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Constructeurs

Louis-Carl Vignon, Ford France : "Les modèles Flexifuel représenteront 50 % de notre mix"

Publié le 25 octobre 2021

Par Christophe Bourgeois
6 min de lecture
Malgré des immatriculations en baisse depuis le 1er janvier, Ford est très confiant sur l’année 2021 avec un carnet de commandes en progression de 15 % sur un an, porté notamment par le biocarburant et l'utilitaire. Rencontre avec Louis-Carl Vignon, président de Ford France.
Louis-Carl Vignon, président de Ford France (©Photo Germain Hazard / DPPI)
Louis-Carl Vignon, président de Ford France (©Photo Germain Hazard / DPPI)

Le Journal de l’Automobile. Quel bilan tirez-vous de ces trois premiers trimestres ?

Louis-Carl Vignon. Ford fait face à un bilan très contrasté. D’un côté, le réseau enregistre un excellent niveau de commandes ; il est en progression de 15 % par rapport à 2020. De l’autre, à cause de la pénurie des semi-conducteurs, nos immatriculations ont reculé. Nous notons effectivement une baisse de 13,9 % sur les neuf premiers mois de l’année, ce qui représente 35 328 immatriculations. Outre la pénurie mondiale, nous avons été tout particulièrement impactés par deux situations exceptionnelles : l’incendie de l’usine de semi-conducteurs Renesas au Japon au printemps dernier et la fermeture de site d’un fournisseur en Malaisie pour cause de Covid-19 en août. Le premier incident a eu un impact sur la production de Fiesta, Focus et sur le VU tandis que le second en au aussi sur la Fiesta.

 

J. A. Cela a-t-il un impact sur les délais de livraison ?

L.-C. V. Cela dépend des modèles. Pour un Kuga FHEV Flexifuel, le délai s'élève à deux mois et cela peut aller jusqu’à six mois pour certains véhicules. Mais pour réduire ces délais et privilégier la rentabilité, nous avons notamment réduit nos ventes de 74 % en septembre (- 27 % depuis le début de l’année, NLDR) sur le canal de la location courte durée

 

En 2022,  les modèles Flexifuel représenteront 50 % de notre mix.

 

J. A. Comment le réseau gère-t-il ces délais supplémentaires auprès de leurs clients ?

L.-C. V. Notre captive Ford Crédit propose l’allongement des financements lorsque ces derniers sont sur des périodes de 24 à 36 mois. En parallèle, nous développons nos offres de mobilité via notre enseigne Ford Rent que nous allons d’ailleurs promouvoir dans les mois à venir afin d’offrir des solutions à nos clients.

 

J. A. Ford est l’un des très rares constructeurs à proposer de l’E85 dans sa gamme. Quelle est votre stratégie ?

L.-C. V. Depuis juin, nous avons développé notre gamme de véhicules à l’E85, appelée Ford Flexifuel. Elle est constituée de six véhicules, Puma, Fiesta, Focus et Kuga FHEV, ce qui au passage est une offre unique ; nous sommes en effet les seuls à proposer un modèle hybride fonctionnant au biocarburant sur le marché des généralistes. Côté utilitaires, nous avons également une offre inédite avec la Fiesta Van et le Transit Connect. Je n’ai encore pas de chiffres à vous communiquer, mais le démarrage est excellent d’autant plus que nous sommes aidés par l’actualité.

 

J. A. A défaut de premier bilan, quelles sont vos ambitions sur l’E85 ?

L.-C. V. En 2022, selon nos projections, les modèles Flexifuel représenteront 50 % de notre mix. En termes de TCO, nous estimons que le produit offre une parfaite alternative au diesel. Je rappelle que la France est le premier producteur de bioéthanol d’Europe.

