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Industrie

ProLogium donne le top départ de la batterie solide en France

Publié le 12 septembre 2023

Par Catherine Leroy
8 min de lecture
En plein été, ProLogium a obtenu le feu vert de la Commission européenne pour l'octroi d'une subvention. L'usine, qui sera basée à Dunkerque (59), va démarrer sa production en 2026. Le Journal de l'Automobile a rencontré Gilles Normand, son président en Europe.
Gilles Normand ProLogium
Pour Gilles Normand, le président de ProLogium Europe, les avantages de la batterie solide sont frappants. Cette technologie s'avère donc essentielle au développement de la filière électrique automobile. ©ProLogium

La démonstration est bien rôdée. Le président de la République et le ministre de l'Économie avaient pu en bénéficier au printemps 2022 pendant le sommet Choose France dédié à l'investissement d'entreprises étrangères sur le sol français. Une batterie de la taille d'une carte de crédit est pliée, trouée, pendant que l'ampoule Led à laquelle elle est reliée, reste allumée. Il s'agissait alors de prouver le potentiel de la batterie solide pour une application industrielle dans le secteur automobile.

 

Une démonstration qui signait également le début de l'aventure pour ProLogium en France, avec notamment l'annonce, un an plus tard, du choix de Dunkerque pour l'implantation d'une nouvelle gigafactory, la quatrième en France. Et en plein cœur de l'été, l'accord de la Commission européenne pour l'octroi d'une aide à l'investissement de 1,5 milliard d'euros sur un investissement total de 5,2 milliards d'euros.

 

"On aime bien torturer nos batteries", explique Gilles Normand qui a choisi l'aventure ProLogium en mars 2022 après une carrière de 37 ans dans l'industrie automobile et notamment chez Renault, en charge de la BU véhicule électrique.

 

Désormais, président de ProLogium en Europe, et de son développement, il est sans doute également le meilleur ambassadeur du groupe fondé et présidé par Vincent Yang, complètement convaincu que la batterie solide est la technologie de l'avenir pour le véhicule électrique.

 

Une technologie, trois avantages

 

"Les avantages de cette nouvelle technologie sont frappants. Le séparateur, en céramique, est bien plus solide que celui d'une batterie classique. Il est même quasi-indestructible pour tous types de chocs, ce qui empêche les risques de court-circuit et d'incendie", précise-t-il.  Mais la sécurité n'est pas le seul avantage de la batterie solide. L'anode, cette fois sur une base de silice et non de graphite permet de doubler la densité énergétique de la batterie pour un même volume.

 

"Concrètement cela veut dire que pour un même volume, une batterie qui permet une autonomie de 500 km peut monter jusqu'à 1 000 km. C'est une vraie lueur d'espoir pour les gros rouleurs qui représente près de 30 % des acheteurs de véhicules neufs et qui seront sans conteste les plus difficiles à convaincre", avance Gilles Normand.

 

Batteries solides ProLogium

 

Enfin, d'un point de vue technologique, l'électricité qui passe sur la totalité de la surface évite les phénomènes de "surchauffe". La batterie solide permet au constructeur d'économiser sur le système de refroidissement. Elle augmente également le temps de recharge, annoncé à 80 % en douze minutes.

 

Selon ce spécialiste, entre le gain de masse et la meilleure densité énergétique, le potentiel d'économie pour un constructeur sur un pack complet de batterie peut osciller entre 20 et 30%. De quoi faire briller les yeux de tous les dirigeants de l'industrie automobile. D'autant que le taux de rebus de ces batteries, en phase de production tomberait de 15 à 20 % à près de 5 % !

 

Des avantages qui ont séduit quelques actionnaires, comme Mercedes, Vinfast, Posco (un producteur d'acier coréen), mais aussi des investisseurs privés chinois, le tout pour une levée de fonds d'environ 800 millions de dollars. Le groupe, fondé en 2006 par Vincent Yang, passe désormais à la vitesse supérieure. Si la technologie est maîtrisée, il s'agit aujourd'hui de passer en mode production de masse.

 

La difficile étape de la production

 

Au début de l'année 2024, une usine de préproduction sera ouverte à Taïwan, ce qui constituera la première usine de production de batterie à l'état solide. Suivra ensuite le site de Dunkerque en 2026, soit quatre ans avant ce qu'imaginaient les constructeurs automobiles.

