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Les centres de lavage, une profession sinistrée

Publié le 20 septembre 2022

Par Marc David
8 min de lecture
Non reconnues d'utilité publique par l'administration en dépit de leur rôle actif en matière de dépollution des véhicules, les stations de lavage subissent de plein fouet la stricte application du nouveau Guide Sécheresse élaboré l'an passé.
Concerné comme l'ensemble de la profession, le réseau Wash a mis un point d'honneur à respecter les arrêtés préfectoraux. Ici, une station de la région parisienne.

Tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes dans le secteur du lavage, loin s'en faut. Sans donner dans le catastrophisme, la situation quelque peu désespérée et pour le moins préoccupante, y compris pour l'avenir, vient d'amener les principaux acteurs du secteur, équipementiers, distributeurs et exploitants, à se réunir en urgence dans les locaux de Mobilians à Meudon (92). Mobilians, qui avait déjà tenté de sensibiliser la presse par le biais d'un communiqué officiel en date du 22 août. Le contexte ?

 

Deux dates assez parlantes. Au 05 août 2022, selon Propluvia, 93 des 96 départements que compte le territoire étaient placés en alerte sécheresse et faisaient l'objet de restrictions d'eau. Dans le détail, quatre départements se trouvaient en état d'alerte, 23 en alerte renforcée et 66 en état de crise. Seuls Paris, les Hauts-de-Seine et la Seine Saint-Denis se trouvaient en état de vigilance, soit le 1er seuil sur l'échelle. Le 16 août, si le plan sécheresse concernait toujours 93 départements, la situation était loin de s'arranger avec 10 départements de plus en état de crise (contre 16 en alerte renforcée).

 

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Conséquence directe, des stations de lavage fermées ou fonctionnant au minimum, victimes de la stricte application du nouveau Guide Sécheresse. Concrètement, si 80 % des points de lavage se voyaient concernés par des mesures de restriction d'eau, Jean-Luc Cottet, président de la commission Lavage au sein de Mobilians, parlait à ce moment d'un volume "à minima" de 15 % à 20 % de stations fermées sur l'ensemble du territoire, soit 1 200 à 1 600 stations sur les 8 000 recensées du côté des professionnels.

 

"Difficile d'établir un état des lieux précis car la situation évolue tous les jours", tenait-il à préciser. Une évolution dans le mauvais sens, malheureusement ! Également concernées par les arrêtés, bon nombre de stations-services traditionnelles ayant une activité de lavage (évaluée en moyenne à 40 % du CA, proportion pouvant atteindre 80 % pour certains indépendants), soit 6 000 recensées par Mobilians.

Des arrêtés renouvelables en fonction de l'évolution

 

Mais bien sûr, tout dépend des régions. En effet, au contraire des Hauts-de-France, du sud-est (y compris l'Ile de Beauté !) voire de l'Ile-de-France relativement épargnées, la majorité des régions du Grand Ouest, à savoir la Vendée, le Morbihan, l'Ille-et-Vilaine et la Manche, se sont vus frappés de fermeture administrative à 85 %. Chez Lavance, qui exploite 350 stations sous la marque Superjet, stations assez bien réparties sur le territoire, près de 60 % d'entre-elles avaient portes closes au 22 août, chiffre porté à 70 % aujourd'hui. Autre exemple significatif, celui d'Eléphant Bleu. Si 300 centres se voyaient concernés par des arrêtés sécheresse, une quarantaine d'entre eux ont fermé leurs portes fin août, chiffre porté à 96 au 15 septembre, soit 22 % du réseau (450 centres). Un pourcentage auquel se situerait aussi, apparemment, le réseau Wash de TotalEnergies, qui compte 1 100 centres.

 

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Pour ce qui concerne les arrêtés, renouvelables en fonction de l'évolution de la situation (avec à la clé un allègement ou au contraire un durcissement des mesures), il faut savoir que certains peuvent courir jusqu'à fin octobre, voire même jusqu'au 30 novembre, comme c'est le cas pour le Calvados (passé en état de crise le 28 août). Comme le soulignait Mobilians dans son communiqué du 22 août, "aucune activité ne peut survivre à un tel traitement, qui plus est sans aucun accompagnement et concertation de la part de l'Etat".

