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Succession de Francis Bartholomé : Mobilians ouvre une année électorale à forts enjeux

Publié le 2 février 2026

Par Catherine Leroy
8 min de lecture
Douze ans après l’arrivée de Francis Bartholomé à sa tête, Mobilians s’apprête à vivre une séquence déterminante de son histoire. L’élection de 2026, très encadrée statutairement mais lourde d’enjeux politiques, devra désigner un successeur capable de rassembler une filière sous pression et de prolonger la transformation engagée.
Francis Bartholomé - Mobilians
Après douze années passées à la tête de Mobilians, Francis Bartholomé s’apprête à tourner une page centrale de la vie de l’organisation patronale des services de l’automobile. ©Mobilians

Après douze années passées à la tête de Mobilians, Francis Bartholomé s’apprête à tourner une page centrale de la vie de l’organisation patronale des services de l’automobile. L’année 2026 marque une séquence charnière : celle de l’élection de son successeur. À la fois très codifiée et éminemment politique dans ses équilibres internes, cette élection suscite déjà de fortes attentes… et ne manquera pas de faire parler pendant ce premier semestre 2026.

 

En 2014, lorsque Francis Bartholomé prend la présidence, l’organisation, encore connue sous le nom de CNPA, compte environ 12 000 adhérents et génère près de neuf millions d’euros de cotisations. Douze ans plus tard, le syndicat revendique près de 24 000 entreprises adhérentes, 25 métiers représentés et un revenu issu des cotisations proche de 14 millions d’euros.

 

Une croissance continue, revendiquée comme l’un des marqueurs forts du mandat de Francis Bartholomé. Sous sa présidence, Mobilians a élargi son périmètre pour devenir une "maison commune" des services de l’automobile avec près de 25 métiers représentés : concessionnaires, agents, réparateurs, carrossiers, auto-écoles, loueurs, entreprises de recharge, métiers de l’économie circulaire, véhicules industriels, deux-roues. "Notre enjeu principal a été de faire en sorte que l'on représente l'ensemble de la filière des services", fait-il remarquer.

 

Une diversification assumée, parfois à la frontière de l’industrie, mais qui répond à une volonté claire : structurer une filière de services complète, capable de peser face aux pouvoirs publics. Cette montée en puissance s’est accompagnée d’un renforcement du rôle paritaire de Mobilians avec la formation professionnelle (Mobipolis), la santé, la prévoyance avec IRP Auto, l'action sociale mais aussi le fonds de secours dans lequel certains adhérents peuvent puiser en cas de coups durs.

 

Autant de champs qui, selon Francis Bartholomé, rendent aujourd’hui la fonction présidentielle plus complexe qu’hier, et justifieraient presque une période de transition formalisée entre deux mandats. Mais cette idée qu'il avait pourtant portée n’a pas abouti et n’est pas aujourd’hui inscrite dans les statuts.

 

Une présidence marquée par les grands dossiers politiques

 

Le mandat de Francis Bartholomé aura également été profondément structuré par les mutations de l’automobile. La décarbonation du secteur, l'électrification du marché, la fiscalité en perpétuel changement, les contraintes réglementaires sont autant de sujets qui auront marqué ses douze années de présidence.

 

D'ailleurs, le combat pour une fiscalité automobile plus juste se poursuit. Le président sortant plaide pour une remise à plat globale du système. Aides à l’acquisition des véhicules dits propres, bonus-malus CO₂, dont il dénonce la dérive vers un système punitif avec des taxes pouvant atteindre 70 000 à 80 000 euros et réflexion à venir sur la taxation de l’électricité et du kWh sont autant de dossiers qu’il espère faire avancer. Même si, selon ce dernier, rien ne sera véritablement décidé avant les présidentielles prévues en 2027. "La logique initiale d’équilibre financier du bonus-malus a été perdue", dénonce-t-il et "l’État n’a plus aujourd’hui les moyens d’assumer un véritable système incitatif".

 

Autre sujet majeur : l’acceptabilité de la voiture électrique. Mobilians s’est engagée dans des travaux sur la durabilité des batteries, leur entretien, la réparabilité des véhicules et la pédagogie auprès des consommateurs. Un discours que Francis Bartholomé veut "moins culpabilisant, plus explicatif, afin de permettre des choix éclairés". Sur ce point, l’après-vente est identifiée comme un levier clé de confiance.

 

Enfin, la présidence Bartholomé aura aussi été confrontée à des réalités économiques plus dures notamment pour la distribution automobile. Les pertes annoncées sur les véhicules électriques d’occasion, l’abandon annoncé par certains distributeurs des dispositifs de buy back sur ce segment de véhicules, les provisions massives que le secteur doit passer et une gestion plus fine des stocks pour préserver la trésorerie marquent largement la fin de ce mandat.