 

Usine ProLogium à Taïwan

 

Car la course contre la montre est lancée. Si la concurrence sur cette technologie est plus discrète, il est certain que la recherche et le développement avancent. LG, CATL mais aussi Factorial ou encore QuantumScape (société dans laquelle Bill Gates a investi près de 85 millions de dollars) travaillent également sur cette technologie. "Difficile de savoir réellement où en sont les concurrents. Mais le nerf de la guerre ne sera pas sur la maîtrise de la chimie mais sur la maturité industrielle, sur le processus de fabrication. Or, à priori, nous sommes les seuls à ouvrir une gigafactory à la fin de cette année", fait remarquer Gilles Normand, tout en reconnaissant que le jeu du poker menteur fait fureur dans le domaine !

 

Dunkerque, un choix presque naturel

 

Après Taïwan, le choix du continent européen pour l'implantation d'un nouveau site de production était évident. La maturité de cette technologie est dictée par la règlementation européenne et tous les constructeurs disposeront d'une gamme 100 % électrique avant 2035.

 

Maquette de la future usine de Dunkerque

 

"Nous savons que nous devront aller sur les deux continents. Mais nous n'avons pas encore les capacités humaines pour démarrer deux projets de cette taille en simultanée. Nous démarrons donc par l'Europe, avec le choix du site de Dunkerque qui s'est imposé presque naturellement par un choix initial de 90 sites dans 13 pays", se souvient Gilles Normand.

 

Les avantages du territoire de Dunkerque sont nombreux : une électricité décarbonée à un coût compétitif, des infrastructures efficaces avec un port connecté vers l'extérieur et un réseau de connexion intérieure puissant dans le Nord, vers la vallée de la batterie, mais aussi des sites d'assemblage automobile.

 

"Nous voulions être proches de nos clients et à ce titre, nous espérons que Mercedes ne restera pas juste un actionnaire de la société. De plus, toutes les usines électriques sont dans le Nord de l'Europe. Et le Nord de la France est très bien connecté. Nous cherchions également un écosystème dynamique avec des centres de recherche car nous voulons installer notre propre centre également. Notre projet est complet. C'est la localisation des matériaux en Europe, des écoles, des universités, des terrains disponibles qui sont déjà dans un zonage industriel. Et, puis nous nous sommes sentis accueillis. La France a joué en équipe entre le gouvernement, la présidence de la République, la région, la communauté urbaine de Dunkerque… tout le monde nous a éclairés sur les process administratifs, a passé du temps pour nous accompagner. Ce qui était essentiel pour notre société", reconnaît-il.

 

Le soutien financier (1,5 milliard d'euros sur un total de 5,2 milliards), auquel la Commission européenne a donné son feu vert en août 2023 a permis de réaliser le bien-fondé de cette décision.

 

Certes, aux USA, la politique de l'Ira (Inflation réduction Act) de Joe Biden aurait pu faire bénéficier du double de cette aide. Mais les subventions ne sont versées, qu'une fois la production démarrée, et surtout elles peuvent s'étaler jusqu'à 40 ans après sous forme de réduction fiscale.

 

Vers une production de 48 GWh

 

C'est donc à quelques dizaines de kilomètres d'ACC que ProLogium s'implante, proche également de Verkor, laissant envisager une ouverture vers Stellantis (actionnaire d'ACC avec Mercedes) et Renault. Le groupe discute de manière avancée avec près d'une demi-douzaine de constructeurs automobiles pour "vendre" sa capacité de 48 GWh prévue pour 2027.

 

A lire aussi : Yann Vincent (ACC) : "Nous pourrons produire des batteries pour un million de voitures électriques"

 

Aujourd'hui ProLogium a signé des Joint Development Agrement (JDA) avec des livraisons d'échantillons pendant 24 mois. Un processus classique dans l'automobile avant de passer à la phase des Purchase Agrement, puis celle finale de Supply Agrement. Mais déjà, ProLogium a obtenu la certification IATF 16949, passeport indispensable pour travailler avec les constructeurs.

 

Et d'ici quelques semaines, l'ouverture d'un centre de recherche et développement, toujours en France, devrait être annoncée. Les villes d'Amiens et de Grenoble se disputent encore l'implantation. Une autre phase essentielle du projet industriel de ProLogium qui poursuit la recherche fondamentale sur les batteries solides, en parallèle du processus de fabrication.

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