Diesel : la relance dans le neuf peut-elle vraiment soutenir l’occasion ?

Quand Stellantis parle de remettre des moteurs diesel au catalogue, l'Europe écoute. L'annonce du 14 février dernier n'est pas passée inaperçue et interroge sur l'éventualité d'un retour en force de cette motorisation en déclin continu dans l'ère post-Covid. À l'heure de la norme Euro 7, le diesel est-il condamné à devenir une motorisation de voitures d'occasion vieillissantes ?
Sur le marché de la revente, la motorisation diesel ne souffre certes pas autant que dans le neuf, mais elle bat clairement de l'aile. L'an passé, 2,402 millions de voitures fonctionnant au gazole ont été recommercialisées sur les canaux. Par rapport aux chiffres de l'exercice 2024, le marché tricolore a ainsi perdu 4,2 % pour voir les diesel descendre à 44,5 % de pénétration dans les transactions tous canaux confondus.
Dans les halls des concessions, en 2025, Peugeot (7 480 unités ; -57,5 %) et Citroën (9 700 unités ; -40,5 %) ont cumulé moins d'immatriculations de voitures diesel que Renault (17 350 unités ; -8 %), toujours d'après les statistiques de AAA Data. Dès lors qu'il s'agit des voitures d'occasion, les deux marques de Stellantis montrent combien elles dépendent de cette énergie. Durant la période, 479 954 Peugeot et 586 479 Citroën diesel ont été revendues, soit respectivement 51,7 % et 54,7 % de leur mix VO. Alors que cette part se limite à 44,6 % chez Renault (442 756 unités).
D'autres marques sont encore plus tributaires de leur offre de voitures diesel d'occasion. C'est notamment le cas de BMW (56,5 % du mix, à 137 160 unités) et surtout de Mercedes (62,6 %, à plus de 134 700 unités). En revanche, dans les rangs de Stellantis, Opel (45 % du mix, à 62 500 unités) et Fiat (21,5 %, à 28 000 unités) ont clairement amorcé leur transition vers d'autres énergies.
Deux tiers d'achats de VO de plus de 10 ans
Pour AAA Data, qui s'appuie sur les données communiquées à l'enregistrement de la carte grise, le profil type de l'acheteur d'une voiture diesel d'occasion est un homme de 41 ans. Dans près de 700 500 cas, l'acquéreur a choisi de passer par un professionnel, en 2025. C'est 13,9 % de moins que l'année précédente. Le manque d'offres a poussé les Français à faire commerce entre eux directement. Ainsi, le canal du CtoC a bondi de 9,1 %, à pratiquement 1 574 500 échanges au cours de l'an passé.
Il est intéressant de noter que la consommation réelle, autrement dit les ventes au consommateur final, a légèrement augmenté. Le volume d'achat de VO diesel par des utilisateurs passe de 2 256 816 à 2 274 947 unités, soit 18 131 transactions supplémentaires (+0,8 %). En revanche, la répartition entre les canaux se déséquilibre en faveur du CtoC qui gagne cinq points à 69 %.
L'acheteur français de voitures diesel d'occasion privilégie les exemplaires les plus âgés. Dans sa structure, le marché totalise en effet 66,5 % de ses ventes avec des voitures de plus de dix ans (1,3 million d'unités) contre 11,5 % avec des moins de cinq ans (276 000 unités). D'ailleurs, toujours en raison du manque de produits disponibles, le créneau des moins de deux ans plonge de 28,9 %, quand celui des plus de 20 ans s'envole de 17,9 %.
La Normandie tourne le dos au diesel d'occasion
En ce qui concerne les modèles préférés des Français, la Renault Clio 3 a tiré son épingle du jeu avec 61 932 échanges (+2,1 %) et devancé encore la Peugeot 207 qui glisse de 0,5 %, à 60 260 unités. Créditée à 49 450 unités, soit en perte de vitesse de 3 %, la Clio 4 a accroché la troisième place. Des modèles qui reflètent les aspirations des consommateurs. Les statistiques révèlent que les segments A et B sont les plus courus par cette typologie de clients automobiles.
