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Élection à la présidence de Mobilians : Denis Bernier veut renforcer l’influence de la filière

Publié le 8 avril 2026

Par Catherine Leroy
9 min de lecture
Pour la première fois, trois candidats sont en compétition pour l'élection à la présidence de Mobilians. Le Journal de l’Automobile a choisi de leur donner la parole à travers une série de mêmes questions. Chaque candidat s’exprime sans avoir eu connaissance des réponses de ses concurrents, afin de garantir la sincérité de ses positions. Ces entretiens seront publiés successivement. Denis Bernier, distributeur et actuel président du Conseil des territoires, ouvre le bal.
présidence Mobilians Denis Bernier
Denis Bernier est candidat à la présidence de Mobilians dont l'élection aura lieu le 24 juin 2026. ©Mobilians

Candidat à la présidence de Mobilians, Denis Bernier détaille sa vision pour la filière automobile : fiscalité jugée mortifère, renforcement des territoires, évolution du modèle et nécessité de mobiliser clients et usagers pour peser davantage dans le débat public.

 

Le Journal de l'Automobile : Pourquoi avez-vous décidé de vous présenter à l'élection nationale de la présidence de Mobilians aujourd’hui ?

Denis Bernier : Je souhaite m’engager à un moment clé pour la filière. Nous traversons une période de transformation profonde, et je pense pouvoir apporter une contribution utile, notamment en renforçant le lien avec les territoires et en structurant davantage notre action collective. J’ai derrière moi plus de 35 ans d’expérience dans le métier, avec un parcours solide et des équipes en place qui me permettent de m’engager pleinement sans mettre en péril mes activités professionnelles de distributeur.

 

Surtout, ces huit années passées au sein de Mobilians, que ce soit dans les territoires puis à la présidence du Conseil des territoires, m’ont donné une connaissance approfondie de la maison : ses métiers, ses équipes, ses forces, mais aussi ses points de blocage.

 

Aujourd’hui, j’ai envie d’aller plus loin : mettre cette expérience au service de Mobilians pour faire avancer concrètement les sujets qui peinent encore à évoluer.

 

J.A. : Quels sont les points forts de l’organisation Mobilians et les pistes d’amélioration ?

D.B. : Mobilians dispose de vrais atouts. Sa notoriété s’est renforcée ces dernières années, avec une action de lobbying efficace et une représentativité élargie, puisqu’elle fédère désormais 25 métiers et des dizaines de milliers d’entreprises. C’est aussi une organisation très présente sur le terrain, avec un réseau territorial puissant, et une expertise reconnue sur les plans juridique, social et des métiers, au service des adhérents. Mais ces forces s’accompagnent de marges de progrès.

 

Les territoires doivent être davantage soutenus. Ils sont au contact direct des adhérents et des élus locaux, mais manquent encore de moyens et de reconnaissance. Il faut aussi mieux mobiliser les adhérents, malgré une base en croissance. L’organisation des métiers reste par ailleurs inégale : certains sont très structurés, d’autres moins. Il faut renforcer leur accompagnement et mieux articuler leur action avec les territoires.

 

Autre enjeu : la communication. Mobilians doit être plus réactive et plus offensive dans la défense des intérêts de la profession, en s’appuyant davantage sur l’opinion publique et les clients. Enfin, des progrès sont nécessaires dans le fonctionnement interne : organisation, efficacité et gouvernance doivent gagner en modernité et en transparence.

 

J.A. : Comment Mobilians peut accompagner une filière qui traverse une réelle période de crise ?

D.B. : Mobilians doit s’appuyer sur ses fondamentaux : une forte capacité de mobilisation, des experts reconnus et un ancrage territorial solide. Mais il faut aller plus loin en renforçant notre capacité d’influence. Cela passe notamment par une meilleure mobilisation de nos adhérents et de nos clients, qui peuvent devenir des relais dans le débat public. Face à la crise, le rôle de Mobilians est d’abord d’aider la filière à y voir clair : comprendre les transformations en cours et regarder la réalité du marché en face, même lorsqu’elle est difficile. Ces évolutions sont profondes et durables, et chacun doit pouvoir s’y préparer.

 

Ensuite, Mobilians doit jouer pleinement son rôle de représentation, en pesant auprès des pouvoirs publics pour faire évoluer certaines décisions et alerter sur leurs conséquences concrètes pour les entreprises et l’emploi. Enfin, il faut agir très concrètement sur le terrain, métier par métier. Cela passe par des combats précis – réglementaires ou sociaux – où l’organisation peut mobiliser collectivement pour obtenir des adaptations indispensables, comme sur certains statuts ou certaines contraintes d’activité.

 

J.A. : Quelle est la menace la plus immédiate pour les entreprises du secteur ?

D.B. : La menace la plus immédiate, c’est clairement la fiscalité automobile. Elle a un impact direct et rapide sur le marché : les dispositifs comme le malus ou le malus au poids freinent fortement les ventes. On le constate déjà : le marché est pénalisé et cela fragilise l’ensemble de la filière. À court terme, c’est donc le principal facteur de risque pour les entreprises du secteur. En France, la fiscalité est devenue mortifère.

 

J.A. : Et la principale opportunité ?

D.B. : Elle réside dans la transformation du parc automobile, notamment avec l’électrification. Elle va ouvrir la voie à de nouveaux produits et services, autour de la connectivité, de l’assistance à la mobilité ou encore de technologies plus avancées. On voit déjà émerger des investissements importants dans ces domaines, qui vont créer de nouvelles activités : distribution, entretien, accompagnement des usages… et même, plus largement, de nouveaux métiers au-delà de l’automobile traditionnelle. Autrement dit, cette mutation est une contrainte à court terme, mais une véritable opportunité de développement à moyen terme pour toute la filière.

