Coup de frein des investissements dans la mobilité électrique

Les transports ne stimulent plus autant les investisseurs. Pour la seconde année consécutive, les montants et le nombre de levées de fonds dans le secteur se sont fortement contractés, selon le dernier rapport de l’Observatoire des start-up de la mobilité, dévoilé le 14 avril 2026. L'an passé a été marqué par des baisses de 41 % en valeur et de 21 % en volume.
Si l’année 2025 semble confirmer l’entrée du marché dans une phase de maturité, caractérisée par un ralentissement des dynamiques de financement, on peut également lire dans ces résultats un véritable coup de frein pour l’électrification.
Après deux années record en 2022 et 2023, les start-up issues de cet écosystème souffrent vraisemblablement d'un désintérêt durable des investisseurs. Les montants levés par les jeunes pousses de ce secteur ont ainsi chuté de 41 % l'an dernier.
Autre chiffre évocateur : depuis deux ans, moins de 50 % des levées de fonds sont liées à l’électrique, ajoute l’Observatoire. Un signal fort alors même que ce segment avait été au cœur de l’attractivité du secteur.
Le rapport met notamment en lumière la diminution des investissements dans l'écosystème batteries. Un retournement notable alors que, il y a encore peu de temps, elles étaient présentées comme un moteur de croissance pour les années à venir. "On espère que les batteries seront l’un des prochains facteurs de croissance", souligne-t-on au Moove Lab, qui supervise cette étude.
Des ambitions restées sans suite pour la transition
Ce constat contraste avec les ambitions affichées un an plus tôt. Dans son précédent rapport, l’Observatoire présentait 2025 comme une année charnière.
"Il faut désormais accompagner le changement d’habitude et stimuler la demande de véhicules électriques pour réussir cette transition", expliquait Julie Sadaka-Entringer, directrice du pôle solutions de mobilité et responsable du Moove Lab chez Mobilians. Le marché semblait alors atteindre une forme de stabilisation après une période d’hypercroissance.
Or, la dynamique actuelle traduit davantage un ralentissement, en particulier sur l’électrique. Le marché semble entrer dans une nouvelle phase, marquée par une transformation structurelle.
Cette évolution s’inscrit toutefois dans un contexte plus large de recul des levées de fonds, qui dépasse le seul secteur de la mobilité.
Des freins structurels et réglementaires
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette baisse de régime. Parmi eux, des variations réglementaires croissantes au niveau européen. Le 17 décembre 2025, Bruxelles a en effet assouplit la trajectoire de baisse des émissions de CO2 pour les constructeurs automobiles en 2035, en autorisant jusqu'à 10 % d’émissions résiduelles après 2035, tout en envisageant de nouvelles dérogations pour certaines technologies hybrides.
Ces incertitudes, combinées à des contraintes structurelles persistantes sur le marché, contribuent à refroidir les projets d'investissement dans l’électrification et à redessiner les priorités du secteur.
Le nombre de start-up en légère baisse
En parallèle, le nombre de start-up nouvellement créées diminue, signe d’un environnement devenu plus exigeant. Les investisseurs se montrent plus sélectifs vis-à-vis des entrepreneurs, privilégiant des modèles économiques jugés plus robustes et des perspectives de rentabilité plus claires.
Cependant, cette dynamique n’est peut-être que passagère, si l’on en croit les témoignages des start-up elles-mêmes. En effet, l’enquête de l’Observatoire auprès des entrepreneurs français révèle toujours une forte confiance dans le secteur de la mobilité pour 2026.
Ils font le constat d’un "écosystème qui s’améliore". 53 % des sondés estiment que leur situation s'est améliorée et 71 % affirment avoir soutenu une politique de recrutements en 2025. Un optimisme qui devra désormais se traduire dans les faits pour espérer relancer un marché de l’électrique encore en manque de traction.
Par Louna Pioche-Catel
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