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Distribution

Voitures d'occasion : à quand la fin de la flambée des prix ?

Publié le 18 novembre 2022

Par Gredy Raffin
10 min de lecture
La raréfaction de l’offre de véhicules conjuguée à un niveau des demandes de plus en plus haut crée un effet d’envolée des prix des VO en Europe de l’Ouest. Un contexte qui place les outils de cotation au centre du jeu. La voie n’est cependant pas toute tracée pour les acteurs historiques.
À l’échelle des 5 pays majeurs d’Europe de l’Ouest, les prix des VO ont grimpé de 19,6 %, à 21 155 euros, selon Le Parking. (Crédit photo JA)

Jusqu’où ira cette inflation des prix des véhicules d’occasion ? La question est sur toutes les lèvres et personne ne saurait souffler la réponse. Jamais les montants moyens n’avaient atteint de tels sommets. En un an, les tarifs n’ont globalement pas cessé de grimper. Cela est aussi vrai en France que dans tous les pays voisins. Les publications sur les sites de petites annonces sont les parfaits miroirs de cette tendance.

 

Prenons un périmètre constitué de l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Belgique et l’Hexagone. En septembre 2021, le prix moyen affiché des VO s’élevait à 17 680 euros, en considérant les offres des professionnels et celles des particuliers, selon la plateforme d’agrégation Le Parking. Un tour de calendrier plus tard, les vendeurs réclamaient en moyenne 21 155 euros. En un an, les véhicules d’occasion ont pris 19,6 %.

 

 

 

Et la France s’aligne parfaitement sur ce mouvement haussier sans précédent avec un prix moyen de 19 996 euros, soit + 19,4 % sur la même période. Un climat qui ne refroidit pas les désirs des consommateurs. Bien au contraire. "Cet été encore, nous avons été témoins d’une nette inflation. Chez nous, les VO ont pris 15 % environ [en un an] et pourtant, la demande reste soutenue, si bien que nous pouvons nous satisfaire de la rotation du parc, appréciait encore récemment Olivier Vicaire, patron du VO de VGRF, la filiale de distribution de Volkswagen Group France. Je surveille les prix de vente pour ne pas être déconnecté, mais rien n’indique que ce facteur est un sujet de préoccupation pour les acheteurs. "

 

 

 

Et Marie‑Alix Boussard, directrice générale de l’enseigne Oxylio d’abonder : "Les clients sont prêts à acheter cher", dit‑elle sans détour. Des propos auxquels Bertrand Rousselle, directeur client et marketing de CGI Finance, fait écho. Au travers de ses outils d’analyse du marché, l’établissement bancaire a la capacité de recouper le prix affiché dans les annonces avec celui indiqué sur le bon de commande de la voiture d’occasion. "Nous observons que les deux montants sont très proches. Il n’y a donc que peu d’ajustements par la négociation", relève‑t‑il.

 

Évolution des outils

 

Dans ce contexte, les outils d’estimation de la valeur des véhicules sont d’autant plus précieux. Il faut viser juste à l’approvisionnement comme à la revente. L’Argus, Autovista, Autobiz et Indicata qui se posent comme les principaux acteurs du marché en France voient leur rivalité être exacerbée.

 

Chacun avec ses arguments et son passif s’emploie à construire l’avenir de son propre dispositif. Parce qu’il ne s’agit plus simplement d’indiquer un tarif de revente du VO, mais aussi de proposer une solution pour maximiser les taux d’opération de rachat cash, ce levier devenu indispensable à l’approvisionnement des professionnels.

 

 

 

 

"La fluidité, la fiabilité et la rapidité sont un triptyque essentiel à la performance du système", juge Pierre‑Emmanuel Beau, directeur général d’Autorola France, l’éditeur d’Indicata. Sa société s’est concentrée durant les dernières années sur le référencement des modèles et des différentes versions disponibles en Europe. Si bien que le taux d’identification des véhicules est passé en quelque temps de 60 % à 96 %.

 

"Nous sommes les seuls à intégrer manuellement les différents facelifts, fait‑il valoir. Le système inclut déjà 15 années d’historique."  À l’heure où la part de vente des VO les plus âgés progresse, cet atout peut être sorti de la manche. Dans le groupe d’origine danoise, le service de pricing VO mixe la grille de cotation et un outil de suivi du marché pour accoucher d’une valeur de marché assortie d’une interface de pilotage quotidien des prix dans les stocks. Un système dont s’est doté le groupe francilien Jallu Berthier qui peut alors guider ses opérations à trois échelles différentes, celle de la plaque, celle du point de vente ou au VO, explique Pierre‑Emmanuel Beau.

 

"Nous sommes les seuls à intégrer toutes les annonces publiées dans notre modèle de calcul", entre en matière Emmanuel Labi, directeur général d’Autobiz. La filiale de Stellantis a fait une véritable percée dans le paysage français. Pour beaucoup d’utilisateurs, la justesse des recommandations fait la différence. "Notre ancien fournisseur nous positionnait systématiquement bien au‑dessus des prix moyens du marché et cela pouvait nous nuire à la revente, compare Didier Amilien, chez Autobuy, qui explique son choix de migration vers Autobiz.

 

En théorie, les prix suggérés se trouvent 100 à 150 euros en dessous de la moyenne du marché, mais le dernier ajustement opéré a eu des effets notables. "Maintenant, nous n’intégrons plus seulement les véhicules en ligne et les changements récents, mais également les nouvelles entrées sur les sites d’infomédiaires pour évaluer la valeur de marché", explique Emmanuel Labi.

 

Résultat : la réalité nourrit les algorithmes et les prix, souvent 200 euros au‑dessus de la normalité, font partie de l’équation. Et le directeur général de poursuivre : "Cette volatilité du marché joue en notre faveur, car les professionnels demandent alors des outils de valeur de marché et non plus de cotation."

