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Succession de Carlos Tavares : les dessous d'une opération à hauts risques

Publié le 15 février 2024

Par Nabil Bourassi
4 min de lecture
Le patron du groupe Stellantis est prêt à nommer un successeur en vue de la fin de son mandat prévue en 2026. Pour les marchés qui capitalisent beaucoup sur le bilan de Carlos Tavares, cette question est hautement stratégique. En réalité, le PDG n'exclut pas de rempiler pour cinq ans.
succession Carlos Tavares Stellantis
Carlos Tavares a levé le tabou sur sa succession. ©Stellantis

Alors qu’il s’apprête à fêter les dix ans de sa prise de poste comme PDG de PSA, depuis devenu Stellantis à la faveur d’une fusion géante avec Fiat Chrysler, Carlos Tavares a décidé de ne pas faire de la question de sa succession, un tabou.

 

D’après des informations relayées par Les Echos, Carlos Tavares, dont le mandat s’achève en 2026, confie en aparté à qui veut l’entendre, être prêt à proposer au conseil d'administration, une liste de cinq noms de personnes qu'il juge aptes à lui succéder. À l’occasion des résultats financiers présentés jeudi 15 février 2024 aux journalistes, le patron a confirmé que cette question n’était pas un tabou et qu’il statuerait définitivement en juillet 2025 lors des résultats semestriels.

 

Les statuts de Stellantis n'interdisent pas un nouveau mandat

 

Le patron d’origine portugaise qui a construit sa réputation en redressant de manière spectaculaire PSA avant de faire de Stellantis une incroyable cash machine (13 % de marge opérationnelle, plus de 12 milliards d’euros de cash-flow, 18 milliards d’euros de bénéfice…), n’a cependant pas exclu sa propre candidature. En interne, on indique que rien dans les statuts n’empêche Carlos Tavares, qui aura 67 ans en août 2026, de se représenter pour un mandat de cinq ans.

 

Un cadre rappelle sournoisement que Jean-Dominique Senard a rempilé pour un nouveau mandat à l’âge de 70 ans à la présidence de Renault… Sauf que le mandat de l’ancien patron de Michelin est de deux ans seulement et que les statuts l’empêcheront de le renouveler en raison de la limite d’âge.

 

A lire aussi : Stellantis : des résultats excellents malgré l'impact de la grève aux États-Unis

 

Pour les investisseurs, la question de la succession de Carlos Tavares n’est pas un détail. Ils octroient un crédit massif à la personnalité de ce capitaine d’industrie dont le bilan fait l’unanimité. Le PDG a su bâtir un géant mondial de l’automobile après avoir redressé un PSA proche de la faillite, et réussi à faire gagner de l’argent à Opel devenu un véritable tonneau des Danaïdes pour son ancien propriétaire, General Motors (19 milliards de pertes en 15 ans). Ils estiment qu’une succession ratée fait courir un risque opérationnel et un aléa stratégique important. Une telle incertitude pourrait ainsi peser sur le cours de l'entreprise sur les marchés financiers qui sont particulièrement échaudés par un secteur automobile en pleine transformation (électrification, connectivité, concurrence exacerbée de nouveaux acteurs chinois…).

 

L'Italie plaide pour un patron proche de ses intérêts industriels

 

Sans parler des problématiques politiques. Par son autorité naturelle et fort de son bilan, Carlos Tavares était ainsi parvenu à mettre en sommeil les divergences d’intérêts entre les actionnaires français et italiens. Mais il est probable que les deux parties tenteront de basculer de leur côté le centre de gravité des intérêts industriels de Stellantis à la faveur de cette succession.

 

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Les Italiens, par exemple, estiment que Stellantis a défavorisé l’Italie dans ses arbitrages industriels. Le gouvernement de Giorgia Meloni, extrêmement véhément à l’endroit de Carlos Tavares, met ainsi la pression sur la famille Agnelli, premier actionnaire du groupe (14 % du capital), pour réparer ce qu’elle juge être un déséquilibre inacceptable.

 

Le précédent malheureux de Carlos Ghosn

 

En abordant la question de sa succession sous une apparente sérénité, Carlos Tavares se distingue très nettement de son ancien mentor, Carlos Ghosn dont il était le numéro deux chez Renault jusqu’en 2014. L’ancien patron de l’Alliance Renault-Nissan avait fait de cette question davantage qu’un simple tabou. Il en avait fait un véritable chantage au gouvernement français puisqu’il assurait que sans lui, l’allié japonais plierait bagage, une perspective inenvisageable pour l’avenir de Renault.

 

Mais les investisseurs, eux, ne le voyaient pas de cet œil, et les notes d’analystes étaient nombreuses à s’inquiéter du risque d’un Carlos Ghosn devenu incontournable et irremplaçable, et qui refusait de nommer un successeur. Cette situation a conduit à la catastrophe de son arrestation spectaculaire au Japon, et a fait plonger Renault dans une profonde et périlleuse crise managériale et financière.

 

Un legs à l'histoire de l'industrie automobile

 

Carlos Tavares joue ainsi la carte de la transparence sur l’agenda de son mandat. Mais, l’individu connu pour son esprit de compétition, pourrait justifier un nouveau mandat pour aller jusqu’au bout de son plan Dare Forward 2030 qu’il juge être un legs à l’histoire de l’industrie automobile mondiale et dont le succès (ou l’échec) portera assurément le sceau de son nom.

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