Voiture électrique : le prix reste le principal obstacle

L’adoption des véhicules électriques prend son temps. Avec l’Observatoire société & consommation (ObsSoCo), BNP Paribas Mobility publie la nouvelle édition de ses indicateurs de bascule vers la mobilité électrique. Des notes sur 10 visant à mesurer et à suivre dans le temps le niveau de transition vers l’électrification des véhicules.
Ces chiffres sont divisés en trois catégories : particuliers, flottes d’entreprise et industriels. "Par ces trois catégories, nous essayons d’avoir une représentativité des différents usages et des différentes circonstances selon les cibles", précise Barbara Blanc, directrice de la mobilité pour la banque commerciale en France. Pour cette nouvelle édition, l’étude se base sur des données à la fois publiques mais aussi issues de ses propres baromètres.
Premier constat : les trois indicateurs sont en progression. Toutefois, ils évoluent de manière variable. Ainsi, l’indicateur des usagers particuliers a évolué sensiblement de 0,3 point entre 2024 et 2025 pour atteindre 4,9 sur 10.
Une croissance beaucoup plus faible que celle des flottes d’entreprise, qui enregistrent une hausse de 0,5 point. Toutefois, leur score reste en dessous de celui des particuliers, à 4,5 sur 10.
L’indicateur de bascule pour les véhicules industriels affiche, quant à lui, la plus forte progression, de 0,7 point. Mais celui-ci partait de loin, à 2,3 sur 10.
Le frein du prix
À 4,9, l’indicateur de bascule vers l’électrique des particuliers reste le plus avancé comparé aux autres segments. Bien que légère, son amélioration s’explique essentiellement par de meilleures conditions d’usage. En effet, celles-ci se sont considérablement améliorées, tant en matière de temps de recharge que d’autonomie, qui continue de croître.
Mais tout n’est pas encore optimal : la part des véhicules électriques dans les nouvelles immatriculations baisse, en raison d’un prix jugé trop élevé. BNP Paribas constate également la persistance d’un frein psychologique. Enfin, la révision de l’écoscore a réduit le nombre de véhicules éligibles, ce qui impacte les ventes de modèles à batterie disponibles.
Les flottes enregistrent, pour leur part, une progression intéressante, avec une hausse de 0,5 point. BNP Paribas explique cette dynamique par trois facteurs clés. En premier lieu, grâce à un TCO (coût total de possession) avantageux, les véhicules électriques permettent une rentabilité sur quatre ans.
Ensuite, la réglementation pousse au verdissement des flottes, notamment par le biais des avantages en nature. Enfin, la poursuite des engagements et des politiques RSE contribue également à cette progression. "Mais là aussi, la hausse des prix des véhicules, en particulier sur les modèles d’entrée de gamme – catégories B, citadines, petites compactes – reste un frein", observe Barbara Blanc.
La clé du marché de l’occasion
"Cette croissance plus modérée de l’adoption des véhicules électriques par les particuliers peut être imputée aux pressions sur le pouvoir d’achat. Les préoccupations économiques des Français sont ailleurs, et ils sont contraints par leur budget automobile", observe Christophe Michaëli. Pour le directeur du marché automobile de BNP Paribas, il serait ainsi intéressant de remettre à l’ordre du jour la prime à la casse.
Yves Pasquier-Devignes, directeur général de Volvo France, estime pour sa part que la progression de l’électrique chez les particuliers est "un immense gâchis". "Nous étions bien partis en France avec une stabilité des mesures. Mais depuis quelque temps, c’est un chaos de changements qui perturbe énormément les vendeurs comme les acheteurs", affirme-t-il.
Face aux prix trop élevés de l’électrique pour de nombreux ménages, l’occasion apparaît souvent comme l’alternative. Or, comme le précise l’étude de BNP Paribas, la démocratisation des véhicules électriques dépend fortement du marché du véhicule d’occasion (VO) à batterie.
"Avec seulement 3,3 % de véhicules électriques sur le marché de l’occasion, la démocratisation reste entravée", indique le rapport. "Le véhicule d’occasion est une des clés de la réussite, mais leurs prix restent trop élevés pour des modèles de seconde main", estime Régis Masera, directeur de l’Arval Mobility Observatory. Des loyers trop élevés ont, pour certains conducteurs, conduit à repousser la durée de détention de leur véhicule.
Une réglementation instable
La question réglementaire n’est pas non plus anodine dans le lent processus de démocratisation de la voiture électrique. Des réglementations comme l’arrêt des ventes de véhicules thermiques en 2035 génèrent de l’attentisme. "Dans le doute, les clients retardent leur achat et nous observons aujourd’hui un vieillissement du parc", pointe Christophe Michaëli. Pour le patron de Volvo France, une réglementation comme celle de l’écoscore bride l’offre de certains constructeurs.
"Certains vont pousser fortement d’autres technologies et ensuite, vous pénalisez certaines marques asiatiques avec des droits de douane élevés, pouvant atteindre 45 % sur l’électrique, alors qu’elles avaient une offre compétitive. Leur stratégie sur le marché français consiste alors à proposer de l’hybride rechargeable ou du microhybride. En réalité, le punitif fausse le marché : un concessionnaire propose ce qu’il a à vendre au client", remarque Yves Pasquier-Devignes.
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