S'abonner
Distribution

SN Diffusion poursuit les constructeurs chinois Leapmotor et Seres en justice

Publié le 9 mai 2025

Par Christophe Bourgeois
5 min de lecture
Didier Sirgue, président de SN Diffusion et ancien importateur de Leapmotor et de Seres en France, porte plainte auprès d’un tribunal chinois pour rupture de contrat unilatérale à l'encontre des deux constructeurs. Son préjudice est estimé à près de 20 millions d’euros.
SN Diffusion Seres Leapmotor
SN Diffusion-EVE va porter plainte contre Seres et Leapmotor pour rupture unilatérale du contrat d'importation de ces deux marques. ©Journal de l'Automobile

Sur 15 000 m² du côté d’Albi (81), 600 Seres dont 200 camionnettes DFSK attendent patiemment leur sort. Et pour cause, Didier Sirgue, président de SN Diffusion et ancien importateur des marques Leapmotor, Seres et DFSK avec sa filiale EVE (Espace véhicules électriques) sur le marché français, a porté plainte contre les deux constructeurs chinois.

 

 

Rappel des faits : en 2021, Didier Sirgue décide d'importer le SUV Seres 3 et des petits utilitaires DFSK. Pendant près de deux ans, il en commercialisera environ un millier. Mais à la suite de la volonté de la société DFSK/Seres de distribuer elle-même ses véhicules en créant une société à Amsterdam (Pays-Bas) en 2023, l’ex-importateur a vu son contrat résilié de façon unilatérale et sans préavis en janvier 2024. Résultat, il se retrouve avec ce volume important de véhicules sur les bras.

 

SN Diffusion stocke 600 Seres et DFSK à ses frais à Albi (81). ©EVE

 

"Nous avons demandé à Seres de reprendre les véhicules neufs encore en stock, que nous ne pouvions plus vendre faute de contrat", explique Didier Sirgue. "Nous sommes en discussion avec eux à ce sujet depuis plusieurs mois, mais nous avons épuisé toutes les voies amiables." Aujourd’hui, il demande donc la reprise intégrale du stock de véhicules. Montant estimé : 17 millions d’euros, ce à quoi il faut ajouter les agios et les frais de stockage.

 

S'ajoute à ce problème le fait que les véhicules sont aujourd'hui invendables en Europe, car "les juridictions françaises ont récemment jugé que le logo des véhicules Seres contrefaisait celui de Citroën", souligne Didier Sirgue.

 

Stellantis fait la sourde oreille

 

La seconde affaire porte sur Leapmotor. En 2022, SN Diffusion devient l’importateur officiel de la marque chinoise en France, le seul pays européen qui la commercialise. Didier Sirgue monte un réseau de 55 points de vente et dispose d’un portefeuille d’une trentaine d’autres concessionnaires à venir.

 

 

"En septembre 2022, Carlos Tavares, l’ex-patron de Stellantis, découvre la T03 sur notre stand au Mondial de l’Auto", raconte Didier Sirgue. Les deux hommes se connaissent, ayant comme passion commune le sport automobile. "Au printemps 2023, Carlos Tavares rencontre Leapmotor en Chine et, à l’autonome de la même année, Stellantis prend des parts dans le constructeur chinois. Il devient importateur officiel de la marque dans le monde entier, excepté en Chine. Le 1er mai 2024, je reçois une lettre de radiation de mon contrat d’importateur pour la France."

 

Didier Sirgue a sur les bras 90 Leapmotor (photo) et 600 Seres. ©EVE

 

"Nous avions un contrat de 2 500 véhicules par an, ce que nous n’avons évidemment pas fait, puisque nous n’avions plus la distribution, mais je tiens à signaler que nous avons vendu quasi deux fois plus de Leapmotor T03 en 2023 que Stellantis en 2024 !", insiste-t-il, même s’il reconnaît que la distribution de la marque chinoise a seulement débuté au troisième trimestre.

 

 

Aujourd’hui, SN Diffusion a sur les bras un stock de 90 voitures, quasi uniquement des T03, pour une valeur estimée à 1,7 million d’euros. "Je demande la reprise du stock, les agios, les frais de stockage, mais également des frais de dédommagement sur le développement du réseau", explique l’importateur qui estime que son travail a été spolié par Stellantis.

 

Deux affaires portées devant le tribunal

 

Dans les deux cas, "après une dizaine d’échanges infructueux avec, dans le cas de Seres, des reculs incessants dans les décisions prises", souligne le dirigeant, SN Diffusion-EVE a décidé de porter ces affaires devant le tribunal international de conciliation en Chine (CEITAC – China international economic and trade arbitration). "Ce tribunal est composé d’un juge chinois, d’un juge européen et d’un juge qui n'est de la nationalité d'aucune des parties, explique Didier Sirgue. Les affaires sont traitées entre six et huit mois et il n’y a pas la possibilité de faire appel. Les frais de procédure sont à la charge du perdant."

 

Surtout, il tient à alerter les pouvoirs publics du comportement de certains acteurs chinois. "Il est impératif que les instances européennes se préoccupent de l’attitude de ces mastodontes automobiles chinois qui arrivent sur le marché européen avec pour seul objectif d’y écouler, à tout prix, leur stock, sans considération pour la loyauté des affaires et leurs partenaires économiques locaux", résume Didier Sirgue. Le jugement aura lieu d’ici la fin de l’année.

Vous devez activer le javacript et la gestion des cookies pour bénéficier de toutes les fonctionnalités.
Partager :

Sur le même sujet

Laisser un commentaire

cross-circle