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Distribution

Groupe Bodemer : la mise en condition

Publié le 23 juin 2021

Par Gredy Raffin
9 min de lecture
Véritable mastodonte de la distribution dans le Grand Ouest, le groupe Bodemer, qui a juré fidélité à l’Alliance Renault‑Nissan, achève la construction d’une usine VO.
L'usine de reconditionnement de Bruz permettra à terme de traiter près de 18 000 véhicules d'occasion par an.

 

En dépassant le panneau pré­venant de l’entrée dans la ville, le chauffeur du VTC ré­sume de manière simpliste Bruz (35) à "une zone industrielle avec des habi­tations ". Les indications de direction vers le site de production de Stellan­tis dans les carrefours précédents ne sauraient le contredire. Cette cité de la banlieue de Rennes est cadencée par les grandes entreprises.

 

Et dans le brouillard de l’an­née 2020, est sortie une nouvelle usine automobile sur ce territoire. Les camions n’y acheminent pas des composants pour les transformer en produits finis, mais des véhicules roulants en quête d’une nouvelle jeunesse. C’est, en effet, à Bruz que le groupe Bodemer a décidé d’ou­vrir son centre de reconditionne­ment. Révélé médiatiquement au cours du mois de janvier précédant le tout premier confinement natio­nal, il aurait pu ne jamais exister si le distributeur breton avait pris la décision en comité de direction de geler l’investissement, faute de visibilité sur les pertes qu’allait en­gendrer la crise. Au contraire, il a si­gné et persisté. Un choix stratégique dont se félicite Manon Daher, la fille d’Alain Daher, le président, qui s’est vu confier le développement du pro­jet. Malgré la crise, l’usine a été bâ­tie et des concessions Nissan ont été rachetées à Brest et Quimper (29). Le groupe Bodemer n’a rien lâché.

 

Jusqu’à 18 000 véhicules par an

 

Sous forme de contrat de location, l’opérateur exploite un terrain de 28 700 m² sur lequel se trouve un bâtiment de 6 200 m²."Dans son ancienne vie, il s’agissait d’une scierie qui a été abandonnée et que les gens du voyage occupaient fréquemment", nous raconte‑t‑on l’histoire du lieu. Sur le parking extérieur, 600 places de stationnement ont été tracées au sol et des barrières d’accès s’ouvrent au rythme de l’arrivée des camions, depuis que le site a vu le jour en toute discrétion en décembre dernier. En cet après‑midi du mois de mai, le centre de reconditionnement est plutôt calme. Seules les activités de la concession Renault de Saint‑Brieuc (22) et de la plateforme Web Brio­car alimentent en tâches la quin­zaine d’employés présents sur site. Le temps de roder la machine. D’autres concessions, dont celle de Vannes (56), enverront prochaine­ment leurs véhicules à traiter. En près de six mois, Bodemer est passé d’une centaine d’unités mensuelles à 375 environ. La première année doit ame­ner à reconditionner 2 400 véhicules, alors que le potentiel de l’infrastruc­ture est évalué à 15 000 ou 18 000 au­tos pour plus de 100 salariés.

 

En fait, des artisans et des techni­ciens interviennent encore. Ici, ils déplacent des barrières pour faci­liter les manoeuvres des camions à la sortie. Là, ils abaissent la hau­teur des éclairages pour soulager les yeux du contrôleur de qualité. Un ajustement pour adapter le sché­ma théorique appliqué à la réalité opérationnelle. Et Manon Daher de décrire la gouvernance : "il n’y a pas d’équipe dirigeante, nous fonction­nons en mode projet et toutes les voix comptent."

 

Le schéma de circulation se veut assez logique. Les concessions com­mandent un retrait de véhicule. Une fois le volume suffisamment conséquent, Moveecar, la filiale du groupe Gefco avec qui le groupe Bo­demer est en accord, dépêche un ca­mion qui transportera les VO vers le centre."Nous avons établi des lignes de navettes qui ont 3 à 4 concessions sur leur trajet menant à l’usine", explique la responsable du déve­loppement de la structure. L’un des premiers effets de ce système sera de raccourcir nettement les délais. Avant son entrée en service, les vé­hicules "patientaient " en moyenne 75 jours sur le parc, avant d’être pris en charge par les équipes de l’atelier qui privilégiaient naturellement les heures facturées. Le lead time tom­bera à 15 jours, transport compris. Deux mois de portage financier et de dépréciation d’économisés. En plus, il faut noter qu’une fois arrivés au centre, les véhicules sont lavés et pris en photos pour éditer sans plus attendre une fiche et amor­cer la commercialisation sur les sites BodemerAuto ou Briocar en fonc­tion de l’origine.

 

Ensuite, parcours classique : expertise complète, com­mande de pièces, réparation mé­canique puis esthétique, avant une étape de vérification et de prépara­tion à l’exposition, puis une séance de shooting dans une cabine fournie par CarLab."Le groupe Bodemer fonctionne avec des référents VO et tous ont participé à l’élaboration d’une grille d’intervention, explique Ma­non Daher. Ainsi, notre responsable d’expertise fonctionne avec une mé­thode unifiée. Il peut commander les travaux et les pièces sans nécessiter de validation par les chefs VO. " Efficace en termes de rapidité d’exécution. Dès lors, une autre entreprise du groupe est sollicitée. La plateforme de pièces de rechange multimarques de Saint‑Caradec (22) traite les de­mandes et livre l’usine deux fois par jour. À terme, il y aura quatre boucles quotidiennes."Les écono­mies ne doivent pas se faire à l’usine, mais dans le compte d’exploitation de nos concessions, soutient la cadre du groupe. Nous devons garder en tête que nous sommes à leur service. " Le seuil de rentabilité est estimé à 5 500 unités par an. Le groupe à lui seul générant 9 000 immatricula­tions de VO annuelles, la courbe de croissance n’est donc pas un sujet. Toutefois, le centre va chercher à attirer des clients. Les cibles priori­taires ne seront pas forcément celles que l’on croit.

