Me Renaud Bertin, avocat passionné et redouté défenseur de la distribution automobile, s’est éteint

Me Renaud Bertin, figure incontournable du droit appliqué aux réseaux de distribution, s’est éteint, laissant derrière lui une empreinte profonde dans un secteur qu’il aura défendu toute sa vie avec passion, conviction et pugnacité.
Lorrain, et fier de l’être, Renaud Bertin était héritier d’une culture de l’engagement et de la droiture. Fils d’un magistrat résistant, il cultivait une certaine idée de la justice, exigeante et combative. Ceux qui l’ont côtoyé évoquent un homme de caractère, provocateur parfois, sulfureux selon certains, mais toujours animé par une vision claire : un concessionnaire doit faire valoir ses droits.
Bon vivant assumé, amateur de grandes tables et de repas partagés, il nourrissait une autre passion, indissociable de la première : l’automobile. Amoureux des voitures de collection, il avait su, au fil des années, conjuguer ses deux univers, la voiture et le droit, pour devenir l’un des avocats les plus identifiés du secteur.
Formé au sein du cabinet de Christian Bourgeon, qu’il avait rejoint aux côtés notamment de Me Patrice Mihailov, il s’était rapidement imposé comme un spécialiste de la défense des distributeurs automobiles.
Dans les tribunaux de commerce, affronter la plaidoirie de Me Bertin n’avait rien d’un moment confortable pour les constructeurs. Sa maîtrise technique, sa capacité à exploiter la jurisprudence et son sens du rapport de force en faisaient un adversaire redouté.
Une carrière au service du droit de la distribution automobile
"Nous avons été collaborateurs dans le même cabinet, pendant quelques années, durant lesquelles nous nous sommes liés d'une amitié simple et sincère, comme en forment les enfants. Sa générosité, en particulier quant à son affection, ainsi que son humour, permettaient de surmonter nos différences, qu'elles regardent nos personnalités ou nos orientations. Impatient, il s'est installé très vite et il est juste de dire qu'il s'est imposé dans la profession, ne comptant que sur son talent et sa détermination", se rappelle Me Patrice Mihailov.
Il avait notamment marqué les esprits lors de grandes restructurations de réseaux, comme celles de Rover puis de Chrysler. Il s’était illustré par son utilisation stratégique de l’article L122-12 du Code du travail (devenu L1224-1), exploitant la notion de transfert d’une entité économique autonome pour contraindre un nouveau concessionnaire à reprendre les salariés lors d’un changement d’opérateur. Une ligne de défense qui a contribué à structurer durablement la jurisprudence dans le secteur.
"Si l'on pouvait lui reprocher une certaine impétuosité, il ne faut considérer qu'elle était le fait d'un homme qui m'a paru assez seul et qu'elle procédait également des difficultés auxquelles l'exposait la défense de la partie faible, dans des procès inéquitables", poursuit Me mihailov.
Son engagement l’a conduit à consacrer sept années de sa vie au procès du groupe de distribution Midi Auto, combat judiciaire emblématique de son obstination et de sa fidélité à ses clients.
Mais c’est sans doute la victoire obtenue contre Chevrolet en 2020 qui restera comme l’un des symboles de sa carrière. Cinq ans après la décision de General Motors de retirer sa marque du marché européen, l’action collective menée par les distributeurs aboutissait à trois décisions favorables successives, en première instance, en appel et en cassation.
"C'est une victoire historique et il n'y a pas de précédent contre un groupe tel que General Motors. C'est la première action collective de distributeurs qui aboutit à trois victoires consécutives, en instance, en appel et en cassation. Les constructeurs vont devoir faire attention dans leur relation de domination avec les distributeurs et plutôt se diriger vers des coopérations plutôt que des soumissions par leur puissance juridique et financière", déclarait-il alors.
Un homme libre, passionné
Au-delà des décisions de justice, Me Bertin laisse l’image d’un avocat qui aura accompagné, conseillé et parfois galvanisé des générations de concessionnaires confrontés aux restructurations, aux ruptures de contrats ou aux rapports de force déséquilibrés avec les constructeurs.
Avec sa disparition, la distribution automobile perd l'un de ses ardents défenseurs. Un homme libre, passionné, dont la voix, dans les prétoires comme dans les débats du secteur, ne laissait jamais indifférent.
"Quant à moi, je retiendrai sa disposition naturelle à l'amitié, qui l'encourageait à dépasser toujours les relations professionnelles avec ses clients, l'exposant au risque d'épisodiques fâcheries, et qui en faisait une personne sur l'affection de laquelle on pouvait toujours compter", évoque son confrère, Me Mihailov.
Ses obsèques se dérouleront le 4 mars à 14h en l'église de Flavigny-sur-Moselle.
Sur le même sujet
Laisser un commentaire
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.
