S'abonner
Services

Pour prédire l'évolution du marché des véhicules électriques, suivez les bornes !

Publié le 22 mars 2022

Par Gredy Raffin
7 min de lecture
TRIBUNE - Soutenant les actions du gouvernement français en faveur du marché des véhicules électriques, Jean-Baptiste Guntzberger, directeur Europe du Sud de Shell Recharge Solutions, appelle maintenant à une cohésion internationale en matière d'infrastructures.
Jean-Baptiste Guntzberger, directeur Europe du Sud de Shell Recharge Solutions.
Jean-Baptiste Guntzberger, directeur Europe du Sud de Shell Recharge Solutions.

L'électrification de la mobilité s'accélère actuellement en France. Alors que la crise sanitaire ne semble pas avoir freiné l'élan souhaité par le gouvernement français depuis plus d'un an en vue rendre le parc automobile plus vert, les infrastructures de charge sont-elles seulement capables de soutenir cet essor ? Au-delà, la croissance du marché du véhicule électrique est-elle viable sur le long terme ?

 

Malgré la pandémie, le marché du VE poursuit son essor

 

195 000[1], c’est le nombre de véhicules électriques vendus en France en 2020. Et s’il peut paraître modeste comparé aux quelque 40 millions de voitures actuellement en circulation dans notre pays, ce chiffre n’a pourtant pas cessé d’augmenter depuis une décennie : rappelons qu’il n’y avait eu que 184 ventes de véhicules électriques en 2010 ! La croissance quasi exponentielle qu’a connu chaque année le marché du VE depuis une décennie n’a en outre pas été ralentie par la crise sanitaire, bien au contraire.

 

En effet, en 2020, les ventes de véhicules électriques et hybrides rechargeables ont semblé relativement imperméables à la morosité ambiante, affichant une croissance de 180% sur l'année alors que le marché automobile dans son ensemble accusait une baisse de - 25,5%. En outre, tous les signaux sont au vert pour l’année en cours, puisque le nombre d’immatriculations de véhicules électriques est déjà largement supérieur à celui de l’an passé. Toutefois, rappelons que cette progression a grandement été facilitée par l’expression d’un cap politique, économique et énergétique.

 

A lire aussi : NewMotion et Greenlots s'unissent dans Shell Recharge Solutions

 

Alors que la crise du coronavirus a amplifié les difficultés préexistantes du secteur automobile français, le gouvernement français a dévoilé en mai 2020 un plan de soutien à la filière[2], combinant plusieurs mesures destinées à relancer la demande et à renouveler le parc automobile, afin qu'il devienne plus vert. Il était ainsi prévu d'accélérer le déploiement des terminaux de recharge sur l'ensemble du territoire afin d'atteindre l'objectif de 100 000 bornes en 2021. L'ambition affichée à cette occasion - à savoir « faire de la France le premier producteur de véhicules propres en Europe » - a depuis été confirmé avec l'annonce en octobre dernier du plan d'investissement France 2030. Celui-ci prévoit la production de près de 2 millions de véhicules électriques et hybrides en France d'ici les dix prochaines années.

 

Depuis plus d’un an, le gouvernement a activé le levier de la consommation, à travers un bonus écologique renforcé et une prime à la conversion étendue aux ménages dont les revenus sont inférieurs à 18 000 euros par an. Du côté des constructeurs, les différents plans de sauvetage et l’investissement public dans l’innovation visent à inciter les grandes marques du pays à intensifier leur production de véhicules électriques au cours des prochaines années, si bien que PSA et Renault ont déjà pris de forts engagements en ce sens.

 

Au-delà du cadre national, l’annonce du pacte vert pour l’Europe par la Commission européenne en juillet 2021 est également une avancée encourageante. Y figure la décision que toutes les voitures neuves immatriculées à partir de 2035 seront des véhicules à émissions nulles. Les projets d’électrification pour la prochaine décennie sont donc en marche en France. Toutefois, leur pleine réalisation est conditionnée par le développement des infrastructures requises. Ainsi, pour prédire la croissance du véhicule électrique, la question de la borne de recharge, de son installation et de son utilisation s’impose.