 

"Ouvrir le champ des possibles"

 

Certes, les concessionnaires alentour pourront solliciter les services du groupe breton, mais celui‑ci envi­sage, dans un premier temps, de dé­marcher les opérateurs de mobilité de toutes sortes. Des loueurs longue durée parmi les plus importants du paysage viennent visiter les locaux pour étudier l’opportunité. "Le marché est assez large pour plu­sieurs acteurs, se dit convaincue Ma­non Daher, mais il ne faudra pas traî­ner pour ne pas rester dans le peloton."

 

Passée par la Diac qu’elle a quittée pour rejoindre la Bretagne en jan­vier 2020, elle représente un nou­veau type de profils dans le monde de la distribution, plus alerte sur les questions de nouvelles mobilités. Quand la direction bicéphale s’est mise en place sous la coupe d’Alain Daher, Thibaud Carissimo a héri­té de BodemerAuto et par consé­quent de la supervision du réseau de concessions Renault, Dacia et Alpine, ainsi que des centres logis­tiques de pièces de rechange, tandis que Manon Daher a pris les rênes de Bodemer Développement, la verticale dont la mission consiste à accélérer l’émergence de Nissan et à conduire le groupe sur de nouveaux terrains d’expression. Briocar en a été le fruit par le passé. L’usine est une illustration plus récente de sa ca­pacité d’innovation. D’autres projets innovants suivront.

 

Il n’en saurait être autrement dès lors que Bodemer Développement prête attention à toutes les formes locatives et que son équipe de R & D va jusqu’à étudier l’intégration du rétrofit électrique, en plus de nouer des partenariats techniques. En ma­tière de conversion de véhicules, le groupe Bodemer a pris des contacts avec Phoenix Mobility, la société membre de l’AIRe (association des spécialistes du rétrofit), qui propose une gamme de kits de conversion pour les utilitaires légers. Un moyen pour le distributeur breton d’offrir des solutions aux TPE et PME sur ses marchés. Une piste rendue d’au­tant plus pertinente par la récente étude de l’Ademe. Publiée en mai, elle crédite ce débouché d’une cer­taine légitimité économique. Les uti­litaires d’artisans, c’est‑à‑dire ceux dont le coeur de la valeur ne réside pas dans la motorisation, présentent un intérêt à se convertir à l’électrique pour poursuivre leur cycle de vie à moindre coût d’utilisation.

 

Plus proche dans le temps, Bode­mer Développement souhaiterait conclure un partenariat avec Mo­bility Tech Green, la société bien connue des gestionnaires de flotte. Quoi de plus évident ? D’un côté, le concessionnaire et son accès aux vé­hicules, de l’autre, un fournisseur de technologies de connectivité." Alors, nous allons ouvrir le champ des pos­sibles, apprécie déjà Manon Daher. De nouveaux modèles économiques et services pourront éclore."

 

Dans la même veine, la société Clem’ est en­trée dans l’écosystème du groupe de distribution qui se fera un des relais de la solution d’autopartage avec des véhicules électriques en petite flotte. Qui mieux qu’un concession­naire d’envergure régionale connaît davantage les besoins de mobilité des citoyens ? Quel meilleur partenaire qu’un groupe qui traite en perma­nence avec les municipalités pour la gestion de patrimoine immobilier ? L’ancienne collaboratrice de la Diac a toutes les cartes en main." La ren­tabilité ne doit pas être espérée à court terme. Ce sont des projets qui font l’ob­jet de relations longues, rappelle‑t‑elle. Nous faisons preuve d’humilité, car nous sommes en phase d’apprentissage. Il nous appartient de rester au contact des besoins, de tester des réponses et de pivoter pour échapper à l’inertie ", soutient celle qui estime avoir la taille critique pour se lancer dans une telle aventure et qui dispose d’un budget annuel de 1,5 million d’euros pour financer les ressources humaines, le support logiciel et les équipements.

 

Hors frontière

 

Il y a les concessions. Ce lien fort et indéfectible avec les construc­teurs de l’Alliance Renault‑Nissan. Cet ancrage dans la région bretonne renforcé par des acquisitions et des nouvelles constructions, comme à Lorient (56) (JA 1 296). Et il y a Bodemer Développement, cette part d’affranchissement dont tout investisseur a désormais besoin pour mener des projets. Un sen­tier qui conduit à d’autres régions. Il est aisé de mentionner Briocar et son rayonnement hexagonal pour la vente de véhicules d’occasion. Mais, dans le groupe, BLC Automo­tive fait également figure de marque nationale. Reprise à Joël Blevin, en 2014, cette enseigne de services de location longue durée a participé à l’élargissement des frontières. Hormis celle de Bruz, les quatre agences ou­vertes ont, en effet, servi à implanter Bodemer dans des villes inexplorées avec les concessions de : Caen (14), Nantes (44), Angers (49) et Bor­deaux (33). BLC Automotive pour­rait aussi ouvrir le modèle commer­cial. En coulisses, l’entité planche sur des formules de consommation par souscription. Encore une preuve de l’alignement sur les tendances.

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