 

 Chantiers à L’argus

 

La cotation, ce pré carré de L’argus tant mis à mal depuis une poignée d’années. Elle n’est désormais qu’une des quatre briques qui composent la nouvelle cote. Le fournisseur de données mélange scientifiquement le prix catalogue des véhicules neufs, la valeur des annonces, la valeur des transactions captées dans Planet VO2 et la cote historique donc.

 

Pour conserver ses clients, le groupe a remis en question son schéma algorithmique au début de l’été dernier. Le premier chantier a concerné la valeur de marché. Jusqu’à présent, l’analyse portait sur le temps long, c’est‑à‑dire que la machine compilait les données tarifaires remontant à près de 18 mois. Cette période a été ramenée à 3 mois au maximum.

 

Les distributeurs ne reculent plus devant les investissements pour construire leur propre référentiel.

 

 

 

Une véritable révolution pour ce qui fonctionnait ainsi depuis des décennies. Le deuxième chantier a consisté à faire de même avec les informations remontant de Planet VO². Les facturations sont scannées sur une antériorité plus courte. La suite du travail concernera la cote. "L’inflexion de la courbe doit être mieux reliée à la valeur de marché, présente Olivier Flavier, directeur de la verticale automobile du groupe Leboncoin à laquelle la branche Argus est rattachée. Nous serons prêts à partir de la fin de l’année."

 

Pas de grand soir, l’évolution arrivera progressivement et les professionnels trouveront chaque jour plus de pertinence, explique‑t‑il en substance. "La cote ne peut pas se caler sur l’actualité. Le Dieselgate nous a montré à l’époque que la prédiction de chute de la valeur des Volkswagen ne s’est pas réalisée. Il faut donc de l’intelligence et des mécanismes d’apprentissage automatisés", rappelle‑t‑il l’un des enjeux.

 

Des distributeurs en toute autonomie

 

Des intentions louables qui se heurtent de plus en plus aux stratégies des distributeurs. Exit les relations exclusives, désormais ces derniers osent composer à leur sauce. Avant d’annoncer son retrait d’Europe continentale, Cazoo, par exemple, opérait avec une combinaison de données en provenance d’Indicata et d’Autobiz. Le groupe Auto1 faisant de même en y ajoutant sa propre base de données transactionnelles. EVA, l’outil de cotation lancé en 2021 par l’entre‑ prise allemande, poursuit son apprentissage.

 

"Nous compilons des milliers de ventes chaque semaine et cela nous donne de la visibilité sur la réalité du marché, argue Manutea Dupont, directeur général de la filiale française. Raison pour laquelle nous recommandons à nos clients de se connecter au quotidien pour disposer de cette connaissance en amont de leur chiffrage et maximiser les taux de transformation." Il note, pour sa part, que le prix moyen facturé des VO revendus sur Autohero, la cellule BtoC du groupe, ne monte pas tant que cela. Et pour cause, "les clients révisent leurs ambitions à la baisse en termes de segment de produits afin de rester dans leur budget", analyse‑t‑il. La Dacia Sandero symbolise ce nouveau comportement.

 

"Les VO de 10 000 à 15 000 euros doivent peser pratiquement 80 % des immatriculations maintenant, ce qui gomme l’inflation", achève‑t‑il. Dans le sud de la France, Oxylio a choisi de suivre sa propre voie. Alors que le groupe préparait Ma Solution Auto, un service de rachat cash, il a pris le pari de construire son référentiel interne.

 

 

 

"Aucun algorithme n’est parfait et il ne peut donc y avoir de miracle, constate Marie‑Alix Boussard, directrice générale. Notre historique de transactions sert de point de comparaison et les compétences humaines affinent." Afin d’éviter tout effet déceptif, le système a été recalibré pour proposer des fourchettes aux internautes, tandis qu’une "commission pricing" se réunit régulièrement pour contrôler et corriger l’outil informatique. Avancer seul. Tel est le choix également fait par Erwin Legrand, cofondateur de Meilleureauto, la plateforme VO affiliée au groupe Legrand.

 

Concrètement, quelque 200 000 annonces sont scrutées par le système pour réaliser des estimations alignées sur le marché du moment. Aucun algorithme externe n’intervient dans la boucle. Et le cofondateur de lever partiellement le voile sur les futurs projets : "À l’avenir, nous ajusterons avec nos propres statistiques de transactions car nous lancerons la vente en ligne en BtoC à la fin de l’année."

 

Le choix du calcul manuel

 

Des alternatives qui apparaissent telles des économies de bouts de chandelle, d’après un des fournisseurs de données qui tente d’alerter sur le manque de précision de ces initiatives. S’étoufferait‑il alors de savoir que nombre de professionnels optent encore avec conviction pour des calculs manuels. "Les outils ne sont plus fiables, nous faisons donc appel à nos connaissances, dit l’un d’eux, dans la région grenobloise. La perception du client prime et définit la réalité de notre quotidien. Il est donc important de mener des politiques de prix comprenant ce paramètre humain."

 

Chez ses voisins lyonnais de la société Ora7, on lui emboîte le pas : "Notre prestataire, qui est intégré à notre outil de gestion par un accord, est remarquable, mais il est vrai que l’intervention humaine demeure incontournable pour ne pas perdre les clients."

 

Jusqu’où vont monter les prix des VO ? La question reste sur toutes les lèvres. Personne ne tient de réponse. Mais sous cette épaisse couche de brouillard, chacun a le sentiment de s’être préparé à réagir au plus vite et le plus efficacement possible aux fluctuations. Et les optimistes pourront se réjouir de voir que la question ne peut être réglée à coups de gros serveurs. Les années d’expertise ont encore voix au chapitre.

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