 

Sans un réseau de bornes de recharge robuste, pas de croissance 

 

Les conducteurs de véhicules électriques auront besoin d'un nombre suffisant de bornes de charge, disponibles aux bons endroits et aux bons moments, pour pouvoir se déplacer sans encombre : cette affirmation peut sembler triviale dans sa logique ; pourtant, elle est essentielle si l’on veut atteindre les objectifs d'électrification du parc automobile fixés en France à l'horizon 2030.

 

Pour ce faire, il faut consolider les infrastructures censées soutenir l'électrification de la mobilité. D'un point de vue quantitatif, si les ventes de voitures électriques augmentent fortement en France, on constate que le nombre de bornes de recharge ne progresse pas aussi vite qu'il le devrait. En novembre 2021,  51 243 bornes étaient disponibles, et l'objectif de 100 000 n’a donc pas été pas atteint à la fin de l'année. Et d'un point de vue qualitatif, on constate que l'accès à une borne de recharge rapide est encore trop rare. Face à cette situation, les pouvoirs publics ne sont pas les seuls à pouvoir agir. Les entreprises et l'ensemble du secteur immobilier doivent investir massivement dans l'installation d'infrastructures de recharge pour faciliter la recharge au travail et à domicile.

 

Actuellement, 31 % des conducteurs européens voyagent avec deux cartes de recharge

 

Outre le renforcement quantitatif et qualitatif des infrastructures, il est également nécessaire de promouvoir la recharge intelligente. En connectant les bornes de recharge à une plateforme en ligne, elle donne accès à de nouveaux services. Le transfert de données en temps réel, par exemple, permet d'optimiser la quantité d'énergie à fournir à un véhicule électrique connecté et ainsi de réduire la pression sur l'ensemble du réseau. 64% des Français estiment que la recharge intelligente favoriserait une adoption plus large des véhicules électriques. Ce besoin concerne aussi bien les conducteurs professionnels que les particuliers. Pour les entreprises, l'installation de telles bornes permettrait non seulement de soutenir l'électrification des transports, mais aussi d'offrir des avantages significatifs aux employés, notamment ceux qui n'ont pas la possibilité de recharger leur véhicule à domicile. À domicile, la recharge intelligente peut intégrer des sources d'énergie renouvelables telles que des panneaux solaires, ou reconnaître automatiquement le véhicule sans avoir besoin d'une carte ou d'une application.

 

Enfin, l'interopérabilité des bornes est essentielle afin de rendre l'expérience de recharge plus accessible à tous les utilisateurs, pour garantir que les réseaux fonctionnent à pleine capacité et pour soutenir la croissance du marché des VE. Actuellement, 31 % des conducteurs européens voyagent avec deux cartes de recharge, tandis que 36 % préfèrent une carte de recharge unique acceptée à toutes les bornes de recharge publiques. Ce taux est certes en baisse, mais trop lentement, car pour une expérience de charge optimisée, une seule carte pour accéder à toutes les bornes publiques devrait suffire. Il incombe donc aux propriétaires des infrastructures correspondantes de prendre les mesures nécessaires pour garantir l'accès au réseau à tout opérateur de mobilité qui en fait la demande.

 

A lire aussi : Le nombre de points de recharge publics a bondi de 53 %

 

La croissance prévue du véhicule électrique est donc à la théorie ce que l’infrastructure de recharge est à la pratique. Si le réseau de bornes de recharge n’est pas rapidement consolidé au même rythme que l’expansion du marché de l’électrification, la dynamique observée en France depuis une décennie et accentuée par la crise pandémique pourrait se voir freinée. Pour éviter cet écueil, il convient d’investir massivement dans l’installation de bornes de recharge rapides, intelligentes et interopérables. Toutefois, tout point de charge fonctionnant sur la base d’un réseau, le seul cadre national ne suffira pas à déployer l’effort nécessaire au renforcement de l’infrastructure. Une coordination européenne axée sur la mobilité et l’électrification est en ce sens vitale.

 

[1] Source : Avere-France (Association nationale pour le développement de la mobilité électrique), avere-france.org, décembre 2020

[2] Source : Plus verte et plus compétitive : notre plan de soutien à la filière automobile, www.elysee.fr, mai 2020

Partager :

Sur le même sujet

Laisser un commentaire

cross-circle