L'étude réalisée par AAA Data nous apprend par ailleurs que l'acheteur de voiture diesel d'occasion réside principalement en commune urbaine intermédiaire. Dans les faits, aucune région n'a vu son volume de transactions s'accroître en 2025. L'Occitanie a tout juste contenu la perte à 1,7 % (à moins de 258 000 unités) quand la Normandie a clairement fait un autre choix (-10 %, à 131 200 unités). L'Auvergne-Rhône-Alpes reste alors le premier débouché pour cette typologie de véhicules si l'on se fie au cumul avoisinant 311 800 échanges l'an passé (-2,8 %).
Érosion de l'offre en France et en Europe
L'offre disponible en France fait écho à la tendance européenne. Le baromètre réalisé par Le Journal de l'Automobile avec la collaboration de la plateforme Le Parking, agrégateur de petites annonces à l'échelle internationale, dessine la trajectoire décroissante. En prenant les données depuis janvier 2021, il apparaît que la tendance long terme est clairement négative malgré une parenthèse en 2023, liée à la crise du VN et des retours massifs de LOA/LLD à cette période.
En zoomant sur notre pays, il est possible d'observer qu'il y a eu une chute rapide d'environ 25 %, entre 2021 et mi-2022, du nombre de VO diesel disponibles sur les sites de petites annonces français. En ordre de grandeur, il est passé de 570 000 à 430 000 unités. Les années suivantes, l'érosion a été incessante et le palier des 400 000 unités a été franchi en juillet dernier. De nos jours, Le Parking recense autour de 350 000 annonces dans l'Hexagone.
Ce qui en fait toujours le segment le plus représenté sur les plateformes tricolores de petites annonces. Mais comme le parc ne se renouvelle pas vraiment, le diesel s'éteint et une pyramide des âges inversée se dessine progressivement. À ce rythme de décroissance et à la lecture des statistiques des alternatives, aux alentours de 2028, le diesel pourrait bien descendre au troisième rang, derrière les voitures essence et les hybrides.
Une énergie d'héritage
Le choix de Stellantis changera-t-il la tendance dans les années à venir ? Personne ne croit en ce nouveau souffle. "Stellantis réagit à la tendance sans être vraiment proactif. Il y a une consommation réelle sur le marché de l'occasion, mais reste à savoir qui va acheter des diesel neufs pour satisfaire cette demande en VO", interpelle un analyste de marché. Ce dernier rappelle que les Peugeot 308 et Opel Astra ont la cote auprès des gros rouleurs professionnels, mais "aucune flotte ne reviendra à cette technologie dans le contexte fiscal actuel". Seront-elles immatriculées sur des canaux tactiques ? Le spécialiste en doute compte tenu du risque à long terme sur les valeurs résiduelles.

Les clients des voitures diesel d'occasion se tournent majoritairement vers des exemplaires de plus de dix ans. ©JA
D'autant que le moteur retenu devrait satisfaire davantage les normes environnementales que les conducteurs. "Avec 130 chevaux, il n'apportera pas plus de commodité que le bloc de Volkswagen", craint encore l'analyste. Il est rejoint dans son propos par l'associé d'un cabinet spécialisé dans les études de consommation qui classe cette annonce dans les "non-événements". Et d'étayer son propos : "Cela représente une opportunité à portée limitée. Le constructeur pense certainement attirer une catégorie de clients pour un coût marginal de production. Mais le diesel est condamné à terme".
Les observateurs s’accordent désormais sur un point : le diesel ne trouvera plus de véritables issues dans les concessions. Il ne disparaît pas pour autant du marché automobile français. Il change de statut. Délaissé dans le neuf, il devient progressivement une motorisation presque exclusivement d’occasion. Ce n'est plus une énergie d’achat, mais une énergie d’héritage du parc roulant. Et même les fluctuations de prix à la pompe ne devraient pas perturber le sens de l'histoire.
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