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Industrie

Batteries : top départ du chantier de la gigafactory de Prologium à Dunkerque

Publié le 10 février 2026

Par Jean-Baptiste Kapela
6 min de lecture
Le fabricant de batteries taïwanais a inauguré le démarrage du chantier de sa gigafactory située à Dunkerque, dans les Hauts-de-France. Avec un investissement de 5,2 milliards d’euros, Prologium aspire à atteindre les 42 GWh en 2032.
Prologium gigafactory Dunkerque
La gigafactory de Prologium devrait être opérationnelle à partir de 2028. ©JA

La gigafactory de Prologium compte parmi les projets les plus attendus en matière de souveraineté industrielle française. Le mardi 10 février 2026, le fabricant de batteries taïwanais a ainsi inauguré en grande pompe la pose de la première pierre de son usine située à Dunkerque (62).

 

Le projet avait été annoncé lors du salon dédié aux investissements Choose France, en 2023, et a nécessité 5,2 milliards d’euros d’investissement au total. Pour Prologium, il s’agit de sa première usine de batteries hors de Taïwan et sur le sol européen. Après avoir été repoussé à plusieurs reprises, le site prévoit de démarrer sa production à partir de 2028. Un projet subventionné à hauteur de 1,5 milliard d’euros par l’État français.

 

La gigafactory est le quatrième projet de cette ampleur à se concrétiser sur le sol français. Contrairement aux batteries lithium-ion proposées par les autres acteurs de la "vallée de la batterie", Prologium souhaite se différencier par sa technologie.

 

En effet, cette "plateforme européenne" se donne pour objectif de produire en masse des "batteries céramiques au lithium à l’état solide" qui incluent "un électrolyte inorganique superfluidifié". "La vertu cardinale de cette batterie solide céramique au lithium de 4e génération, c’est sa densité énergétique : mettre beaucoup d’énergie dans un espace restreint, et de là découlent beaucoup d’avantages qui vont combler les conducteurs de VE de demain", détaille Pascal Cerruti, directeur communication et affaires publiques EMEA de Prologium.

 

La cérémonie s’est déroulée en présence des ministres de l’Économie et de l’Industrie, Roland Lescure et Sébastien Martin, ainsi que d’officiels locaux, à l’image du président du conseil régional des Hauts-de-France, Xavier Bertrand.

 

Pour ces derniers, cette nouvelle gigafactory est un atout qui permettra de créer des milliers d’emplois. "Cette cérémonie doit symboliser le passage de la phase de planification du projet à sa mise en œuvre concrète. C’est le moment où les idées quittent le labo pour une production à grande échelle", a martelé Vincent Yang, directeur général de Prologium. "Nous venons avec humilité pour un engagement sur le long terme et de manière durable", ajoute-t-il.

 

Une production étape par étape

 

Le site Prologium de Dunkerque prend exemple sur la gigafactory située à Taoyuan, à Taïwan, qui a déjà produit, selon le fabricant, plus de 750 000 cellules. "Celle-ci nous a donné la possibilité de sortir, durant l’année 2025, des centaines de milliers d’échantillons pour abonder l’industrie qui teste le produit, en particulier dans l'automobile", précise Pascal Cerruti. Mais face au ralentissement du marché de l’électrique, Prologium a un plan. Le fabricant de batteries semi-solides prévoit un calendrier industriel très progressif et souple.

 

Ainsi, dès la fin des travaux, prévue pour 2028, l’entreprise taïwanaise prévoit, dans la foulée, le début de la production "en masse" de sa batterie de quatrième génération. Un démarrage en douceur, avec une capacité opérationnelle de 0,8 GWh.

 

"Le défi suivant, c’est la production en masse pour pouvoir remplir les carnets de commandes, répondre aux besoins des industriels et avoir la possibilité de baisser le coût à l’unité", assure Vincent Yang. L’usine de Prologium devrait monter en capacité à partir de 2029 avant d’atteindre une capacité opérationnelle de 4 GWh en 2030.

