais l'accès aux données reste le plus compliqué dans ce métier", admet-il.
Le directeur général jouera pour un temps encore la carte de la fine connaissance de l'historique des véhicules circulant en France. Autoviza qui est proche de Carfax et CarVertical qui est originaire de Lituanie, font valoir des sources européennes. À ses détracteurs, Moundyr Gainou répond que "CarVertical a un centre de gravité situé plus à l'est en Europe". Ce qui en ferait une meilleure solution pour les véhicules importés, "ceux présentant le plus de risques de fraude", rappelle-t-il.
La fraude peut aussi venir des éditeurs eux-mêmes. Ce marché naissant des rapports d'historique suscite des convoitises. Il y a des entrepreneurs louables attachés à négocier l'accès à des sources d'informations pour délivrer le même service. La France compte aussi ses spécialistes de l'identification de véhicules ou du carnet d'entretien digitalisé qui font valoir une légitimité à étendre leur couverture de prestations. Mais il y a aussi des acteurs en zone grise.
"Nous en avons repéré qui ne fonctionnent que sur de petits périmètres de marques, relate l'un des leaders. On devine qu'ils ont accès au système informatique d'une concession pour interroger le fichier d'un constructeur et vendre le rapport à des clients sur internet. D'autres ont étrangement le même contenu et agencement que nos rapports. Ils se servent de notre interface et prennent une marge". Un moindre mal pour le consommateur à côté de ceux qui dupent les internautes pour les amener à souscrire un abonnement mensuel.
L'année 2026 devrait voir une polarisation entre, d'un côté, des éditeurs toujours plus importants et structurés, et de l'autre, un vivier de petites structures à la fiabilité discutable. Mais pour aucun des opérateurs interrogés l'heure serait à une première vague de concentration. Celle-ci interviendra probablement quand Bruxelles fixera des règles et un cadre favorisant des échanges de données entre les pays. Les polices européennes n'hésitent pas à recourir aux fournisseurs dans des enquêtes sur des filières criminelles, toutefois "nous sommes encore très loin d'avoir des standards continentaux de travail", grince-t-on chez les éditeurs de rapports.
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