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Constructeurs

Ford se désengage du marché russe

Publié le 29 mars 2019

Par Christophe Jaussaud
3 min de lecture
En fermant trois usines sur quatre et en laissant le contrôle de la JV Ford-Sollers à son partenaire local, l'américain tire un trait sur le marché russe où l'ovale bleu ne sera visible que sur des utilitaires.
Le 16 octobre 2013 Ford-Sollers débutait la fabrication (en CKD) du Ford Kuga dans l'uinse d'Elabuga dans le Tatarstan en présence, notamment, de Bill Ford.

 

Après l'Angleterre, l'Allemagne et la France, Ford s'attaque à la Russie. En effet, dans le cadre de son vaste de restructuration de ses activités européennes, l'américain vient d'annoncer, le 27 mars 2019, une réduction drastique de ses opérations en Russie. Ford va fermer trois de ses quatre usines dans le pays pour se limiter aux véhicules utilitaires.

 

Ce quasi-départ de Russie, quatre ans après celui de GM, confirme aussi la morosité d'un marché qui a certes renoué avec la croissance mais reste loin de son record de 2012. "Le marché russe des véhicules de tourisme a subi une pression importante ces dernières années, avec une reprise plus lente que prévu et une évolution vers des véhicules moins chers", a constaté Ford dans un communiqué. "Cela a entraîné une sous-utilisation des usines (...) et des rendements du capital
investi inadéquats
".

 

Résultat : Ford et son partenaire local Sollers, qui forment la co-entreprise Ford Sollers, ont décidé de restructurer leurs activités afin de se concentrer sur les véhicules utilitaires légers. Le constructeur américain va céder le contrôle de cette société commune à Sollers qui en détiendra 51 %. Le projet implique de fermer, d'ici fin juin 2019, deux usines d'assemblage à Naberejnye Tchelny (Tatarstan) et à Saint-Pétersbourg, ainsi qu'une usine de moteurs à Elabouga (Tatarstan) et des licenciements massifs.

 

La co-entreprise Ford Sollers a justement été lancée en 2011, lorsque le marché automobile russe était considéré comme le plus prometteur d'Europe, attirant des investissements massifs des grands constructeurs mondiaux. Il a depuis diminué de plus de moitié entre 2012 et 2016 et renoué avec une timide reprise en 2017.  Les ventes restent nettement inférieures à leur niveau d'avant crise et sont même reparties à la baisse en février.

 

"Quitter le marché des véhicules de tourisme" doit permettre à la co-entreprise de "constituer un modèle commercial plus compétitif et plus rentable", indique Ford Sollers, ajoutant prévoir "le plus tôt possible" des réductions "significatives" d'effectifs, "le plus possible" sur la base de départs volontaires. Ces licenciements pourraient concerner des milliers d'employés.

 

L'usine de la banlieue de Saint-Pétersbourg compte à elle seule plus de 1 000 employés. Depuis quatre ans, elle fonctionnait à temps partiel. Lors de son ouverture en 2002, il s'agissait de la première usine de voitures étrangère en Russie.  En tout, la co-entreprise a investi 1,5 milliard de dollars dans ses grands projets russes, dont l'usine de moteurs d'Elabouga, qui n'a été ouverte qu'en 2015. Elle produit actuellement sept modèles de véhicules dont un modèle utilitaire, Ford Transit, dont les ventes progressent avec une part de marché de 15%.

 

Quelques heures seulement avant l'annonce, les syndicats de l'usine de Saint-Pétersbourg annonçaient sur Facebook leur intention de "mener une action collective pour empêcher la fermeture de l'usine", évoquant des rassemblements et des grèves et proposant des réductions du personnel de direction et administratif.

 

Pour l'heure, le groupe a annoncé une enveloppe de 200 millions de dollars (près de 178 millions d'euros) pour payer les fournisseurs et les employés licenciés. Début 2018, Ford Sollers évoquait encore la possibilité d'exporter les voitures fabriquées en Russie vers l'Europe pour maintenir la viabilité des usines.

 

"Après avoir pesé les risques et pris conscience que la Russie est en train de couler (...), la société a décidé de fuir. Il vaut mieux partir maintenant, ayant perdu les usines, que de rester dans une situation de pertes et de stagnation de l'économie", a commenté mercredi un journaliste de la radio Echo de Moscou. (avec AFP).

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