 

En 2032, celle-ci devrait atteindre 12 GWh, puis, à terme, 48 GWh. "Nous visons une capacité opérationnelle permettant d'équiper 500 000 véhicules électriques", assure Vincent Yang.

 

La voiture, oui, mais pas seulement

 

L'entreprise n’a pas annoncé de collaboration avec les constructeurs automobiles présents dans la région, comme Renault ou encore Toyota. Toutefois, Prologium assure avoir signé des partenariats technologiques des Memorandum of Understanding (MoU) avec plusieurs sociétés. Notamment avec le constructeur croate Rimac, au travers de son département technologique.

 

"Les marques qui proposent des supercars comptent parmi les cibles de Prologium, avant de poursuivre un développement sur des véhicules plus mainstream", précise Pascal Cerrutti. "Ces véhicules premium sont quand même très exigeants, car ils veulent des batteries «de luxe», d’une certaine façon, avec un rapport qualité-prix intéressant", ajoute-t-il.

 

Si l’automobile représente 90 % des clients cibles, le fabricant taïwanais ne souhaite pas mettre tous ses œufs dans le même panier. À l’image du partenariat avec Rimac, Prologium annonce ainsi avoir signé quatre accords supplémentaires lors du CES 2026 de Las Vegas.

 

"Nous comptons des partenaires dans le domaine des mobilités douces, mais également de la robotique et des robots humanoïdes. Au-delà de la voiture, nous avons une grande diversité d’applications", assure Pascal Cerruti. "Des industriels, notamment de l’aéronautique, s’intéressent à nos batteries pour leurs propriétés uniques et leur degré de sécurité élevé. Nous pourrons faire des annonces un peu plus tard dans l’année, au fur et à mesure que l’usine se construit en parallèle", explique-t-il.

 

Les producteurs de batteries en Europe en difficulté

 

Pour rappel, l’usine d’ACC (coentreprise entre Stellantis, Mercedes-Benz et TotalEnergies) a été inaugurée en 2024 à Billy-Berclau (62). L’entreprise sino-japonaise AESC Envision a démarré sa production de batteries sur son site de Douai (59) en juin 2025 pour le compte de Renault. Verkor, start-up grenobloise, a pour sa part démarré la production de ses batteries, également à destination des modèles de la marque au losange, en décembre 2025 à Bourbourg, près de Dunkerque.

 

Des projets qui se concrétisent, mais qui ne signifient pas pour autant une garantie de pérennité. En effet, pionnier de la production dans le nord de la France de batteries lithium-ion, ACC subit les affres du marché. Le 8 février 2026, Stellantis, qui détient à hauteur de 45 % la coentreprise, a annoncé revoir ses priorités en matière d’électrification, ce qui a poussé ACC à stopper définitivement ses projets d'usines en Allemagne et en Italie.

 

ACC avait tiré la sonnette d’alarme fin 2024. En effet, faute de demande et face à un marché électrique plus lent que prévu, l’entreprise peinait à monter sa production. "Avec deux blocs de production à Billy-Berclau contre cinq prévus initialement, nous avons déjà acté que la demande était plus faible. De ce fait, nous n’aurons pas de surcapacités de production", estimait alors Yann Vincent en 2024.

 

Rappelons également le cas du fabricant suédois de batteries Northvolt, mis en faillite, qui a dû cesser sa production en mai 2025. Autant de malheureux exemples qui ont conduit les médias à rebaptiser la "vallée de la batterie" en "vallée de la Mort"

 

Pour autant, Prologium ne compte pas reculer sur cette technologie, bien au contraire. "La transition énergétique se trouve devant nous et nous allons tous dans ce sens… autant nous équiper le mieux possible et, entre Européens, nous serrer les coudes pour avoir un produit compétitif. Les batteries de Dunkerque comptent dans un projet de long terme", tient à souligner Pascal Cerruti.

 

Pour Prologium, les véhicules actuels ne sont pas dans son viseur. Le fabricant de batteries vise les nouveaux véhicules électriques qui verront le jour à partir des années 2030. 

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