La Commission européenne envisagerait un seuil de 70 % de contenu local pour subventionner les véhicules électriques

(Mis à jour le 17 février 2026 à 18h30)
La Commission européenne pourrait prochainement durcir les conditions d’accès aux aides publiques pour les véhicules électriques. Selon le Financial Times, Bruxelles prépare une proposition imposant qu’un véhicule électrifié affiche au moins 70 % de contenu européen, en valeur, pour pouvoir bénéficier des subventions d’État accordées par les pays membres.
Cette règle fait l'objet des derniers arbitrages de sa future loi sur l'accélérateur industriel (IAA), dont la publication officielle est attendue le 26 février 2026.
Le mécanisme envisagé est simple dans son principe : pour qu'un véhicule électrique à batterie, hybride ou à pile à combustible hydrogène puisse bénéficier d'une aide à l'achat publique ou être intégré aux flottes d'administrations et d'organismes gouvernementaux, il devra être assemblé sur le territoire de l'Union et compter au moins 70 % de contenu européen dans sa valeur hors batterie.
Le texte irait plus loin encore sur le segment des batteries : plusieurs composants clés de l'ensemble électrochimique devront eux aussi justifier d'une origine communautaire. Cette disposition cible directement la dépendance structurelle des constructeurs européens vis-à-vis des fournisseurs asiatiques, principalement chinois, qui dominent aujourd'hui la production mondiale de cellules et de modules.
350 000 emplois en jeu
La pression sur les institutions européennes est forte du côté des équipementiers. La Clepa, association professionnelle représentant les équipementiers automobiles européens, n'hésite pas à chiffrer les enjeux.
Sans une intervention publique rapide et significative, l'Europe pourrait perdre jusqu'à 350 000 emplois industriels. Un avertissement martelé dans un communiqué de presse daté du 10 février 2026, à la veille des réunions de travail à Bruxelles.
L'association réclame même un seuil plus élevé, à 75 %, pour définir réellement ce qu’est un véhicule fabriqué en Europe. Les fournisseurs estiment en effet qu'entre 75 et 80 % du contenu des véhicules actuellement assemblés en Europe proviennent déjà du territoire européen. Dans ce cadre, les règles d'origine devraient au minimum préserver ce statu quo industriel.
Valeo a notamment plaidé pour que le périmètre de ces règles soit le plus exhaustif possible en couvrant tous les composants et sous-systèmes. C'est notamment sur cette position audacieuse que Christophe Périllat, directeur général de Valeo, a été élu Personnalité automobile de l'Année par Le Journal de l'Automobile.
Les constructeurs sont divisés
Cette approche n'est du goût de tous les constructeurs. Certains, très exposés au marché chinois, redoutent en effet des représailles commerciales de Pékin. C’est notamment le cas de BMW et Mercedes-Benz, qui s’opposeraient à un durcissement jugé trop protectionniste. Le PDG de Mercedes-Benz, Ola Källenius, également président de l’ACEA (association des constructeurs européens), a déjà anticipé "un débat des plus intenses" sur cette question, appelant à une approche prudente.
À l'inverse, Renault soutiendrait l'instauration de règles de contenu local. Son directeur général, François Provost, avait toutefois évoqué un seuil plus modéré de 60 %, calculé sur l'ensemble des mises à la route en Europe.
Malgré tout, Stéphane Séjourné, vice-président de la Commission européenne, se veut confiant dans l'issue des débats : "La loi d'accélération industrielle, et plus généralement l'introduction de la préférence européenne dans notre corpus juridique, implique un changement important dans la doctrine économique de l'UE. Il n'est donc pas surprenant qu'il faille du temps et des efforts pour parvenir à une version pertinente".
Chez Stellantis, on juge cette règle de contenu local primordiale également surtout pour la fabrication des batteries. Le constructeur, actionnaire avec Mercedes et TotalEnergies d'ACC, espère beaucoup des annonces de Bruxelles. Le fabricant a récemment revu à la baisse ses projets de construction de gigafactories en Allemagne et en Italie, ne préservant que celle basée dans le Pas-de-Calais à Douvrin.
La Commission européenne prévoit dans ce texte qui n'est pas encore définitif que la batterie devrait contenir au moins quatre composants spécifiques européens dont la cellule. Trois ans après la publication du texte, ce quota passerait ensuite à six composants.
Au début de cette année, Emanuele Cappellano, directeur de Stellantis Europe, indiquait à ce sujet : "La filière batteries a par exemple besoin de temps pour être développée. Donc, nous devrions essayer d'établir des règles qui disent : dans trois ans, à partir de maintenant, vous devez assembler en Europe ; dans cinq ans, y ajouter une partie de la production. Et dans dix ans, vous devrez être totalement autonomes en termes de batteries produites en Europe. Même chose pour les semi-conducteurs."
La filière a déjà obtenu la mise en place d'un fonds européen dédié, appelé Battery Booster, d'un montant de 1,8 milliard d'euros pour soutenir les gigafactories déjà implantées sur le continent.
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