 

Les 41 sites Ford Store représentent 60 % des commandes

 

J. A. A contrario, par rapport à la concurrence, Ford est assez en retrait sur le marché de l’électrique...

L.-C. V. Nous voulons que la technologie de l’électrification devienne accessible au plus grand nombre. Tous nos modèles sont aujourd’hui électrifiés même si pour certains d’entre eux, on parle d’hybridation légère. Notre stratégie sur l’électrique se déroule en trois étapes. En 2024, 100 % de nos VU seront disponibles en hybride rechargeable ou en 100 % électrique. En 2026, cette logique s’appliquera aux véhicules particuliers et en 2030, toute la gamme sera 100 % électrique.

 

J. A. À l’heure où certains constructeurs souhaitent rediscuter du rôle du réseau de distribution, quelle est la position de Ford sur ce sujet ?

L.-C. V. Nous disposons du réseau le plus concentré des marques généralistes, fruit d’un travail mené depuis près de vingt ans. Nous avons aujourd’hui 51 investisseurs qui ont bénéficié d’une rentabilité de 0,7 % en 2020, malgré les mois de fermetures liés au confinement. Et cette année, la rentabilité sera également positive. Si nous n’avions pas eu à faire face à la pénurie des semi-conducteurs, 2021 aurait d’ailleurs été une très bonne année. Depuis deux ans, le panier moyen a augmenté de 4 000 € ; il est poussé par les SUV, qui représentent une vente sur deux, et par l’électrification de notre gamme. Le chiffre d’affaires moyen par site a donc augmenté. Mais au-delà de ces résultats financiers, je tiens à rappeler que le réseau reste au centre de la relation client. Nous estimons qu’il dispose d’une vraie valeur ajoutée dans un monde de plus en plus digital. C'est pourquoi notre stratégie porte plus sur la "phygitalisation" du parcours client que sur la pure digitalisation. Les clients veulent encore essayer les produits et c’est d’autant plus vrai avec l’électrification du marché et l’arrivée des nouvelles technologies.

 

J. A. Le réseau secondaire a-t-il également un rôle à jouer ?

L.-C. V. Effectivement, il en a un. Avec 350 agents, Ford dispose du réseau d’agents le plus important des marques importées. Et même si leur nombre a quelque peu diminué à l’occasion de la mise en place de nouveaux standards déployés il y a deux ans, il reste très important, tout comme leur action. Les agents représentent en effet 15 % des immatriculations et ils sont des acteurs importants dans la vente de véhicules utilitaires qui sont l’un des piliers de notre développement. D’ailleurs, nos concessionnaires sont actuellement à la recherche d’agents.

 

J. A. Avec les chutes des ventes de la Mustang (8 immatriculations sur les neufs premiers mois de l’année, NDLR), quel est le rôle des Ford Store ?

L.-C. V. Le réseau dispose de 41 sites Ford Store. Ces derniers représentent 60 % des commandes de Ford. Ces sites sont nos porte-drapeaux et ils distribuent également les enseignes Transit Center et Business Center destinées à notre clientèle professionnelle.

 

Lire aussi : Igor Dumas, Opel : "J'ai besoin d'un réseau qui gagne de l'argent pour investir dans l'avenir"

 

J. A. Quelle est la position de Ford sur le marché du VU ?

L.-C. V. Malgré la fermeture d’usines, nous résistons bien sur ce marché (À fin septembre, Ford a immatriculé 22 691 véhicules utilitaires, soit une progression de 8,3 % et une part de marché de 6,9 %, NDLR). Nous avons porté notre stratégie notamment sur le Transit 2T avec toutes les déclinaisons de carrosseries qui apportent de la valeur ajoutée, sur le Ranger, le Transit Custom et également sur le véhicule de loisirs, le Transit Nugget qui a trouvé son public avec près de 500 immatriculations sur l’année.

 

J. A. Et qu'en est-il de votre influence sur le marché du pick up qui a été très chamboulé depuis deux ans à cause des nouvelles réglementations?

L.-C. V. Très bonne. Nous avons immatriculé 3 400 Ranger à mi-octobre, contre 3 000 la même période l’année dernière. Le marché progresse, mais le mix de carrosserie a évolué. Nous vendons ainsi plus de Super Cab, voire de simple cabine, qu’auparavant.

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