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Industrie

Le marché des lubrifiants dans la tourmente

Publié le 24 mars 2021

Par Marc David
5 min de lecture
Outre la peu surprenante baisse de volume issue de divers facteurs relatifs à la crise sanitaire, la profession doit aujourd’hui faire face à une hausse significative du coût des matières premières, par la faute d’une pénurie mondiale durable.
L’importance des stocks, à l’instar de l’entrepôt de TTA Lubrifiants, prend toute sa signification en cette période de pénurie des matières premières.

 

Au 31 octobre 2020, ceci de source CPL (Centre Professionnel des Lubrifiants), le marché des lubrifiants automobiles accusait encore une régression substantielle de 10 %, tout rond. A fin novembre, la situation s’améliorait à peine, puisque le retrait s’établissait à 9,7 %. Finalement, grâce à un mois de décembre à  -2,9 % (20 220 tonnes), l’exercice 2020 s’est bouclé sur un retrait sans doute inespéré de 7,5 %, à 275 000 tonnes. En revanche, le segment des Moteurs VL accuse pour sa part une baisse un peu plus marquée de 9,5 % (avec 151 150 tonnes), sachant que le retrait pour le segment le plus important (80 % du marché), soit l’essence et mixte, se situe à – 8,6 %, et que celui du diesel tourisme s’établit (sans véritable surprise) à – 15,5 %.

 

Voilà pour les chiffres bruts. Dans la réalité, quelle analyse ? D’abord, la similitude avec les données du baromètre d’activité CNPA-Solware semble on ne peut plus évidente. En effet, sur un panel de 1124 ateliers de mécanique, l’exercice 2020 s’est clôturé sur un retrait de 9 % (en valeur, 686,1 M€). Forcément, les entrées en atelier, synonymes de l’opération vidange, demeurent pour grande partie intimement liés au kilométrage parcourus (les constructeurs dans leur ensemble prenant également en compte la notion de temps, pour rappel) donc au trafic routier. Or, à ce niveau, les chiffres du CPDP (Comité Professionnel du Pétrole) sont sans appel puisqu’en 2020, les livraisons de carburant routiers accusent un retrait de 15 % (42,555 millions de m3) par rapport à 2019, soit – 13,7 % pour le "super" et – 15,4 % pour le gazole.

 

Le secteur s’en sort avec les honneurs

 

Autre élément à prendre en considération, et ce dans la mesure où, il convient de le rappeler, les statistiques du CPL prennent en compte les premiers pleins réalisés en usine, les ventes de véhicules neufs. Or, avec 1,65 millions d’immatriculations, le marché automobile a bouclé l’année 2020 sur une lourde perte de 25,5 % par rapport à 2019. En outre, sur ce marché, les véhicules 100 % électriques (VE) pèsent désormais 11,1 %, ce qui n’est pas négligeable.

 

Moralité, à l’heure du bilan, le recul du marché des lubrifiants à – 7,5 % pourrait être considéré comme un moindre mal pour bon nombre d’acteurs. Les propos de Francis Perry, directeur des Ventes France de Wolf Oil Corporation, pour les marques Wolf & Champion, vont dans ce sens. "Compte tenu de la situation sur les six premiers mois de l’année (près de – 17 % à fin juin, NDLR) et du contexte global, il est certain que le secteur s’en sort plutôt bien", acquiesce-t-il.  

 

Les perspectives 2021 ? Difficile voire impossible de se projeter, avec cette crise sanitaire plus que jamais d’actualité. Une certitude, toutefois. Bien au-delà de l’érosion du marché côté volumes, aujourd’hui, les préoccupations de la profession se situent ailleurs. Explications. En raison des restrictions mondiales liées à la crise sanitaire, les raffineries ont dû réduire considérablement leur production de carburant et de kérosène (avec un trafic aérien sinistré, à - 80 %), un état de fait qui a entraîné une baisse de l’offre pour l’industrie pétrochimique et pour les matières premières nécessaires à la production d’huiles de base. En outre, des travaux de maintenance planifiés dans certaines raffineries ou des fermetures intempestives (quarantaine…) ont eu un impact négatif sur l’approvisionnement.

 

Flambée du cours des huiles de base et difficultés d’approvisionnement

 

A cette situation déjà tendue, sont venues s’ajouter les tempêtes et tornades hivernales au Texas et en Louisiane, qui ont contraint de nombreuses usines à l’arrêt forcé et, suite aux dégâts, à lancer bon nombre d’appels de « cas de force majeure » avec pour conséquences un impact sur l’offre mondiale de produits raffinés y compris en Europe. Aussi, cette situation de pénurie a vu le cours des huiles de base de groupe I (soit les huiles minérales) augmenter de 100 % depuis juillet 2020. Pour ce qui concerne les huiles de base de groupe II, groupe III, groupe III + voire groupe IV (PAO) davantage utilisées aujourd’hui en automobile, celles-ci ont vu leur cours grimper de près de 30 % en trois mois depuis novembre dernier, la tendance actuelle se situant entre 950 et 1400 dollars la tonne. Sur l’ensemble de l’année 2020, les cours ont tout simplement doublé.

 

De leur côté, les additifs ont également connu une hausse comprise entre 5 et 9 %. Un aspect non négligeable dans la mesure où, Il faut rappeler, les huiles de base représentent 80 % de la composition des produits contre 20 % pour les additifs. Enfin, à ce tableau peu reluisant viennent s’ajouter les hausses substantielles de l’acier et du plastique, pour ce qui concerne les emballages. Au niveau du plastique, il faut se tourner vers la nette remontée du cours du baril de Brent depuis décembre (64 dollars aujourd’hui). Résultats des courses, bon nombre d’acteurs vont passer une hausse tarifaire « contenue » (entre 5 et 7 % en moyenne) sur leurs produits "finis" dès le 1er avril.

 

Un effet en cascade prévisible. En valeur, cette hausse correspond à un coût de 10 à 20 centimes d’euros par litre. Reste que, ainsi que l’illustrent les propos d’Olivier Lafarge, responsable communication & marketing de Minerva Oil, tout n’est pas négatif. "A l’heure de la distanciation, d’augmentations irrationnelles, de difficultés d’approvisionnement voire de pénuries, tout cela dans un marché en mutation et en dents de scies, ce manque de visibilité nous inquiéte, résume-t-il. Mais cette situation est à relativiser car le secteur de la rechange a fait preuve d’une résilience exceptionnelle, en s’adaptant et trouvant des solutions".

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