Le maintien de la CVAE, une décision politique qui déçoit le secteur automobile

Elle n’est pas près de revenir sur la table. Les entrepreneurs et les organisations patronales attendaient de pied ferme la baisse de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE). Mais, mauvaise nouvelle : le dimanche 18 janvier 2026, dans une lettre adressée aux chefs d’entreprise, le Premier ministre Sébastien Lecornu annonce abandonner la baisse de la CVAE dans ses arbitrages finaux concernant le budget 2026.
Pour rappel, cet impôt a été créé en France en 2010 par la loi de finances, visant à taxer les entreprises dont le chiffre d’affaires dépasse les 500 000 euros hors taxes. Si les régions, principales bénéficiaires de cette cotisation, soutiennent son maintien, l’ensemble des entreprises et des entrepreneurs réclame depuis longtemps son abaissement, voire sa suppression.
Dans un contexte politique tendu et de rigueur budgétaire, le gouvernement ne semble pas prêt à lâcher cette recette de plusieurs milliards d’euros par an, d’autant plus à l'approche d'élections municipales et présidentielles. La première baisse de la CVAE devait entraîner sa suppression définitive en 2030. Rappelons que cette annulation devait initialement avoir lieu en 2024.
Une décision politique
Mobilians annonce s’aligner sur la position du Medef et regrette la décision du gouvernement. "C’est simple, il s’agit d’une décision totalement politique", assure une source au sein de l’organisation professionnelle. "Si le gouvernement abaisse la CVAE – perçue comme un cadeau accordé aux entreprises – cela l’exposerait à une motion de censure de la part d’une partie de la gauche et il ne pourrait pas clouer le 49.3", ajoute-t-elle.
"Bercy cherche des financements et il y a quand même un certain nombre de sujets sur lesquels les dépenses de l’État ont été renforcées. Il est donc important pour lui de maintenir certains dispositifs. C’est une question d’équilibrage budgétaire", constate cette même personne au sein de l’organisation professionnelle. Selon elle, la CVAE est un sujet sur lequel, jusqu’en 2027 et les élections présidentielles, le gouvernement aura peu de marge de manœuvre.
Un enjeu de compétitivité
Un constat que partage Claude Cham, président d’Equip’Auto et ex-président de la Fédération des industries des équipements pour véhicules (Fiev). Il milite depuis une quinzaine d’années pour sa suppression auprès des différents gouvernements. Forcément, cette annonce ne constitue pas une bonne nouvelle. "La compétitivité de notre territoire est la base fondamentale de l’avenir de la France. Celle-ci est liée au compte d’exploitation. La France a basé le financement de sa protection sociale dans un contexte différent", souligne-t-il.
"Or, le monde a changé : les frontières qui étaient fermées se sont ouvertes et la démographie de notre pays a fondamentalement évolué. Lorsque j’étais patron à Bruxelles, j'ai constaté que les usines françaises n’étaient pas compétitives par rapport aux autres pays européens. Pourquoi ? Parce que nous payons, avec les impôts de production, immédiatement sur la masse salariale", se rappelle Claude Cham.
Taxer les entreprises, oui, mais après la production
Le président d’Equip’Auto soutient ainsi la mise en place d’une taxe une fois la création de valeur réalisée. Si des baisses de la CVAE ont eu lieu sous la présidence d’Emmanuel Macron, pour Claude Cham, elles restent "largement insuffisantes". "Dans l’industrie automobile, avec les coûts de production actuels, dans un univers hautement concurrentiel, c’est partir avec un sac à dos chargé de pierres", se désole-t-il.
Ainsi, pour Claude Cham, il n’est pas possible de financer un certain niveau de protection sociale ou un certain niveau de vie à la française si la production nationale n’est pas au rendez-vous pour le financer. Prélevée trop tôt dans le processus de production, cette taxe pousse les entreprises à délocaliser leurs activités.
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