 

J.A. : Quelle stratégie Mobilians doit-elle adopter pour peser davantage dans le débat public, notamment à l’approche des élections de 2027 ?

D.B. : Mobilians doit continuer à renforcer son travail de lobbying, à la fois au niveau national et dans les territoires, en maintenant un dialogue étroit avec les élus. Mais il faut aller plus loin en mobilisant de nouveaux relais d’influence, notamment les clients et usagers. Ils peuvent devenir de véritables porte-voix pour défendre la filière dans le débat public. À l’approche des échéances de 2027, l’enjeu est donc de compléter l’action institutionnelle par une stratégie d’influence plus large et plus visible.

 

J.A. : Le fonctionnement actuel de Mobilians est-il adapté ?

D.B. : Globalement, il est solide : l’organisation dispose d’une vraie capacité d’action, avec des experts reconnus, des élus engagés et un réseau efficace pour mener des actions de lobbying. La base est donc bonne, et permet déjà de produire et d’agir efficacement. Mais pour répondre pleinement aux enjeux actuels, il faut aller plus loin, faire un peu de bruit : gagner en visibilité, mobiliser davantage de relais et d’influence, notamment auprès du grand public et des clients. Car au-delà du travail technique et institutionnel, il est aussi essentiel de peser dans le débat d’opinion, dans un contexte où l’image de l’automobile reste parfois défavorable.

 

J.A. : Faut-il renforcer le rôle des territoires ou aller vers une gouvernance plus structurée par branches ?

D.B. : Les territoires sont essentiels. Ce sont les fondations de Mobilians. Ils assurent notre représentativité, notre mobilisation auprès des élus et le lien avec les adhérents. Il faut donc clairement renforcer leur rôle.

 

J.A. : Comment mieux intégrer la diversité des activités de la filière ?

D.B. : Mobilians a déjà beaucoup progressé en intégrant des métiers qui étaient autrefois perçus comme concurrents. Cette diversité est aujourd’hui une richesse, même si elle suppose encore un travail d’alignement. L’enjeu est de renforcer ce qui rassemble : identifier et porter des combats communs, notamment sur la fiscalité ou la réglementation, qui concernent l’ensemble de la filière. Il faut aussi encourager davantage de coopération entre métiers, en favorisant des actions transversales lorsque leurs intérêts convergent. Il faut aussi dépasser les logiques de concurrence locale pour se concentrer sur les enjeux collectifs au niveau national.

 

J.A. : Quelles activités vous semblent les plus fragilisées aujourd’hui ?

D.B. : La distribution automobile est aujourd’hui la plus exposée, notamment à cause de la fiscalité et des évolutions du marché. À plus long terme, la réparation pourrait également être touchée. Si l’activité reste soutenue aujourd’hui grâce au vieillissement du parc, l’électrification va progressivement réduire les besoins en entretien et en pièces.

 

J.A. : Quelles seraient vos trois priorités dès le début de votre mandat ?

D.B. : D’abord, améliorer le fonctionnement interne de Mobilians pour gagner en efficacité et en lisibilité. Ensuite, renforcer les moyens et le rôle des territoires, qui sont au cœur de la relation avec les adhérents. Enfin, développer une communication plus forte et plus visible, en phase avec les enjeux actuels de la filière.

 

J.A. : Sur quel chantier souhaitez-vous obtenir des résultats visibles rapidement ?
D.B. : Sur les trois axes précédents.

 

J.A. : Mobilians entre-t-elle dans une phase de consolidation ?

D.B. : Mobilians entre effectivement dans une phase de consolidation après plusieurs années d’expansion, marquées par l’élargissement du périmètre métiers et le renforcement de sa représentativité. Mais le potentiel de croissance en nombre d’adhérents reste réel, notamment sur certaines cibles encore peu couvertes, en particulier les petites structures et les indépendants.

 

En revanche, la dynamique des cotisations est structurellement contrainte. D’une part, la capacité contributive des entreprises atteint ses limites dans un contexte économique tendu. D’autre part, les phénomènes de concentration, notamment dans la distribution, tendent à réduire mécaniquement le rendement des cotisations. Dans ce contexte, l’enjeu n’est plus tant la croissance des ressources que leur stabilisation et leur diversification. Cela suppose de mobiliser de nouveaux leviers, comme le développement de partenariats ou, à plus long terme, une offre de services à valeur ajoutée. On est donc face à un changement de modèle : passer d’une logique d’expansion à une logique d’optimisation, de ciblage et de sécurisation des ressources.

 

J.A. : Faut-il faire évoluer le modèle ?

D.B. : Oui, mais dans une logique d’adaptation. Mobilians doit rester concentrée sur son cœur de valeur : la représentation et le lobbying. En parallèle, il faut optimiser l’organisation interne et clarifier la gouvernance. Le président doit rester un élu issu des métiers, engagé, mais non salarié. Il fixe la stratégie, représente la profession et s’inscrit dans une logique d’intérêt collectif. En parallèle, une direction générale, clairement identifiée, doit assurer le pilotage opérationnel. Enfin, Mobilians doit rester une organisation patronale. Des coopérations avec d’autres acteurs, y compris dans une logique de dialogue social, peuvent exister, mais sans remettre en cause son identité et sa mission première de représentation des entreprises.

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