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Distribution

Voitures d'occasion : le marché risque de subir des secousses

Publié le 26 mars 2026

Par Gredy Raffin
4 min de lecture
Fausse accalmie, vrais risques. Le marché de l'occasion européen donne l'illusion d'un équilibre retrouvé, mais les professionnels qui s'en satisfont pourraient le payer cher. Entre une baisse annoncée des prix de 5 à 6 %, des VO électriques qui peinent à séduire et des marques qui relancent la politique des remises VN, les facteurs de déstabilisation ne manquent pas. Indicata fait le point sur une situation à haut risque.
indicata analyse voitures électriques d'occasion
Le marché des voitures électriques d'occasion était l'objet d'une conférence organisée par Indicata pour les responsables du remarketing des constructeurs et des groupes bancaires. ©JA

Le marché européen des voitures d'occasion berce-t-il son monde d'une douce illusion ? La question est soulevée par Yoann Taitz, analyste en chef pour Indicata en France. "La stabilité observée depuis la fin d'année 2025 est illusoire. En réalité, les constructeurs ne savent pas comment se positionner, estime-t-il. Et pour cause, malgré le niveau relativement bas d'offres de voitures d'occasion, les prix ne bougent pas et la rotation s'envole".

 

Sa vision, il a eu l'opportunité de la partager avec une cinquantaine de décideurs travaillant soit pour les constructeurs soit pour des organismes bancaires. Un panel de professionnels chargé de calculer les risques financiers ou de trouver des canaux de remarketing venu chercher des éléments de compréhension sur l'évolution des ventes de voitures d'occasion en France et dans les pays voisins.

 

Une baisse, mais pas de décrochage violent des prix

 

Selon les prévisions d'Indicata, même s'il est difficile de jauger avec précision dans cet environnement plein d'incertitudes, les prix vont encore baisser de 5 à 6 %. Pas de manière brutale, mais au rythme de paliers espacés de deux à trois mois. "La raison tient au fait que des concessionnaires qui ne pratiquent pas le pricing dynamique appliqueront des mesures correctives soudaines", avance Yoann Taitz.

 

Il se veut rassurant sur un point : il n'y aura plus de décrochage violent comme par le passé car les écarts de prix entre les voitures électriques et les modèles thermiques deviennent acceptables pour les clients des parcs de véhicules d'occasion.

 

 

Ce qui ne signifie pas pour autant que la pression se relâche. L'afflux de voitures électriques au rayon des occasions va perturber les prix à terme. "Il faut regarder la Norvège, pointe l'analyste, où 50 % de l'offre est électrique. Cela conduit de fait les VE à coûter moins cher que les thermiques, alors que dans l'Europe des cinq grands pays il y a encore une parité". Elle s'observe tout particulièrement sur les voitures âgées de 2 à 4 ans.

 

Les remises VN pourraient rebattre les cartes

 

La France souffre d'un décalage. Alors que les modèles électriques concernent 28,5 % des immatriculations de VN, seuls 4 % des clients VO se tournent vers cette motorisation. En revanche, pour 6 % de pénétration au VN, les voitures diesel attirent 44 % des acheteurs VO. Un paradoxe avec lequel les constructeurs et les revendeurs doivent composer, tandis que le rythme de rotation n'est que de 70 jours pour les diesel contre 110 jours de moyenne pour les VE.

 

Quand les voitures livrées dans le cadre du leasing social reviendront, les parcs se garniront d'exemplaires à petites batteries et aux configurations standardisées. Des voitures électriques qui vont côtoyer de nombreux exemplaires des segments supérieurs (B, C-SUV et D-SUV) dont les flottes et les canaux tactiques sont friands et réinjecteront dans les tuyaux. "En dix ans, les autonomies ont été multipliées par 4, les temps de charge ont été divisés par 3 et les prix catalogue ont chuté. Ce sera un véritable défi d'attirer les clients vers ces VE en parc", pose l'analyste.

 

 

Un autre élément perturbateur pourrait ajouter de la complexité. À l'instar de ce que les statistiques révèlent chez MG Motor comme chez BYD, les stocks VN des marques chinoises augmentent plus vite que leurs ventes. Le rapport vente/stock serait désormais de 1 à 3 chez BYD et de 1 à 4 chez MG. Si des mesures sont prises pour sortir ces voitures, le marché va réagir.

 

À moins que d'autres constructeurs ressortent la stratégie des remises avant cela, comme le redoute Yoann Taitz. Tesla en fait partie. Les grands loueurs joueraient aussi ce jeu dangereux à terme pour le marché du VO. Peut-être se dit-on chez les vendeurs que le multicycle sera une solution pour lisser le risque ? "Nous voulons mettre en place un tel modèle économique, mais nous manquons de visibilité sur 84 mois pour prendre nos décisions", dira le responsable d'un groupe bancaire. Une requête que la direction d'Indicata assure avoir entendue.

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