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La voiture reste l'avenir de la mobilité en France

Publié le 17 février 2022

Par Catherine Leroy
5 min de lecture
Une récente étude de Deloitte montre que les consommateurs ne sont pas prêts à se passer de leur voiture, ni de leur concession. Ils restent frileux face à l'électrique et ne souhaitent pas payer plus cher pour un ajout de technologies, en dehors de celles liées à la sécurité.
La hausse du prix des carburants pourrait pousser 43% des Français conducteurs de véhicules thermiques à passer le cap de l'électrique.

Depuis près de dix ans, le cabinet Deloitte étudie l'attente des consommateurs finaux en matière de voitures neuves. A l'automne 2021, plus de 26 000 automobilistes, dans 25 pays, ont été interrogés (environ 1 000 personnes par pays) permettant ainsi de définir les tendances en terme de technologies et leurs aspirations en matière de mobilité.

 

Lors de cette dernière enquête, qui s'est déroulée entre septembre et novembre 2021, les consommateurs, en âge de conduire une voiture, ont été questionnés sur quatre thèmes majeurs : le coût des technologies, l'intérêt pour le véhicule électrique, les modes d'achat et la place de la voiture dans la mobilité. En France, la voiture reste l'avenir de la mobilité selon Guillaume Crunelle, associé leader Automotive & Mobilité chez Deloitte France.

 

La sécurité : seul argument valable pour expliquer la hausse des tarifs

 

Avec un prix moyen qui s'élève à 27 000 euros en France, la voiture est-elle en train de devenir un objet de luxe ? La question se pose clairement lorsque l'on observe les ventes par canaux en 2021. La première marque achetée par les automobilistes reste Dacia, avec 82,9 % de son volume immatriculé par cette clientèle. L'achat malin prôné par Dacia se vérifie dans les chiffres mais aussi dans l'étude menée par Deloitte. En réalité, le niveau d'élasticité de la demande par rapport aux prix a atteint son point maximal.

 

"En réalité, 72 % des consommateurs sont prêts à payer plus cher mais uniquement pour des technologies liées à la sécurité", nous explique Guillaume Crunelle. Mais la moitié d'entre eux acceptent une hausse de prix pouvant aller jusqu'à 400 euros et ils ne sont que 6 % à accepter de verser plus de 2 000 euros supplémentaires pour des technologies liées à l'automatisation des véhicules et 11% pour aller vers une électrification complète ou partielle du mode de propulsion.

 

Seule concession acceptée par l'automobiliste : abandonner et partager certaines de leurs données pour faire baisser le coût d'usage (maintenance, assurance...). 60 % des consommateurs y sont favorables, contre à peine 50 % dans l'étude réalisée en 2017. Ce constat sur l'élasticité du prix amène une réflexion sur les ventes de modèles électriques.

 

48 % des automobilistes vont reprendre un moteur thermique

 

Depuis 4 ans, le cabinet pose la même question lors de son étude : quel type de motorisation allez-vous choisir pour votre prochain achat ? Le verre est à moitié vide ou plein selon sa position. Certes, la part des consommateurs qui vont reprendre un véhicule thermique reste à 48 % mais ils étaient encore 73 % il y a 4 ans. Pour autant, la voie vers l'électrification n'est pas si rose. En réalité, seul 7 % des personnes interrogées souhaitent se tourner, lors de leur prochain achat, vers une voiture 100 % électrique. Un pourcentage stable depuis 3 ans, alors que l'offre s'est multipliée.

 

Les freins restent importants. D'une part, le prix reste rédhibitoire : 89 % des acheteurs ne comptent pas investir plus de 50 000 euros dans un véhicule électrique et 64 % pas plus de 30 000 euros. De plus, 43 % des acquéreurs de véhicules électriques remettraient en cause leur décision si le prix de l'électricité rejoignait le prix de l'essence. Enfin, les consommateurs s'attendent à ce qu'un modèle électrique puisse parcourir 688 km sans recharge !

 

"La question de l'infrastructure est clé. Se pose donc la question de la solidité des institutions à accompagner cette transition, que ce soit dans l'aide à l'acquisition des véhicules ou dans la création d'un écosystème qui lui permette d'opérer", poursuit Guillaume Crunelle. Un écosystème d'autant plus crucial qu'un quart des futurs acheteurs de véhicules électriques pensent faire la recharge de leur véhicule sur des bornes publiques ou au travail.

 

Face à ces freins, c'est l'hybride (rechargeable ou non) qui progresse fortement dans les intentions d'achat, puisque 37 % des consommateurs veulent se tourner vers cette motorisation qu'ils jugent plus rassurante.

 

83 % des acheteurs souhaitent continuer à se rendre dans un point de vente physique

 

La crise sanitaire aurait pu modifier les intentions d'achat d'une voiture. Mais à l'approche de la sortie de cette période de pandémie, finalement, 75 % des personnes interrogées vont poursuivre leur plan et acheter un véhicule comme envisagé précédemment. Seuls 11 % des consommateurs déclarent vouloir passer en mobilité individuelle par le biais de la voiture pour éviter les transports en commun. Les jeunes âgés de 18 à 34 ans sont d'ailleurs plus sensibles que la moyenne à cet argument.

 

Bonne nouvelle pour les réseaux de distribution, 83 % des intentionnistes souhaitent continuer à acheter leur voiture dans un point de vente physique (et même 91 % pour les plus de 55 ans, soit le stéréotype de l'acheteur de voiture neuve). 79 % d'entre eux veulent voir la voiture et 61 % l'essayer. 44 % préfèrent négocier le prix de la voiture face à une autre personne. Un pourcentage qui d'ailleurs va à l'encontre des déclarations des constructeurs qui ont choisi de passer d'un contrat de distribution avec leur réseau à un contrat d'agent pour afficher un prix fixe et national.

 

A lire aussi : Le réseau Cupra passe sous statut d'agent indirect

 

Les concessionnaires restent les interlocuteurs préférés des consommateurs et seuls 13 % déclarent pouvoir le faire directement auprès du constructeur. "On le voit bien, déclare Guillaume Crunelle, la relation entre constructeurs et clients reste à construire."

 

71 % de consommateurs préfèrent la voiture aux autres formes de mobilité

 

La multimodalité plébiscitée par de nombreux acteurs ne semble pas séduire les consommateurs. En effet, 71 % des personnes interrogées déclarent préférer leur véhicule personnel pour assurer leur mobilité, contre 14 % pour les transports en commun. Et d'ailleurs 45 % déclarent l'utiliser chaque jour pour se déplacer. Mais seuls 6 % multiplient les différents modes de transport. La multimodalité reste donc un vrai défi. Encore plus à l'aube de la multiplication des ZFE en France.

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