 

Raison pour laquelle une étude d'un dispositif d'aide à moyen et long terme a été lancée, sans parler de l'objectif de sensibiliser le ministère de la Transition écologique sur l'usage de l'eau. Maintenant, pour ce qui concerne les applications des arrêtés sur le terrain, celle-ci relève du cas par cas. Leur compréhension s'avère complexe, débouchant souvent sur des situations incohérentes, au grand dam des exploitants et même des usagers. Jean-Luc Cottet parlait même de "cacophonie". "La cacophonie, occasionnée par la publication désorganisée des arrêtés, provoque incompréhension avec un lourd impact sur l'activité", martelait-il.

Une baisse d'activité y compris dans les centres ouverts

 

Pire, selon Fabrice Collet, directeur commercial & marketing de WashTec France SAS, même les stations qui ont pu rester ouvertes connaissent une baisse d'activité de l'ordre de 20 à 30 %. "La conséquence d'une mauvaise image du lavage, véhiculée aussi par certains médias", note-t-il.

 

Reste que, pour les autres, le manque à gagner se révèle conséquent d'autant qu'un portique permet de dégager un CA deux fois supérieur à celui d'une piste HP. Exemple typique, le Morbihan. Propriétaire de quatre stations sur le pays vannetais sous l'enseigne Prop'Auto, Christophe Couderc n'a pu conserver au départ, soit au seuil d'alerte renforcée, qu'une seule piste de lavage ouverte à tous. Autrement dit, déjà à ce stade, interdiction d'utiliser les portiques à brosses. Puis, lors de la publication de l'arrêté de crise le 12 août, la situation se complique encore puisque la même piste de lavage HP était désormais réservée aux véhicules prioritaires et sanitaires.

 

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Une situation incompréhensible, dans la mesure où notre homme, plutôt visionnaire, n'a pas hésité à investir dans des unités de recyclage il y a déjà une bonne quinzaine d'année.

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"Quand on sait que l'investissement dans une unité de recyclage se situe au global entre 80 000 et 120 000 € selon la taille de la station, on peut légitimement s'interroger sur le bien-fondé de la démarche au vu de la situation aberrante à laquelle nous sommes confrontés, se désespère Christophe Couderc. En outre, recyclage ou pas recyclage, les centres de lavage ne sont pas des grands consommateurs d'eau, contrairement à ce que l'on fait croire au grand public. En plus, nous participons à une écologie durable".

 

A l’instar de cette station Eléphant Bleu, bon nombre d’exploitants n’ont pu garder qu’une seule piste HP ouverte. Mieux que rien.

Un point également mis en relief par Bertrand Heurtaux, président la société éponyme, et Jean-Christophe Rogez, responsable du réseau de franchise Éléphant Bleu. "Même en l'absence de recyclage, nos stations de lavage restituent dans le réseau d'eau potable 95 % de l'eau que nous utilisons, après un traitement adapté, souligne ce dernier. Et de toutes façons, le lavage ne représente que 0,2 % de la consommation d'eau sur le territoire".

 

Pour Patrick Koenig, le directeur commercial de Christ, les arrêtés sécheresse ont été mis en place "à l'arrache", faisant fi des stations équipées de recyclage. "En matière de sécheresse, l'Allemagne a rencontré la même problématique qu'en France mais aucune station n'a dû fermer, souligne-t-il. Il faut dire que le recyclage est obligatoire à 90 % (hormis les sites de lavage à faible consommation tel un portique installé chez un agent de marque) et le sujet est bien rentré dans les mœurs, au contraire de la France qui a toujours un peu de mal à se structurer à ce niveau".

Défendre le côté vertueux des stations

 

Des arguments que ne dément pas le représentant d'une autre société germanique, à savoir Kärcher. Pour Giovanni Barret, chef de produit au sein du département marketing de Kärcher France, le recyclage est la principale solution pour permettre aux professionnels de poursuivre leur activité dans un cadre environnemental contrôlé. "Nous évoquions cette problématique depuis plus de 10 ans et aujourd'hui, les décisions administratives ont été prises dans l'urgence, sans aucune distinction", regrette-t-il.

 

Certes, mais le problème est complexe car pour les uns, imposer le recyclage reviendrait à condamner irrémédiablement les petits exploitants indépendants, au vu des coûts engendrés. En outre, il est plutôt recommandé pour une station neuve. Sans doute vaut-il mieux vaut défendre le côté vertueux des stations auprès des Pouvoirs publics en s'appuyant sur le fait qu'un lavage en station permet de récupérer 360 grammes de polluants par véhicule, dont 20 % d'hydrocarbures. Une chose est certaine, l'avenir du secteur est en jeu.

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