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Constructeurs

Le Royaume-Uni retarde l'interdiction des moteurs thermiques

Publié le 21 septembre 2023

Par Christophe Jaussaud
4 min de lecture
Alors qu'elle était annoncée pour 2030, l'interdiction de la vente de véhicules à moteur thermique va être repoussée à 2035 selon les annonces du gouvernement britannique. Une décision qui ne passe pas dans le pays.
Mike Hawes SMMT Royaume-Uni
Pour Mike Hawes, le directeur du syndicat représentant l'industrie automobile britannique (SMMT), cette décision fait naître de la "confusion et de l'incertitude". ©SMMT

De l'automobile à l'énergie en passant par l'industrie manufacturière, les réactions courroucées du monde des affaires britannique pleuvaient mercredi 20 septembre 2023 après l'annonce d'un coup de frein de Downing Street sur ses objectifs de neutralité carbone.

 

Espérant gagner les faveurs d'électeurs qui boudent son parti dans les sondages avant des législatives en 2024, le Premier ministre conservateur Rishi Sunak a notamment annoncé un report de 2030 à 2035 l'interdiction de vendre des voitures à carburant fossile au Royaume-Uni.

 

L'association représentant l'industrie manufacturière, Make UK, s'est insurgée contre "une annonce qui envoie un signal totalement mauvais".

 

La patronne de Ford au Royaume-Uni, Lisa Brankin, ne mâchait pas ses mots. "Notre entreprise attend trois choses du gouvernement britannique : de l'ambition, des engagements et de la cohérence" et l'annonce de jeudi va "à l'encontre des trois".

 

D'autant, assène-t-elle, que le secteur est déjà confronté à la crise du coût de la vie, à des droits de douane qui doivent entrer en vigueur en conséquence du Brexit et sachant que les infrastructures nécessaires à la production ou l'utilisation de véhicules électriques sont encore balbutiantes.

 

"Le gouvernement doit envoyer un message clair"

 

La SMMT, le syndicat britannique du secteur automobile, dénonçait pour sa part de la "confusion et de l'incertitude". "Pour que les consommateurs passent" aux voitures électriques, "le gouvernement doit envoyer un message clair, cohérent, des incitations attrayantes, et [mettre à leur disposition] des infrastructures de chargement", poursuit-il.

 

Mike Hawes, le directeur de la SMMT, rappelle que Londres s'efforce depuis plusieurs années d'attirer des investissements dans des usines de batteries électriques, cruciaux pour l'avenir du secteur.

 

Le gouvernement britannique subventionne ainsi largement l'usine de batteries électriques de Tata au Royaume-Uni, un projet à quatre milliards de livres au total dévoilé en grande pompe cet été. Le montant injecté par Downing Street n'a pas été révélé, mais le Financial Times mentionnait que Tata avait demandé un demi-milliard de livres.

 

Il y a quelques jours, c'est l'allemand BMW qui annonçait 600 millions de livres (700 millions d'euros) consacrés à l'électrification des Mini au Royaume-Uni, avec un investissement substantiel de l'État britannique.

 

A lire aussi : Tata investit dans une gigafactory au Royaume-Uni

 

Autre signal contradictoire : le gouvernement de Rishi Sunak injecte en parallèle quelque 500 millions de livres dans la décarbonation des aciéries de Tata Steel, tout en distribuant des centaines de nouveaux permis de forer des hydrocarbures en mer du Nord.

 

Au-delà de l'automobile, le gouvernement britannique a par ailleurs annoncé une augmentation de l'aide financière pour changer de chaudière, mais dévoile une exemption dans certains cas à l'obligation de passer à une chaudière électrique à partir de 2035 lorsqu'un ménage remplace la sienne.

 

Semblant répondre à la ministre de l'Intérieur Suella Bravermann qui affirme qu'on ne "sauvera pas la planète en mettant en faillite les Britanniques", Chris Norbury, directeur exécutif de l'énergéticien E.ON, estime qu'un recul des ambitions vertes de Londres est "une erreur à bien des niveaux".

 

Le gouvernement Sunak dit vouloir une transition énergétique plus "graduelle". Il semble avoir amorcé un virage en juillet sur la politique climatique, après la défaite surprise du Labour face aux conservateurs dans une élection locale de l'ouest de Londres.

 

Ce résultat a été mis sur le compte de la défiance des électeurs face à l'extension d'une taxe sur les véhicules polluants à l'ensemble du Grand Londres.

 

La guerre en Ukraine a changé la donne

 

Depuis l'an dernier, la guerre en Ukraine et le retour sur le devant de la scène de l'indépendance et de la sécurité énergétiques avaient éclipsé la priorité donnée à la lutte contre le réchauffement climatique, où le Royaume-Uni s'était pourtant taillé une image de pionnier.

 

Au-delà de l'industrie, les critiques concernent aussi le secteur de la finance. L'ONG ShareAction relevait que "le Premier ministre a dit qu'il voulait faire de la City de Londres le premier centre financier neutre en carbone. Cette apparente volte-face envoie le message opposé à la communauté financière".

 

Tara Clee, analyste chez Hargreaves Lansdown, remarque que les "changements envisagés dans la politique climatique britannique envoient le message que rien n'est sûr, et que prendre des engagements pourrait s'avérer un risque majeur pour les entreprises".

 

Plus conciliante, l'organisation qui représente la puissante City de Londres se contente de dire que Downing Street a raison "d'explorer les façons d'apporter des solutions dans un environnement budgétairement contraint". (avec AFP)

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