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Industrie

Bridgestone veut fermer son usine de Béthune

Publié le 16 septembre 2020

Par Elodie Fereyre
4 min de lecture
Le manufacturier japonais a fait savoir, mercredi 16 septembre 2020, lors d’une réunion extraordinaire du comité social et économique, son projet de cessation totale et définitive de l’activité de Béthune. 863 emplois sont concernés.
L'usine Bridgestone de Béthune pourrait fermer ses portes à partir du deuxième trimestre 2021. Cette décision concernerait 863 emplois.

 

Après ses concurrents, Michelin il y a près d’un an, et Continental très récemment, c’est au tour de Bridgestone d’annoncer sa volonté de fermer son usine située à Béthune (62). Pour justifier ce projet, le manufacturier nippon invoque un marché du pneumatique confronté à de nombreuses difficultés depuis plusieurs années, sans même tenir compte des conséquences à venir de la pandémie de Covid-19. Mais aussi une concurrence asiatique, dont il estime que les parts de marché ont crû de 6 % à 25 % entre 2000 et 2018. Des tendances qui entraînent une surcapacité de production en Europe ainsi qu’une une pression sur les prix, "en particulier sur le segment LRD (jantes à dimensions inférieures à 18 pouces de diamètre)".

 

863 emplois menacés

 

Il indique également que son usine de Béthune est la moins performante de sa dizaine d’usines européennes. "En une décennie, ses effectifs ont chuté de 40 %, au même rythme que ses volumes de production (passés de 8,5 millions d'unités à 5,1 millions) dans un marché stable", a-t-il confié à l’AFP. Le manufacturier déclare "envisager la cessation totale et définitive de l’activité de l’usine de Béthune comme étant la seule option qui permettrait de sauvegarder la compétitivité des opérations de Bridgestone en Europe". Au total, 863 employés seraient concernés par cette mesure qui ne devrait pas être effective avant le deuxième trimestre 2021.

 

Laurent Dartoux, CEO et Président de Bridgestone EMIA, a assuré avoir pleinement conscience des conséquences de cette décision : "La cessation d’activité de l’usine de Béthune est un projet que nous ne prenons pas à la légère. Malheureusement, il n’existe pas d’alternative qui nous permettrait de surmonter les difficultés auxquelles nous sommes confrontés en Europe. Cette étape est nécessaire pour pérenniser les activités de Bridgestone à long-terme ", a-t-il indiqué.

 

Limiter l’impact sur l’emploi dans le Pas-de-Calais

 

Ainsi, ce plan devrait être mis en place en collaboration avec syndicats du personnel et le groupe assure vouloir limiter le nombre de licenciements en privilégiant des mesures de pré-retraite, le reclassement interne des salariés au sein des autres activités de Bridgestone en France, et en favorisant le reclassement externe. Le fabricant a également annoncé vouloir limiter l’impact de cette fermeture sur la région, et s’est notamment engagé à trouver un repreneur pour son site.

 

"Nous sommes pleinement conscients des conséquences de cette annonce, notamment sur le quotidien des employés et de leurs familles. Ce projet n'est pas révélateur de l'engagement des employés, ni de leurs nombreuses années de travail à fournir des produits de grande qualité à nos clients. Il est la conséquence directe d'une évolution du marché à laquelle Bridgestone doit faire face. La priorité de Bridgestone sera de toute évidence de trouver des solutions équitables et adaptées à chacun d’entre eux, en proposant un accompagnement personnalisé et des solutions cohérentes avec leurs projets personnels et professionnels", a ajouté Laurent Dartoux.

 

"Une décision brutale"

 

Cette annonce qui a eu "l'effet d'une bombe" pour les syndicats, a suscité de vives réactions du monde politique. A commencer par le gouvernement et le président de la région, Xavier Bertrand, qui ont réagi immédiatement en contestant "la brutalité, la pertinence et les fondements" de cette annonce auprès de l’AFP. Ils demandent à l’entreprise d’ouvrir et d’analyser "en détail l’ensemble des scénarios alternatifs à la fermeture du site". Cette décision est jugée comme "une trahison de la confiance que l'Etat et la région Hauts-de-France ont placée dans le groupe japonais", a quant à lui estimé le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal. Et d'ajouter : "Bridgestone doit aujourd'hui assumer ses responsabilités plutôt que de chercher des prétextes", estimant que "c'est l'entreprise qui a sous-investi dans le site de Béthune au profit d'autres sites", et qui "a été incapable d'instaurer les conditions d'un dialogue social sain". (avec AFP)

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