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Industrie

Équipementiers automobiles : la spirale du déclin s'est accélérée en 2025

Publié le 17 février 2026

Par Catherine Leroy
5 min de lecture
Les derniers chiffres publiés par la Fiev confirment une dégradation structurelle de la filière : 40 % des entreprises en perte d'exploitation, suppressions d'emplois massives et délocalisations accélérées. Un appel urgent à l'action est lancé aux pouvoirs publics européens.
crise des équipementiers automobiles
10 % des entreprises prévoient de fermer un site industriel en France d'ici six mois et près de 13 % en Europe. L'Allemagne se trouve en première ligne, comme ici le site de production d'Eberspächer. ©Eberspächer

La situation des équipementiers automobiles implantés en France continue de se dégrader. La Fédération des industries des équipements pour véhicules (Fiev) vient de rendre publiques deux études convergentes portant sur les résultats financiers 2024 de plus de 200 équipementiers installés en France, croisées avec une enquête sur l'activité et l'emploi conduite en janvier 2026.

 

Le diagnostic est sans appel : la filière traverse une crise de grande ampleur, sous le double effet d'une chute des volumes de production et d'une concurrence étrangère, principalement chinoise, que les industriels européens peinent à contrer sans le soutien des pouvoirs publics.

 

Une rentabilité fragilisée

 

Près de 40 % des équipementiers affichent un résultat d'exploitation négatif pour l'exercice 2024, signe qu’ils perdent de l’argent sur leur activité courante. Pour 52 % des entreprises, la rentabilité se situe entre 0 % et 10 %, un niveau jugé insuffisant pour absorber les chocs conjoncturels ou financer les investissements industriels nécessaires à la transition technologique. Seuls 10 % des acteurs dépassent le seuil de 10 % de rentabilité, considéré comme un minimum de solidité financière dans l’industrie.

 

Cette fragilité est d’autant plus marquée que 75 % du chiffre d’affaires des équipementiers provient de la production, activité fortement capitalistique et consommatrice de main-d’œuvre qualifiée. Les services (13 %) et les activités commerciales (12 %) restent minoritaires, limitant les marges de manœuvre face à la baisse des volumes.

 

Or, ces volumes restent durablement orientés à la baisse : 45 % des entreprises ont vu leur activité reculer de plus de 20 % en 2025 par rapport à 2019, dont 19 % de plus de 30 %. Par rapport à 2024, 56 % enregistrent encore une diminution d’activité en 2025.

 

Emplois : la saignée se poursuit

 

Sur le plan social, les résultats de l'enquête menée auprès des adhérents de la Fiev en janvier 2026 dressent un tableau préoccupant. 45 % des entreprises déclarent avoir supprimé des emplois en France au cours des douze derniers mois et 50 % en Europe hors France.

 

Ces suppressions, qui se comptent parfois en milliers de postes, s'inscrivent dans un contexte de contraction généralisée des volumes chez les constructeurs automobiles et d'une absence totale de visibilité sur la demande à court terme.

 

 

Le recours à l'activité partielle illustre l'ampleur de la désorganisation industrielle, selon la fédération : entre 10 % et 30 % des salariés y ont été soumis en 2025 et un équipementier sur cinq prévoit d'y recourir à nouveau dans les six prochains mois.

 

À court terme, 35 % des répondants anticipent de nouvelles suppressions de postes en France dans les prochains mois, 40 % en Europe. Par ailleurs, 10 % des entreprises prévoient de fermer un site industriel en France d'ici six mois et près de 13 % en Europe. L'Allemagne se trouve en première ligne.

 

À moyen terme, la tendance apparaît encore plus structurelle. 74 % des équipementiers anticipent une réduction de leurs capacités de production en Europe dans les cinq prochaines années. Pour 35 % d’entre eux, cette contraction serait comprise entre 10 % et 25 %, tandis que certains évoquent des baisses supérieures à 25 %, voire à 50 %.

 

Les raisons avancées sont multiples : fragilité des activités liées aux motorisations thermiques encore majoritaires, montée en charge trop lente de l'électrique et pression croissante de la concurrence chinoise. Plus de la moitié des répondants (56 %) est confrontée à un risque qualifié de "dessourcing", un terme qui signifie l'éviction de leur rôle au profit d'acteurs implantés dans des pays à bas coûts comme la Chine, le Maroc, la Turquie et la Pologne.

 

"Les filières française et européenne des équipements automobiles ont prouvé leur capacité d’innovation, leur engagement dans la transition écologique et leur excellence industrielle. Mais elles font face à une concurrence déloyale et à l’absence de mesures européennes de protection. Sans action rapide et déterminée, ce sont des milliers d’emplois industriels, des dizaines d’usines et des pans entiers de notre savoir-faire qui vont continuer de disparaître au profit de pays à bas coûts", indique Jean-Louis Pech, président de la Fiev, dans un communiqué.

 

Dans ce contexte, la publication imminente de l’Industrial Accelerator Act est perçue comme un moment charnière.

 

 

Pour la Fiev, ce texte pourrait contribuer à rééquilibrer les conditions de concurrence. La fédération rappelle que les équipementiers représentent 85 % du prix de revient d’un véhicule, génèrent près de 17 milliards d’euros de chiffre d’affaires (dont 55 % à l’export) et emploient environ 58 000 personnes en France.

 

L’enjeu de l’instauration d’un contenu local ne relève même plus de la compétitivité, mais bien du maintien d’une base industrielle en Europe.

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