 

Appliquer strictement les statuts

 

En juin 2026, celui-ci s'apprête donc à laisser son fauteuil. La limite d’âge statutaire, qu’il regrette en souriant de ne pas avoir fixée plus haut, met un terme définitif à sa candidature. "Attention au contrat de trop", confie-t-il, évoquant à la fois une réflexion personnelle et la nécessité de savoir passer la main, même lorsque le bilan est jugé très positif.

 

La première étape du processus électoral revient au conseil des sages de Mobilians, véritable "Sénat de Mobilians". Composé de dix membres, tous nommés par le président national, cet organe intervient sur les sujets structurants : gestion des fonds de secours, décisions sensibles touchant au patrimoine financier de l’organisation, et bien sûr, l’organisation des élections.

 

C’est donc le conseil des sages qui décide de l’ouverture officielle de la période de dépôt des candidatures. Celle-ci s’ouvre dès ce mois de février 2026. Les candidats, déjà connus officieusement, devront se déclarer, voir leur candidature examinée puis validée. La période de dépôt devrait se clore fin février, avant le lancement d’une campagne interne encadrée par un règlement précis.

 

Une campagne très encadrée… et un système de grands électeurs

 

Pas de suffrage universel direct (des adhérents), pas de communication grand public : chez Mobilians, la campagne se joue en interne, au siège basé à Meudon (92), mais aussi sur le terrain. Les règles sont strictes, les temps de parole et les modalités de campagne formalisés avant un scrutin final qui se tiendra lors de l’assemblée générale élective du 24 juin 2026. Celle-ci repose sur un système de grands électeurs, dont le nombre atteint 250.

 

Deux piliers structurent cette représentation. Tout d’abord, les territoires qui disposent de 100 voix. Chaque région dispose d’un nombre de voix proportionnel à son nombre de départements. Les présidents départementaux, le président régional, le président national et le trésorier participent au vote. La première élection territoriale s’est d’ailleurs déroulée le 22 janvier dernier en Occitanie. Laurent Hérail y a été reconduit à la présidence régionale pour un nouveau mandat de quatre ans. Il est accompagné de Guillaume Pech (Alpha Recyclage, Toulouse) à la vice-présidence et de Pierre Geral (Carrosserie Henry Geral, Carcassonne) en tant que trésorier. Ce seront donc les premiers grands électeurs pour le ou la future présidente de Mobilians. Une région très importante dans le processus puisque celle-ci compte près de 13 départements et autant d’électeurs.

 

Viennent ensuite dans ce processus les métiers qui comptent également 150 voix. Les 25 métiers sont représentés selon un équilibre mêlant effectifs et poids économique, mesuré notamment par la somme des cotisations. Certains métiers peuvent compter jusqu’à 25 électeurs, quand d’autres n’en ont qu’un seul. Les concessionnaires VP constituent le premier métier en poids électoral, devant les agents. Viennent ensuite des branches comme la SMAVA, les auto-écoles, les carrossiers, les loueurs ou encore les véhicules industriels. L’addition de ces deux collèges, les territoires et les métiers, forme le corps électoral final.

 

Le profil du "bon" candidat

 

Sans jamais citer de nom, le président sortant dessine le portrait-robot de son successeur idéal : une personnalité expérimentée, connaissant la "maison", ses équilibres paritaires, ses territoires, ses métiers, et capable de rassembler des professions de plus en plus diverses.

 

"En théorie, tout adhérent partageant l’esprit Mobilians pourrait accéder à la présidence" reconnaît Francis Bartholomé, "mais en pratique, le futur président devrait probablement être issu de l’un des grands métiers, agents ou concessionnaires, pour disposer d’une légitimité suffisante et qu'il soit rassembleur".

 

Mais le futur élu convient que son successeur devra tenir un cap stratégique clair : aller vers une véritable gouvernance de branches, capable d’accompagner une organisation arrivée à maturité, avec une croissance qui pourrait devenir asymptotique.

 

Dans un contexte de consolidation du secteur et de pression sur les marges, la question ne sera plus seulement de croître, mais de "faire toujours mieux pour moins cher", sans remettre en cause le principe des cotisations. Celui-ci est basé aujourd'hui sur un nombre de sites auquel s'ajoute un nombre de salariés. Mais le montant de la cotisation n'est pas proportionnel au nombre de points de vente ou de service, mais suit une courbe asymptotique. Mathématiquement, avec la multiplication des rachats et des fusions, les revenus issus des cotisations ne pourront plus augmenter dans les mêmes proportions.

 

Une élection à forts enjeux internes et externes

 

Derrière le formalisme statutaire, l’élection du prochain président de Mobilians cristallise des enjeux très politiques : arbitrages entre métiers, équilibres territoriaux, relations avec l’État, capacité à peser dans les débats sur la transition énergétique et la fiscalité.

 

Après douze ans de présidence marquée par l’expansion et la structuration, le successeur de Francis Bartholomé héritera d’une organisation puissante… mais confrontée à des choix stratégiques majeurs. En interne, l'enjeu, selon le président, est d'éviter les déchirements. Car l'élection aura autant de répercussions à l'intérieur de la "maison", qu'en dehors de ses murs.

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