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Constructeurs

Mégafusion Stellantis : gros coup ou coup de bluff de Carlos Tavares ?

Publié le 2 février 2024

Par Nabil Bourassi
4 min de lecture
Le patron du groupe Stellantis a dit réfléchir à une mégafusion en regardant du côté de General Motors, Ford ou même Renault. Il s'agirait selon lui de répondre au risque de "bain de sang" qui menace l'industrie automobile victime d'une impitoyable guerre des prix. La réalité est peut-être plus compliquée...
Stellantis Carlos Tavares mégafusion
Carlos Tavares craint que les constructeurs occidentaux ne survivent pas à la guerre des prix intentée par les marques chinoises. ©Stellantis

Carlos Tavares est coutumier des sorties fracassantes… Le patron de Stellantis a encore frappé hier dans une interview à Bloomberg où il s’est dit prêt à opérer une mégafusion avec un General Motors, un Ford voire… un Renault ! Cette annonce est spectaculaire à plus d’un titre. D’abord, il s'agirait d’une des plus grandes fusions de l’histoire de l’industrie automobile. Stellantis, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 180 milliards d’euros en 2022, pourrait agréger celui d’un General Motors ou d’un Ford (145 milliards d’euros chacun) et dépasser le numéro un mondial, Toyota (240 milliards d’euros).

 

Elle rebattrait totalement les cartes de cette industrie et pousserait le secteur à plus de consolidation. Mais sa mise en œuvre sera longue et douloureuse… Sur les trois options évoquées, les doublons sont nombreux et les positions dominantes en cas de fusion poseraient d’inévitables cessions (parfois rédhibitoires).

 

Aux États-Unis, cette hypothétique nouvelle entreprise disposerait d’une position ultradominante sur les pick-up, que ne saurait tolérer le législateur (ou le marché puisque c’est un des principaux pourvoyeurs de profits de Stellantis). Avec Ford, ce serait encore pire puisque la marque à l’ovale bleu est présente en Europe dans les utilitaires, segment sur lequel Stellantis dispose déjà d’une forte part de marché.

 

Délais impossibles pour Tavares

 

Sans parler des mesures de protectionnisme gouvernementales. L’État français laisserait-il Renault se dissoudre dans un Stellantis hostile ? Sans parler de tous les doublons qui se traduiraient immanquablement en suppressions d’emplois massives…

 

En d’autres termes, le scénario d’une mégafusion implique des enjeux colossaux dont la mise en œuvre pourrait prendre de nombreuses années… Sauf que Carlos Tavares ne dispose pas d’un tel délai puisque son mandat se termine dans deux ans.

 

En réalité, le patron de choc de Stellantis poursuit sa campagne médiatique sur le fameux "tapis rouge" que les Européens auraient dressé au profit des constructeurs automobiles chinois. Selon lui, les conditions de la transition énergétique et le rythme imposé par Bruxelles (Euro 7, fin des moteurs thermiques…), ne profitent qu’aux marques chinoises qui débarquent massivement en Europe. En France, MG s’est déjà accaparé près de 2 % du marché, et vise les 5 % à terme.

 

Tandis que BYD, ou encore Chery affichent leurs ambitions. Même la fin des subventions d’achat sur les voitures électriques produites en Chine ne suffit pas, puisque les marques chinoises sont tellement compétitives qu’elles sont capables de prendre à leur compte l’équivalent de cette subvention.

 

Un insolent écart de compétitivité

 

"Il y aura un bain de sang dans l’automobile", a récemment encore lancé Carlos Tavares qui juge que les marques occidentales ne survivraient pas à la guerre des prix intentée par les marques chinoises, fortes d’un insolent écart de compétitivité. Le Portugais est d’autant plus critique qu’il juge que les autorités chinoises, elles, ont su verrouiller leur marché aux marques étrangères. Ce qui l’a contraint à quitter ce marché en 2022 avec le départ de Jeep, suivi en 2023 par la cession des JV Peugeot et Citroën.

 

Mais il n’est pas dit que son idée de mégafusion suffise à pallier cet écart de compétitivité. Le mastodonte ainsi créé pourra revendiquer des économies d’échelles et des synergies industrielles conséquentes, mais perdra en agilité opérationnelle. Ce serait un vrai problème face à des marques chinoises qui ne sont pas seulement bon marché, mais également extrêmement souples et réactives avec des produits ciblés et connectés, et des gammes régulièrement renouvelées.

 

D’ailleurs pour ceux qui se souviennent du redressement de PSA par le même Carlos Tavares en 2014, il n’avait alors qu’un mot à la bouche : "l’agilité".

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