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Les ZFE face à la problématique du pouvoir d'achat des Français

Publié le 23 mars 2022

Par Gredy Raffin
6 min de lecture
Une étude de grande envergure du CSA, pour l'Association Eco Entretien, montre que les Français ne pourront pas changer de véhicule une fois les ZFE en place, faute de moyens. Un défi pour les pouvoirs publics et les distributeurs automobiles.
Selon l'étude CSA, 47 % des Français ne changeront pas de véhicules en dépit des restrictions de circulation des ZFE-m.
Selon l'étude CSA, 47 % des Français ne changeront pas de véhicules en dépit des restrictions de circulation des ZFE-m.

Malgré les restrictions qui vont être instaurées dans le cadre des zones à faible émission (ZFE-m), peu de Français envisagent de changer de véhicules. Tel est l'enseignement principal de l'étude menée par le CSA pour le compte de l'Association Eco Entretien, dont le résultat a été publié le 23 mars 2022. Réalisé avec la collaboration de Franck Cazenave, spécialiste de la mobilité et auteur de "La Robomobile", le sondage a permis de "mettre des données statistiques sur ce qui restaient encore des impressions de terrain", nous résume Etienne Diot, le délégué général de l'Association Eco Entretien.

 

Parmi les 1 587 propriétaires de véhicules ciblés par les mesures réglementaires qui ont été sondés (dont des Crit'Air 2 dans les Métropoles du Grand Paris et de Lyon, en plus des Crit'Air 3, 4, 5 et non classés dans les 41 autres villes concernées), 47 % laissent à penser qu'ils ne changeront pas de bien pour se conformer aux futures dispositions. Les raisons évoquées sont nombreuses, mais la question du budget est évidemment la plus importante.

 

En effet, plus d'un tiers des Français concernés (36 %) n'ont simplement pas les moyens de faire l'acquisition d'un véhicule essence classé Crit'Air 1. Ils sont 38 % chez les détenteurs de la vignette Crit'Air 3 et 42 % chez les Crit'Air 4, 5 et les non classés. "La preuve que plus le véhicule est vieux et polluant et moins leur propriétaire a les moyens de changer", interprète Franck Cazenave.

 

La suite du bilan montre que ces premiers sont mêmes majoritaires, puisque la part des automobilistes prêts à débourser au moins 3 990 euros pour un véhicule Crit'Air 1 tombe à 27 %, tandis que celle des foyers qui investiront entre 9 990 et 20 000 euros est donnée à 23 % par le résultat du sondage. Au-delà de cette limite de prix, cela relève de la marginalité : 8 % des automobilistes (16 % dans le Rhône-Alpes et 13 % en Ile-de-France) consentiront à dépenser entre 20 000 et 30 000 euros et ils sont 6 % à évoquer un montant supérieur (15 % en Ile-de-France). A noter cependant que 17 % des Français ayant les moyens de changer refuseront de sauter le pas. Ils sont 24 % parmi les conducteurs de véhicules Crit'Air 3, 4, 5 et non classés.

 

A lire aussi : La ZFE de Lyon prend de l'avance

 

"Plus d’un tiers des Français qui seront exclus des ZFE ne peuvent pas changer de voiture. Cette réalité du pouvoir d’achat des automobilistes doit être prise en compte dans la mise en place des ZFE sur le territoire car elle risque d’exclure brutalement des millions d’automobiliste des grandes agglomérations, pointe du doigt, Etienne Diot. L’Association Eco Entretien se mobilise pour sensibiliser à cette réalité." En 2021, plus de 15 millions de véhicules Crit’Air 3, 4, 5, et non classés circulaient en France. Les projections de l'étude de l'association tablent donc sur un total d'environ 7 millions de véhicules jugés polluants, soit près de 20 % du parc roulant, qui circuleront encore en 2025.

 

"Nous avons remarqué que le fait de rappeler la définition des ZFE auprès des sondés a renforcé le sentiment d'incertitude", souligne Franck Cazenave. En effet, avant d'être 47 % à ne pas envisager de changer de voiture, ils n'étaient "que" 41 % seulement dans cette posture. Les conducteurs de diesel sont désormais 14 % à vouloir changer (contre 19 % avant rappel de la définition). Ceux de véhicules essence sont 8 % à projeter un achat (contre 10 % avant). Dans le camp des électrifiés, la mesure semble être plus maîtrisée : 8 % des conducteurs de VE changeront (contre 7 % avant explication), tandis que les possesseurs d'hybrides – rechargeables ou non – restent à 5 % d'intention d'achat avant et après rappel des enjeux. Les propriétaires de véhicules au GPL, enfin, sont toujours 1 % à vouloir changer.

Trois pistes de réflexion à explorer

 

Avec cette étude dans les mains, Etienne Diot envisage plusieurs actions à commencer par sensibiliser les pouvoirs publics puisque les débats vont aller bon train. La tenue de l'élection présidentielle peut offrir une caisse de résonance pour remettre en lumière le caractère discriminatoire des ZFE. Un des leviers pourrait consister à soutenir toujours plus les aides à la transition du parc. Rappelons que quelque 1,5 million véhicules visés ont fait l'objet d'une transaction sur le marché du VO l'an passé.

 

"Il pourrait également s'agir de renforcer les transports publics", ouvre une autre piste l'auteur de La Robomobile, ouvrage destiné à nourrir des réflexions sur l'emploi des navettes autonomes dans les villes. "Ce pourrait être un moyen efficace de palier la suppression de la voiture du cœur des villes", poursuit-il. Une étude récente, publiée par la Macif lors du salon Autonomy, a démontré que les élus locaux ne sont pas fermés à cette solution, une fois les grands défis relevés.

 

A lire aussi : Où trouve-t-on déjà des ZFE ?

 

Le troisième levier relève davantage du champ de compétence d'Etienne Diot. Le délégué général de l'association milite pour des dispositions en faveur de l'entretien des véhicules. "Les conducteurs pourraient être encouragés à réaliser le suivi de leur véhicule afin de s'assurer qu'il ne pollue pas, explique-t-il, et, en récompense, ils obtiendront une dérogation à durée déterminée pour entrer dans les ZFE". Une piste de réflexion qui le ramène à une idée avancée à l'été 2021, celle d'accorder un chèque éco-entretien pour lancer la machine.

 

Dans le reste de l'étude, le CSA confirme le résultat des précédents sondages du genre. Les ZFE-m et le système de classification des vignettes sont encore globalement méconnus des Français (même si 84 % en ont entendu parler). Preuve en est, d'un côté, 47 % des répondants n'ont, de prime abord, aucune idée du sujet et seuls 37 % livrent la bonne définition. D'un autre côté, 71 % des 1 587 sondés se trompent ou ignorent la classification de leur propre automobile sur la grille d'évaluation de Crit'Air. En revanche, malgré les contraintes, 54 % des Français impactés sont favorables au dispositif des ZFE, soit seulement 3 points de moins que l’ensemble des Français.

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